Etes-vous surprise par les informations qui filtrent du pré-rapport de la Cour des comptes « Les inégalités territoriales et l’égalité des chances dans l’éducation nationale » ?
Non, car c’est une situation qui perdure depuis longtemps. Au début des années 2000, l’Andev s’était penchée sur le coût de l’éducation par ville et nous avions élargi la question aux territoires.
Notre travail est aujourd’hui obsolète, mais il nous avait déjà montré de grandes disparités entre des villes comme Neuilly et Nanterre, par exemple. Or, depuis, rien n’a changé.
Quelles sont vos inquiétudes ?
Ce qui nous préoccupe, c’est que l’OCDE a déjà sonné l’alarme au travers de l’enquête PISA : en vain, car le gouvernement n’a pas réagi.
L’Allemagne s’est trouvée dans la même situation et a pris des mesures de suivi individualisé des élèves en difficulté, mais rien n’est entrepris chez nous, en-dehors des programmes de réussite éducative et des initiatives prises par les collectivités pour compenser et corriger les inégalités.
Progressivement, tous les dispositifs mis en place par MM. Borloo ou Chatel sont eux-mêmes remis en cause. La transformation des Réseaux ambition réussite (RAR) en dispositifs Eclair a laissé sur le côté près d’un tiers des établissements : dans le Dunkerquois, par exemple, aucun des collèges classés RAR n’a été éligible au programme Eclair.
Cela pose question !
Nous assistons, en fait, à un émiettement du service public d’éducation nationale. Et nous nous dirigeons vers une fracture éducative.
Quelles sont vos attentes ?
Il faut revoir la formation des enseignants, repenser l’éducation prioritaire et les espaces de concertation sur le territoire. Aujourd’hui, les inspecteurs de l’Education nationale, qui sont proches du terrain, disposent d’une marge de manœuvre trop réduite, tandis que les recteurs ont tout pouvoir et attribuent les ressources dont ils disposent sans concertation avec les collectivités.
Nous souhaiterions vivement pouvoir lire le rapport de la Cour des comptes, pour le confronter à nos propositions en vue d’une éducation future. Nous appuyons en effet la mise sur pied de l’observatoire de l’éducation promu par l’Appel de Bobigny : dans un premier temps, nous nous en servirons pour effectuer une évaluation et un diagnostic de tous les territoires. Ce qui nous permettra, dans un second temps, d’émettre des propositions pour une éducation future.




