La Caisse nationale des allocations familiales (Cnaf) a publié le 30 avril les résultats d’une enquête menée auprès de 300 élus communaux représentatifs des communes françaises, afin d’appréhender leur vision de l’accueil des jeunes enfants et d’évaluer les effets du contrat enfance jeunesse (CEJ) sur le développement de l’offre.
Le premier constat que dresse cette étude est le surprenant décalage entre le sentiment qu’ont les élus de bien connaître les besoins des familles, et le manque criant d’informations clés.
Ainsi, 82 % des élus interrogés déclarent avoir une bonne connaissance des besoins, alors que 44 % d’entre eux ne savent pas précisément combien d’enfants de moins de 3 ans vivent sur la commune.
De même, 70 % d’entre eux ne sont pas capables d’évaluer le nombre de jeunes enfants qui y vivront d’ici 5 ans.
Absence de diagnostic – Fait tout aussi inattendu : seuls 54 % des élus interrogés déclarent avoir réalisé un diagnostic des besoins et, concernant les communes de 10 000 à 50 000 habitants, plus d’un tiers des élus admet l’absence de diagnostic.
« Dans la mesure où, sur ce segment, la quasi-totalité des communes ont un CEJ, il est tout à fait surprenant qu’elles ne disposent d’aucun diagnostic des besoins », relèvent les auteurs de l’étude, d’autant plus que « le CEJ est en principe élaboré sur la base d’un diagnostic préalable », précisent-ils.
Pour les élus, l’offre répond aux besoins. Autre constat, qui découle du premier : alors qu’il est admis qu’il manque entre 300 000 et 500 000 places d’accueil pour répondre aux besoins sur tout le territoire, 70 % des élus estiment que l’offre disponible est adaptée, en regard du nombre d’enfants à accueillir.
Des résultats certes à nuancer selon la taille des communes : plus le nombre d’habitants est élevé, plus les élus ont le sentiment que l’offre d’accueil est insuffisante pour couvrir les besoins (à partir de 10 000 habitants cela concerne tout de même 54 % des élus).
Mais même dans le cas, minoritaire, où ils jugent l’offre insuffisante, il ne s’agit d’après eux que d’un déficit « résiduel », qui s’élève en moyenne à… 23 places !
Le social, grand absent des politiques petite enfance – L’étude pointe également la faible prise en compte de la dimension sociale de la politique petite enfance par les élus, qui répondent en priorité aux besoins des familles en emploi.
« Seuls 16 % des élus estiment que les familles ayant de très faibles revenus rencontrent de fortes difficultés pour trouver une solution d’accueil », apprend-on.
La précarité économique ne serait donc pas identifiée comme un frein à l’accès à un mode de garde. Les critères d’accès à une place en crèche en sont l’illustration : seuls 37 % des élus donnent la priorité aux familles précaires, et 28 % aux foyers monoparentaux.
« Il faut passer la barre des 10 000 habitants pour que la dimension sociale des politiques de la petite enfance soit prise en compte de manière plus systématique, en particulier sous l’angle de la question des horaires atypiques et des accueils d’urgence », conclut la Cnaf.
Des familles ni associées ni consultées – Or dans une discrète note de bas de page, on peut lire que « dans 70 % des cas, les familles n’ont été ni associées, ni consultées lors de l’élaboration du CEJ ». Un manquement qui empêche visiblement les élus d’être en prise avec la réalité des jeunes parents.
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