« Nous avons tout d’abord été agréablement surpris par la nomination d’une ministre déléguée à la Réussite éducative », avance Frédéric Bourthoumieu, président de l’Anaré, l’association propre aux acteurs de la réussite éducative.
Créé en 2008, le réseau regroupe une centaine de professionnels de terrain qui animent les programmes de réussite éducative nés de la loi de cohésion sociale en 2005 [cf encadré ci-dessous], ainsi que des responsables de cellules de veille éducative et des agents de développement social local.
Mais l’Anaré s’avoue aujourd’hui perplexe et inquiète : le rattachement de la ministre déléguée au ministère de l’Education nationale implique-t-il un changement dans la définition de la réussite éducative ?
Et quel est le périmètre d’intervention de George Pau-Langevin ?
Pas qu’un dispositif – Chargé de mission pour le projet éducatif local à Nanterre, Jean-Luc Villin explicite ainsi : « Nous craignons que la réussite éducative ne soit réduite à la seule réussite scolaire. »
Autre membre de l’Anaré, Alain Carral, directeur du développement social urbain à Toulouse, martèle : « La réussite éducative n’est pas qu’un dispositif, elle englobe tous les à-côtés de l’école qui sont favorables à l’épanouissement des enfants. C’est la seule démarche qui, aujourd’hui, va vers les familles sans les sanctionner et qui a su impulser des partenariats locaux. »
Au terme de 7 ans d’expérience, le réseau revendique la capitalisation des pratiques impulsées par la réussite éducative, ainsi que son inscription dans les politiques éducatives publiques.
Frédéric Bourthoumieu assied l’analyse du réseau sur deux pistes : « Deux questions émergent aujourd’hui :
- Comment généraliser les programmes de réussite éducative, qui ont fait la preuve de leur efficacité, aux zones rurales et aux enfants en difficulté qui ne résident pas dans les quartiers prioritaires ?
- Et quelle place attribuer à la réussite éducative au sein des projets éducatifs locaux ? »
L’Anaré a donc résumé ses positions et revendications dans un manifeste, envoyé aux ministres ainsi qu’aux élus dont les villes ont mis en place des programmes de réussite éducative. Elle demande ainsi que :
- la réussite éducative devienne le volet d’accompagnement personnalisé des projets éducatifs locaux ;
- elle soit inscrite comme un dispositif d’accompagnement éducatif à part entière et non plus comme politique d’exception réservée aux quartiers prioritaires ;
- elle soit soumise à une évaluation annuelle et continue, pensée dès l’élaboration du projet.
Le réseau affirme en outre dans ce manifeste que :
- la réussite éducative constitue une démarche innovante qui met en réseau les acteurs d’un territoire et qui va vers les publics en fragilité ;
- ses professionnels partagent un cadre déontologique et une éthique ;
- la réussite éducative est un programme centré sur les besoins des enfants et non sur les territoires d’intervention.
Interlocuteurs multiples – Mais à l’heure qu’il est, l’Anaré semble isolée : « Qui sont nos interlocuteurs aujourd’hui ? L’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances (Acsè) qui, jusqu’à présent, accorde les financements ? La ministre déléguée à la Réussite éducative ? Le ministre de la Politique de la ville ? La ministre à l’Egalité des territoires ? Il nous semble impératif de faire le lien entre tous, car la réussite éducative s’inscrit, selon nous, dans les projets éducatifs de territoire », s’inquiète ainsi Pierre Carral.
Le réseau a demandé à rencontrer la ministre déléguée, sans réponse pour le moment.
Le programme de réussite éducative, mode d’emploi
Créés par la loi sur la cohésion sociale de 2005, les programmes de réussite éducative sont cofinancés par les collectivités et l’Etat, au travers de Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances (Acsè). Ils prévoient le repérage et le suivi d’élèves en difficulté, de 2 à 16 ans, à qui une équipe pluridisciplinaire propose un suivi personnalisé. La composition de cette équipe est à géométrie variable : elle peut inclure des enseignants, des travailleurs sociaux, des représentants de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), des clubs de prévention, des associations présentes sur le quartier, des médecins et psychologues, etc. Pour fonctionner correctement, ce programme suppose donc l’émergence de synergies locales. Les actions mises en place ne concernent pas que le soutien scolaire, mais visent également l’accès aux soins, à des activités culturelles ou de loisirs, ou encore des ateliers autour de l’estime de soi. Ces actions peuvent être individuelles ou collectives. Le suivi implique l’adhésion préalable des familles. Le dispositif est prévu pour être déployé dans les quartiers prioritaires, mais certains programmes ont adopté une pratique différente, obtenant de pouvoir intervenir en-dehors de ces quartiers ciblés politique de la ville. Enfin, les programmes de réussite éducative font l’objet d’une évaluation annuelle.




