« L’ouverture du marché de l’emploi pour environ 20 000 personnes, en comptant les enfants, n’aura aucune incidence sur le chômage », affirme la sénatrice Aline Archimbaud en évoquant les familles roumaines et bulgares, pour la plus part roms vivant dans des conditions plus que précaires en France. Elle vient de déposer une proposition de résolution incitant le gouvernement à mettre fin aux mesures transitoires qui imposent des taxes et de longues démarches administratives aux employeurs désireux de recruter des salariés roumains et bulgares.
Une résolution pour aller vite – « Une simple décision du gouvernement suffit pour lever ces mesures transitoires gênant les collectivités, qui s’épuisent en portant à bout de bras des dispositifs d’insertion qui échouent, faute de portes de sorties pour les bénéficiaires », explique la sénatrice de Seine-Saint-Denis. De Nantes – l’une des premières agglomérations à s’être engagées dans des actions d’insertion pour des Roms migrants – à Strasbourg – qui vient d’ouvrir un site relais – en passant par les communes de la région parisienne engagées dans les très controversés villages d’insertion, élus et territoriaux dénoncent les verrous administratifs qui ferment les portes de sorties des dispositifs.
« L’emploi est la clef qui permet aux familles de trouver des logements et de laisser la place dans le site relais à ceux qui survivent dans des abris précaires dont ils sont souvent chassés », précise-t-on à la mairie de Strasbourg. « Dans notre site relais, nous ne pouvons accueillir que 10% des familles dans le besoin », ajoute Nawel Rafik-Elmrini, adjointe au maire de Strasbourg. En Seine Saint-Denis, Aline Archimbaud, particulièrement sensible aux déplorables conditions de vie des habitants de bidonvilles, s’appuie sur un rapport de l’observatoire de la santé de l’Ile de France pour insister sur l’urgence de la situation.
« Compte tenu du programme chargé du parlement, notre proposition sera votée à l’automne. L’appui du Sénat permettra au gouvernement d’agir sans avoir à se battre contre les mauvais arguments agités par le discours de Grenoble », remarque Aline Archimbaud. De manière novatrice pour les parlementaires, elle reprend l’approche pragmatique préconisée depuis plus de dix ans par les organisations roms. « Il n’y a pas de problème rom. Il y a des problèmes de misère aggravés par la stigmatisation qui n’ont pas à voir avec le fait d’être Rom ou non », martèle inlassablement Saimir Mile, président de la Voix des Rroms.
Une approche économique et sociale contre toutes les dérives – L’angoisse des collectivités et des associations face à la réduction de leurs moyens a facilité le changement de regard des parlementaires. « Les collectivités sont à bout de souffle. Plus ces situations de bidonvilles durent, plus les conséquences néfastes se développent dans tous les domaines. Les conditions de vie précaire favorisent l’activité des trafiquants qui exploitent la misère quelles que soient les populations », lance Aline Archimbaud, qui, originaire du territoire de Belfort, vivant en Seine-Saint-Denis, peut égrener une interminable liste de mafieux de toutes origines.
« La mendicité est la conséquence des difficultés de trouver des emplois légaux », ajoute-t- elle, en évoquant les cas de Roms qui, ayant pu être embauchés dans des collectivités grâce à des dérogations préfectorales, ont avec enthousiasme abandonné mendicité et ferraillage artisanal. Précisant que les collectivités n’ont pas vocation à embaucher tous les Rroms, elle remarque qu’en Seine-Saint-Denis, neuf mois sont nécessaires pour obtenir un permis de travail avec le soutien des élus et des associations. « Aucun employeur privé ne peut patienter tout ce temps », indique-t-elle.
Roms créateurs de richesses économiques – Sans oser parler de création significative de richesse, Aline Archimbaud évoque des cas de micro-entrepreneurs roms, réussissant, malgré les difficultés, à développer des activités originales (chambre d’hôte à Montreuil, service de blanchisserie dans le Nord, etc.). « Dans les 20 000 Roumains et Bulgares en difficultés, nous ne comptons pas les médecins très présents dans nos hôpitaux, les architectes, les avocats qui pour certains sont Roms. Les deux jeunes filles roms qui ont remportées les titres de meilleures apprenties de France, sont des preuves vivantes qu’il n’y a pas de blocage culturels à l’insertion », affirme l’élue.
Publié en novembre 2011, un rapport de la Commission européenne tirant un bilan positif sur l’économie de l’émigration roumaine et bulgare, confirme les observations effectuées sur le terrain par la sénatrice de Seine-Saint-Denis. « La fin des mesures transitoires ne supprimera pas tous les problèmes. Mais elle ouvrira des pistes qui donneront des perspectives aux jeunes en leur ouvrant des formations. L’emploi est aussi une condition indispensable pour attaquer le problème des bidonvilles et du logement qui ne concerne pas que des Roms », ajoute t- elle en se tournant vers le ministère du Logement …
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