Près de deux ans après son lancement, le plan de développement des usages du numérique à l’école (plan DUNE), lancé par Luc Chatel le 25 novembre 2010 alors qu’il était ministre de l’Education nationale, est un échec total.
C’est en tout cas les conclusions d’un rapport de l’Inspection générale de l’éducation nationale, rendu public le 6 septembre.
Cinq axes prioritaires – La finalité du plan DUNE, d’une durée de trois ans, était d’accélérer de façon significative l’usage pédagogique des outils numériques. Cinq axes prioritaires avaient été définis :
- faciliter l’accès à des ressources numériques de qualité ;
- former et accompagner les enseignants à l’usage du numérique ;
- relancer le partenariat avec les collectivités ;
- généraliser les espaces numériques de travail (ENT) ;
- former les élèves à un usage responsable et citoyen des nouvelles technologies de l’information.
Aux deux tiers du parcours, aucun de ces objectifs n’aura été rempli, expliquent les rapporteurs qui dénoncent la lenteur des arbitrages, l’absence d’organisation en mode projet, et la dispersion des responsabilités rendant le pilotage national très chaotique.
Formation à la traîne – 80 % des financements du plan (16 millions d’euros engagés en 2011 et 2012) ont été mobilisés sur le développement de l’accès aux ressources numériques, qui n’a au final pas donné satisfaction tant les exigences des éditeurs étaient drastiques.
En ce qui concerne la formation des enseignants, elle ne bénéficie que de 20 % des financements (4 millions d’euros), et peine à se mettre en place. « Beaucoup n’ont pas reçu de formation à l’usage de ces ressources et certains doivent encore être convaincus », souligne le rapport.
Ce qui a constitué un frein majeur dans l’implication des collectivités territoriales, « car leur préoccupation légitime est que les investissements qu’elles consentent dans les matériels, les réseaux, les ENT, se traduisent par une évolution des pratiques pédagogiques », écrivent les rapporteurs.
Par conséquent, aucune des conventions de partenariat pourtant annoncées entre l’Etat, l’ADF et l’ARF n’a finalement été signée, et au niveau local, rares sont les partenariats entre académies et collectivités qui découlent directement du plan DUNE.
Remise en cause des ENT – Mais ce qui est sans doute le plus inquiétant, c’est la remise en question du bien-fondé des ENT par l’Inspection générale, alors qu’ils étaient présentés aux académies comme une condition pour bénéficier des financements du plan.
« L’ENT ralentit les transactions, alourdit les procédures d’identification et de connexion sans apporter de véritable plus-value, la sécurité des connexions pouvant désormais être assurée par d’autres moyens », critique le rapport.
Contrairement aux outils de mobilité, l’ENT « ne favorise pas les pratiques pédagogiques innovantes ». De fait, lorsqu’un ENT existe, il est en général boudé par les enseignants, mais aussi par certains responsables académiques, pour des raisons cette fois moins honorables : « Les ENT étant le plus souvent hébergés sur un serveur géré par une collectivité territoriale, certains responsables académiques s’interrogent sur l’opportunité d’y installer des ressources pédagogiques, craignant de voir la collectivité prendre progressivement la main sur la pédagogie », dévoile le rapport.
Les collectivités qui investissent massivement dans les ENT et leur maintenance apprécieront, ainsi que les contribuables…
Références
Le rapport sur le "suivi de la mise en oeuvre du plan de développement des usages du numérique à l’école"




