Renforcer le partenariat entre élus locaux et associations pour mener à bien la politique de prévention du Sida. C’était le leitmotiv des 17è Etats généraux des élus locaux contre le Sida. Les intervenants se sont en effet accordés sur un point : un relâchement des efforts des instances nationales, en dépit du message rassurant de François Hollande diffusé en début de séance.
Pourtant, avec un nombre de nouvelles contaminations qui oscille entre 6 000 et 7 000 par an, le Sida représente toujours un enjeu majeur de santé publique. Dans ce contexte, le travail des élus locaux mené en commun avec les associations sur le terrain est plus que jamais essentiel. « Sans le travail des associations, jamais la relation patient-médecin n’aurait figuré dans la loi du 4 mars 2002 », rappelle Danièle Jourdain-Menninger, nouvelle présidente de la Mildt.
Le retour de la Mildt – Nommée depuis le 12 septembre, Danièle Jourdain Menninger a profité de l’auditoire formé d’élus et de représentants d’associations pour annoncer le retour de la Mildt à leurs côtés, une position en rupture avec la stratégie mise en place par son prédécesseur, Etienne Apaire, qui privilégiait les logiques de répression à la prévention.
Et d’annoncer une série de chantiers à venir, parmi lesquels la clarification du contexte d’exercice des professionnels du secteur sanitaire ou des expérimentations « d’élargissement de la politique de prévention des risques » en concertation étroite avec les partenaires sanitaires et sociaux (agences régionales de santé, élus, associations de riverains…). Un message de rapprochement, y compris avec la police, très attendu et apprécié par l’assemblée.
Sur le terrain, les témoignages d’élus recoupent les constats des associations : le travail est de plus en plus difficile en raison des baisses de financements. En région PACA par exemple, Bruno Spires, président de Aides, a déploré la baisse constante des crédits alloués par l’Etat : – 30 % en 2012.
Les politiques locales, moteurs de la lutte – Ce sont pourtant les actions mises en œuvre par les politiques locales de prévention qui pourront faire reculer la maladie de manière.
En témoigne Willy Rozenbaum, professeur au service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Saint Louis, pour qui « l’enjeu majeur de la prévention passe par l’identification des personnes contaminées qui s’ignorent. » Et d’insister sur le besoin fondamental de modifier les comportements.
En effet, le traitement et l’accompagnement d’une personne séropositive permet aujourd’hui une diminution du risque de transmission de l’ordre de 96 %. Et la diminution du risque de transmission de la femme enceinte à l’enfant atteint le chiffre spectaculaire de 99 %.
Mais, ces changements de comportement passent nécessairement par une politique de prévention orientée vers les populations à risque. Et, une nouvelle fois, se pose la question de l’accès aux soins. C’est le sens de l’action locale de prévention choisie par Marseille, ville pilote en matière de salles de shoot.
Après avoir mené un état des lieux en compagnie des associations, la ville a constaté que 6 000 usagers de drogues par voie intraveineuse (UDVI) ne se rendaient pas dans les Caarud (1) et restaient dans les rues. Il s’agissait pour l’essentiel d’une population plutôt jeune et issue des pays de l’Est que la barrière de la langue empêche d’accéder à l’information, ainsi que d’un public de « vieux toxicos », analyse Patrick Padovani, adjoint au maire de Marseille délégué à la toxicomanie et membre du comité d’experts de la ville.
Toucher ces populations nécessite des dispositifs de prévention adaptés. Le comité d’experts chargé de suivre le projet a préconisé le 19 septembre l’adoption des salles de shoot. En fonction des stratégies adoptées, les salles sont mobiles et permettent d’aller au plus près des populations ciblées. « Le coût de fonctionnement de ce dispositif n’est pas exorbitant en regard des dépenses de santé liées aux infections », remarque Patrick Padovani.
Désillusions sur la taxe sur les transactions financières – Mais ces politiques ont un coût. Et si les stratégies de politiques de prévention sont bien définies et font consensus, à l’heure de la crise financière qui plombe tous les budgets, la question de leur financement est non seulement restée sans réponse réelle, mais a permis aux associations de partager leur amertume.
Ainsi, la taxe sur les transactions financières (taxe « Robin de bois »), saluée par les associations en juillet, a provoqué la déception deux mois plus tard. En effet, alors que 10 % des revenus de la taxe doivent revenir au secteur associatif, les associations et ONG (préventions des épidémies, mais aussi des risques climatique ? !) spécialisées dans la lutte contre les pandémies ne recevront que 3,75 % soit, selon certaines estimations, environ 60 millions d’euros pour 2012. Une « obole », s’indigne Bruno Spire, qui s’interroge devant cette décision « incompréhensible », annoncée par François Hollande, le 25 septembre à l’ONU.
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