Les chiffres publiés le 3 décembre 2012 par l’observatoire de l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (Injep) entrent en résonance avec les rapports remis pour la conférence nationale de lutte contre la pauvreté qui s’est ouverte le 10 décembre 2012.
Selon l’observatoire, « le taux de pauvreté est passé de 19,4 % en 2000 pour atteindre 22,5 % en 2009 ( …). Alors que les 18-24 ans représentent 7,9 % de la population, leur part dans la population pauvre est de 13,2 % ».
Soit un million de jeunes vivant dans la grande précarité.
Un million de jeunes pauvres – Cette pauvreté connaît des amplifications importantes selon les territoires de vies et les situations familiales dans lesquelles ces jeunes ont grandit.
Le rapport sur l’enfance vulnérable rappelle « qu’un enfant sur deux (49 %) y vit en situation de pauvreté dans les zones urbaines sensibles » et que « 41 % des enfants de parent isolé sont en situation de pauvreté ».
Une pauvreté également accentuée selon les conditions professionnelles des parents.
Le rapport remis par le groupe de travail « Accès aux droits et aux biens essentiels, minima sociaux » résume ainsi les raisons de cette pauvreté croissance : « Le taux faible d’activité des étudiants, les difficultés d’insertion de nombreux jeunes sans qualification et enfin, la forte exposition au chômage. Risque pour lequel les systèmes d’indemnisation sont insuffisants ».
Beaucoup de ces jeunes ne disposent d’aucune ressource. Sans surprise, parce que l’accès à l’emploi est difficile. Selon le rapport du groupe « Emploi – Formation professionnelle » remis pour la conférence nationale, « en 2010, plus d’un tiers des jeunes de 15 à 29 ans en emploi sont des emplois temporaires (CDD du privé, emplois en intérim, postes de non titulaires du public) ou des emplois aidés, contre 12 % pour l’ensemble des salariés ».
Le RSA jeunes ouvert aux jeunes en 2010 n’a pas permis de remplir son objectif, beaucoup de jeunes n’ayant pas eu d’activité suffisante pour en bénéficier. Au final, le RSA jeune compte 9 000 allocataires contre une cible affichée de 160 000.
Le gouvernement devrait annoncer un assouplissement aux conditions d’accès.
Rupture scolaire – L’observatoire de la jeunesse met également en évidence que la jeunesse populaire est plus exposée au risque de ruptures scolaires débouchant sur une absence d’emploi.
« Près d’un quart des jeunes non qualifiés de 16 à 25 ans est non scolarisé et inactif. En 2010, près d’un jeune non qualifié sur quatre n’est ni actif, ni engagé dans un dispositif de formation. Entre 20 et 24 ans, la part de ces jeunes hors emploi et hors formation atteint 18 % pour les hommes et 19 % pour les femmes. Entre 25 et 29 ans, la proportion augmente encore et l’écart se creuse entre jeunes femmes (24 %) et jeunes hommes (15 %), avec des retraits d’activité beaucoup plus fréquents chez les femmes. »
Logement – Cette pauvreté a des impacts importants sur les parcours de vie des jeunes, notamment l’absence de logement autonome. Un nombre croissant de jeunes se retrouvant dans les dispositifs d’hébergement d’urgence.
Le rapport du groupe de travail « logement et hébergement » propose de lancer des appels à projets innovants pour des logements notamment à destination des jeunes, afin de développer « une offre de logement accompagné, c’est-à-dire associant un logement et des services (gestion locative adaptée, accompagnement, médiation, etc. »
Le groupe de travail propose de mandater les missions locales pour gérer un accompagnement global des jeunes dans leur accès au logement. Il préconise aussi la suppression du délai de carence pour les aides au logement.
Jeunesse populaire et jeunesse bourgeoise : des temps de vie asynchrones ?
Le rapport publié par l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (Injep) se fait l’écho de travaux du sociologue Stéphane Beaud, celui-ci formulant l’hypothèse d’un « phénomène de relative inversion historique entre les deux jeunesses (bourgeoise et populaire). La jeunesse populaire, hier caractérisée par différents attributs – entrée précoce sur le marché du travail, synchronisation des calendriers professionnel, résidentiel, matrimonial –, connaîtrait une série de retardements dans la transition vers l’âge adulte, au point même de ne peut-être jamais connaître de stabilisation dans son parcours biographique et en quelque sorte d’être contrainte de vivre une jeunesse ‘éternelle’. Tandis que la jeunesse bourgeoise, elle, connaîtrait désormais un accès plus précoce et stable à la vie active, une forte mobilité professionnelle, un calendrier matrimonial en phase avec le calendrier professionnel resserré, donc une jeunesse raccourcie. Cette hypothèse se confirme-t-elle en temps de crise ? »
Cet article fait partie du Dossier
Conférence contre la pauvreté, et après ? Outils et solutions
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Sommaire du dossier
- Pauvreté : va-t-on enfin décloisonner les politiques sociales ?
- Clôture de la conférence nationale : changement de méthode pour la lutte contre la pauvreté
- Clarifier la gouvernance des politiques de solidarité
- Réduire le non recours et augmenter le montant des allocations : les conditions préalables de lutte contre la pauvreté
- Politique de santé : priorité à la réduction des inégalités par temps de crise
- Changer la logique des politiques du logement et de l’hébergement
- La nécessité de concevoir une politique nationale et de l’enfance
- Pauvreté : ne pas oublier une approche territorialisée
- Jeunesse : 22,5 % des jeunes sont pauvres
Thèmes abordés




