En 2013, les collectivités territoriales couvriront en partie ou totalement les départs à la retraite et créeront quelques nouveaux postes, selon les résultats de l’enquête exclusive (1) menée par « La Gazette ». « Nous sommes encore en croissance de personnel, mais ce devrait être la dernière année. Une contraction des effectifs est à prévoir en 2014 », annonce Marc Andro, adjoint au maire de Quimper, chargé du personnel, et vice-président de Quimper communauté (1 800 agents, 90 400 hab, 8 communes, Finistère).
D’autres intercos ont déjà serré la vis, comme la communauté urbaine de Strasbourg et Strasbourg (7 000 agents, 468 500 hab., 28 communes, Haut-Rhin), redéployant dès que possible le personnel en interne, afin de poursuivre l’objectif d’évolution à effectif constant.
Les professionnels du secteur médico-social (médecins du travail, infirmiers, aides à domicile…) et ceux de l’animation et de la jeunesse (animateurs de centres de loisirs, agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles…) sont toujours recherchés. Et, les petites collectivités sont également très demandeuses de profils techniques, parfois difficiles à recruter.
Les grandes intercos rencontrent les mêmes obstacles, de manière plus passagère. A Strasbourg – ville et agglo -, « certains postes d’ingénieur, comme récemment un poste d’ingénieur transports, sont parfois compliqués à pourvoir », commente Francis Corpart, directeur des ressources humaines. « Il n’est pas simple d’attirer des jeunes en CAP restauration, alors que nos services grossissent », remarque Pierre-Jean Joyeux, DRH de Rennes et Rennes métropole (5 000 agents, 405 200 hab., 38 communes, Ille-et-Vilaine).
Parmi les rares services créateurs d’emplois nouveaux : le juridique, les marchés publics, les achats. La région Centre (3 200 agents, 2,5 millions d’hab.) cherche ainsi trois profils d’acheteur pour son nouveau service des achats.
Une bouffée d’oxygène – En 2013, les collectivités ont presque toutes intégré dans leur plan de recrutement des emplois d’avenir, destinés aux jeunes sans qualification ou jeunes diplômés habitant des quartiers sensibles. « Dès que nous le pourrons, nous remplacerons un départ à la retraite par un emploi d’avenir », explique Bernard Lusset, premier adjoint au maire d’Agen (650 agents, 34 000 hab., Lot-et-Garonne). Ces jeunes seront formés et encouragés à passer les concours pour être titularisés. Agen créera ainsi vingt emplois d’avenir en deux ans dans les secteurs de la voirie, de l’éducation et de l’aide à domicile.
En 2013, les effectifs des services de la culture et du sport sont en berne, particulièrement dans les collectivités de plus de 50 000 habitants.
« Les métiers d’éducateur sportif ou d’assistant musical, ne relevant pas de compétences obligatoires, sont les premiers impactés en cas de restrictions budgétaires, souligne Stéphane Pintre, président du Syndicat national des directeurs généraux des collectivités territoriales (SNDGCT). Concernant la culture, il y a peu de postes de cadres par rapport aux nombreux candidats. Nombre de personnes sont en attente sur les listes d’aptitude. »
Les élections municipales de 2014 peuvent changer la donne. « En général, les cadres attendent la fin d’un mandat pour partir, estime Stéphane Pintre. Les nouvelles équipes restructurent les services, mais qui peut présager de l’ampleur de cette réorganisation, au vu des difficultés financières qui s’annoncent ? »
En revanche, pour 2015, les grandes collectivités restent pessimistes, tandis que les plus petites communes envisagent une hausse de leurs effectifs, hausse vécue parfois comme une contrainte…
Les intercommunalités, pour leur part, sont plus optimistes, mais très réalistes. « Nous nous basons de plus en plus sur nos besoins propres », déclare Agnès Montalvillo, directrice générale adjointe de Poitiers ville et agglomération (2 5OO agents, 137 700 hab., 13 communes, Vienne). La communauté de communes du pays d’Azay-le-Rideau (13 agents, 12 communes, 12 200 hab., Indre-et-Loire) recrutera, quant à elle, un urbaniste, pour assumer la compétence « urbanisme », mais au prix d’un effort budgétaire important.
Les départements, dont les budgets sont très serrés, envisagent une baisse globale de leurs effectifs plus importante que les autres collectivités. « En 2015, leurs compétences pourraient évoluer, les embauches seront possibles, en fonction des moyens transférés », nuance Sophie Loiselet, DRH du Finistère (3 000 agents, 897 600 hab.).
70 % des collectivités remplaceront au moins la moitié des départs en 2013
Tandis que la moitié des collectivités interrogées comptent remplacer tous les départs à la retraite en 2013, 70 % disent vouloir en remplacer au moins la moitié et seulement 5 % prévoient de n’en remplacer aucun. 15 % des répondants ne savent pas quelle politique leur collectivité va adopter au sujet des remplacements. Attitude communément rencontrée chez la plupart des responsables des ressources humaines : avant de recruter un même profil, la légitimité du poste est dorénavant questionnée. Si besoin, le poste est réaffecté sur un autre service. Pour pallier le non-remplacement partiel, les collectivités de grande taille semblent avoir plus de marge de manœuvre. Soit elles réorganisent leur « back-office », réduisent la partie purement « secrétariat », soit elles mutualisent des postes entre communes et intercommunalités (quand cela n’a pas déjà été fait), pouvant difficilement réduire les effectifs des services très opérationnels.
Le secteur médico-social
Le vieillissement de la population, la précarité galopante et les besoins en matière d’accueil de la petite enfance font que les secteurs de la santé et du social continuent à offrir des postes en 2013. Des métiers en proximité directe avec la population que les collectivités ne veulent, et ne peuvent, pas remettre en question.
« Lorsqu’un agent territorial spécialisé des écoles maternelles part à la retraite, nous le remplaçons quasi systématiquement », déclare Bernard Lusset, premier adjoint au maire d’Agen (Lot et Garonne). Mais il s’agit de pouvoir recruter car les besoins en effectifs de ce secteur sont, d’après notre en quête, les plus difficiles à couvrir. En outre, il existe un assez fort « turnover », de l’absentéisme et une forte proportion de contractuels. Pourquoi ? En raison des rémunérations et des évolutions de carrière : le tissu associatif et la fonction publique hospitalière sont plus attractifs, notamment pour les infirmiers et les aides soignants. Le secteur du médico-social se diversifiera dans les années à venir.
De nouvelles qualifications se font jour en rapport, par exemple, avec la précarité énergétique. Les métiers eux mêmes évoluent. Une aide à domicile doit être rompue aux derniers outils technologiques tels la télémédecine.
Face à la pénurie de médecins, certaines collectivités sont obligées de réorganiser leurs missions, pour mener différemment les instructions des dossiers d’allocation personnalisée d’autonomie et la protection maternelle et infantile en ce qui concerne les conseils généraux.
« Un manque de valorisation et d’attractivité » – Daniel Zielinski, délégué général de l’Unccas
« Les métiers du social souffrent d’un manque de valorisation et d’attractivité, malgré les nombreux efforts entrepris par les collectivités en termes de formation, de management. En tant qu’employeurs, les CCAS doivent faire face à divers freins administratifs : baisse du subventionnement des services de soins infirmiers à domicile, aides de la Caisse d’allocations familiales au personnel des crèches, etc. L’Unccas sondera, en 2013, ses adhérents pour mieux connaître les parcours des agents et contribuera à changer le regard porté sur le social. »
Les service techniques
En termes d’effectifs, la filière technique est la plus importante : elle occupe quasi ment un poste sur deux dans les collectivités. En 2013, et dans les années à venir, ce sont les métiers « historiques » de la filière (voirie, bâtiment, réseau, eau) qui, connaissant de nombreux départs à la retraite, nécessiteront le plus d’embauches. Toutefois, ceux ci ne trouvent parfois pas « preneurs ».
Dans notre enquête, les métiers « techniques » occupent la deuxième place parmi ceux en tension. D’où vient cette difficulté à recruter ? Tout d’abord, ces postes manquent, avant tout, d’attractivité… Le grade de technicien subit la concurrence du privé.
Ainsi, le secteur du BTP (pourtant en crise) attire davantage les ouvriers qualifiés, mieux rémunérés. L’évolution de la carrière des techniciens est également peu alléchante. A peine en poste dans la fonction publique territoriale, nombre de jeunes techniciens s’empressent de passer le concours d’ingénieur afin d’atteindre des rémunérations supérieures.
A la difficulté de recruter des profils « techniques » s’ajoutent les restrictions budgétaires : des collectivités pourront opter pour la délégation de service public de certains de leurs services. Seront encore très courtisés, en 2013, les directeurs des services techniques multicompétents, notamment pour œuvrer dans les petites et moyennes collectivités.
« Un décalage entre profils et candidatures » -Fabien Le Port, président de l’ATTF
« Oui, les besoins en techniciens se font ressentir. Pour preuve, notre bourse de l’emploi est de plus en plus utilisée. Non pas que les collectivités manquent de candidats, mais, manifestement, il y a un décalage entre les profils recherchés et les candidatures. Il faut peut être revoir la nature des épreuves du concours et surtout relancer l’attractivité du grade. A ce titre, notre association prône une revalorisation en début de carrière pour attirer les jeunes diplômés et en fin de carrière pour maintenir une expertise reconnue et recherchée.
L’éducation et la jeunesse
Au quatrième rang des secteurs en tension : l’éducation et la jeunesse. La réforme des rythmes scolaires préoccupe particulière ment les services qui vont devoir se réorganiser et recruter pour accueillir les enfants de la maternelle et de l’école primaire sur des temps péri scolaires prolongés. Certaines collectivités recruteront des animateurs pour la rentrée 2013. Mais sur quels statuts ? « Nous avions fait un effort en 2012 pour déprécariser le personnel de ce secteur, explique Marc Andro, adjoint au maire de Quimper et vice président de Quimper communauté (Finistère). Nous tenterons de poursuivre sur notre lancée, mais cela ne sera pas simple. »
Aujourd’hui, il existe une pénurie de personnel formé et doté du Bafa ou BAFD. Or la Caisse d’allocations familiales subventionne les postes d’animateurs dûment formés. Ce problème est encore plus épineux dans les territoires ruraux, plus souvent désertés par les étudiants.
Grenoble (Isère), qui appliquera la réforme dès la rentrée prochaine, étudie la possibilité de travailler avec les professeurs des écoles en formation. Les communes, qui reportent l’application de la réforme à 2014, se donnent un délai pour chercher des solutions financières optimales. Par ailleurs, les besoins en matière de coordination « enfance » et « jeunesse » augmentent aussi dans les intercos périurbaines, accueillant de plus en plus de familles.
« Le coût de la réforme des rythmes scolaires » – Anne-Sophie Benoit, présidente de l’Andev
« Bien que cruciale, la réforme des rythmes scolaires est complexe. Elle impacte les services de l’éducation et de la jeunesse, mais aussi ceux de la culture, des sports, etc. Dès 2013, 40 % des collectivités appliqueront la réforme, 30 % l’ont reporté à 2014, les autres se posent encore des questions. Cette réforme engendre des coûts pour recruter du personnel ayant les qualifications adaptées. Une ville de près de 10 000 enfants aura besoin de 250 animateurs supplémentaires pour assurer les nouveaux temps périscolaires. »
Thèmes abordés
Notes
Note 01 L’étude a été menée du 4 février au 4 mars 2013, auprès des responsables des ressources humaines des collectivités, par questionnaire renseigné sur internet. 359 répondants ont participé, dont 71 % de collectivités de moins de 50 000 habitants. Dans un souci de représentativité, les résultats ont été redressés sur la base du nombre d’agents par taille de collectivité Retour au texte

