Toutes les politiques de promotion de l’égalité homme femme butent contre un obstacle majeur : les systèmes de représentations qui assignent hommes et femmes à des comportements prédéterminés. Ces systèmes de représentation se formant tôt dans la vie, Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes a demandé à l’été 2012 à l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) d’examiner comment ils s’élaboraient dans les modes d’accueil de la petite enfance.
Dans son rapport rendu jeudi 28 mars, la mission de l’Igas dresse un bilan « déroutant » des pratiques au sein des établissements d’accueil de la petite enfance car :
- La question des représentations du masculin et du féminin est absente des programmes de formation des professionnels de la petite enfance, qu’elle soit initiale ou continue.
- L’apparente neutralité des professionnels est contredite dans la pratique.
Reproduction des stéréotypes – Si les documents des collectivités territoriales et des établissements de la petite enfance ne mentionnent jamais le caractère sexué de l’enfant, si les professionnels eux même affirment ne jamais guider les activités des enfants, et les traiter de manière égalitaire quel que soit leur sexe, cette neutralité n’est guère suivie d’effet dans les pratiques.
Motricité, gestion des émotions, activités et jeux, usage du corps, usage des vêtements, littérature enfantine… sur tous ces aspects, filles et garçons ne sont pas traités à la même enseigne, comme le montrent les observations menées.
Ainsi, les petites filles sont-elles moins stimulées dans les activités collectives que les garçons, tandis que leur apparence attire plus l’attention des adultes.
Les écarts vestimentaires des enfants aux codes sexués, lorsqu’ils se déguisent, sont corrigés par le geste ou la parole des professionnels, relèvent les rapporteurs.
Autre exemple : celui de la littérature enfantine. Sur 78% des couvertures de livres pour enfants, figure un personnage masculin. Les héros y sont deux fois plus nombreux que les héroïnes. Or seuls 30% des professionnels de la petite enfance reconnaissent choisir les livres en veillant aux stéréotypes de genre.
Déni – Les actions de promotion de l’égalité auprès des tout petits sont quasi inexistantes : « le déni ou l’absence de conscience d’œuvrer à une socialisation différenciée prévaut », écrivent les rapporteurs, « alors même que la prime enfance est précisément le temps de l’acquisition des principales transmissions qui vont marquer le devenir du sujet ».
Le rapport remarque néanmoins un léger frémissement du côté des collectivités locales, qui laisse à penser que tout n’est pas si sombre.
Ainsi, plusieurs expériences de formation et de sensibilisation des professionnels sur le terrain ont été menées dans des crèches (Saint-Ouen, Dijon, Montpellier, Limoges, Lyon, ou Nantes).
Démarche PASS-ÂGE – La mission préconise de construire une démarche pour sensibiliser et former les professionnels de la petite enfance à la socialisation sexuée des enfants : la démarche PASS-ÂGE, qu’il conviendra d’amener en douceur, car beaucoup de professionnelles ont fondé leur légitimité à exercer ce métier sur la conviction qu’en tant que femme, elles seraient naturellement compétentes à s’occuper d’enfants.
« Pour que l’approche de genre ne soit pas vécues comme une menace, il importe d’avancer à partir des expériences et du ressenti de chacun », prévient la mission.
La majorité des professionnels interrogés exprime également la crainte de se mettre en porte-à-faux avec les familles et de faire de l’ingérence sur ce sujet délicat.
Le chemin pour modifier en profondeur les représentations stéréotypées de la société à l’égard des hommes et des femmes reste donc semé d’embûches.
Les préconisations qui concernent les collectivités territoriales
- Sensibiliser les professionnels de toutes les crèches dès 2013, avec l’aide d’un DVD qui serait envoyé à tous les établissements d’accueil de la petite enfance. Maires et présidents des conseils généraux seraient invités à distribuer ce DVD et à organiser une journée pédagogique sur ce thème.
- Expérimenter la démarche dans 10 crèches pilotes dès 2013, avec élaboration d’un guide d’accompagnement.
- Sensibiliser les parents, et notamment les pères, lors d’une réunion de rentrée, à l’aide d’un DVD.
- Mettre en réseau l’ensemble des acteurs de la prise en charge de la petite enfance par la signature d’un « pacte éducatif pour l’enfance », organisation de groupes de travail pour construire la démarche « PASS-ÂGE ».
- Créer un baromètre d’évaluation de la démarche, au sein du ministère des affaires sociales.
- Réviser les documents d’orientation des collectivités territoriales et des crèches pour qu’ils intègrent la question des stéréotypes sexués dans la socialisation des enfants.
- Inscrire dans les orientations de la formation initiale et continue des agents des collectivités territoriales, et des assistantes maternelles, l’éducation à l’égalité entre filles et garçons dès la naissance.
- Créer une mission nationale d’impulsion de l’emploi masculin dans les métiers de la petite enfance.
Références
Rapport sur l'égalité entre les filles et les garçons dans les modes d'accueil de la petite enfance, IGAS, mars 2013
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