« L’école à elle seule ne peut pas tout » et il faut que « tous les gens qui travaillent autour de l’enfant de manière décousue » – communauté éducative (enseignants, CPE, professionnels de l’éducation, parents d’élèves), associations d’éducation populaire ou encore celles comme Agir pour l’école ou la Ligue de l’Enseignement, Etat, collectivités territoriales et associations d’élus locaux – se concertent, a dit George Pau-Langevin mercredi 15 mai lors de la journée de la réussite éducative à la Sorbonne.
Dépassant la simple notion de réussite scolaire, le concept de réussite éducative implique de « prendre en compte l’environnement de l’enfant, ses problèmes familiaux, ses problèmes de santé, le fait qu’il ait accès ou non à une éducation culturelle et artistique de qualité (…), tous ces facteurs peuvent aider à ce que certains enfants, notamment ceux qui sont dans des milieux socioculturels défavorisés, puissent avoir de meilleurs résultats », a fait valoir la ministre déléguée à la Réussite éducative devant des journalistes.
Des inégalités encore persistantes – Parmi les bonnes pratiques, elle a cité des classes-orchestre, où des collégiens de milieux défavorisés apprennent à jouer un instrument, prennent confiance et voient leurs résultats progresser, ou des cours de français à l’école pour des parents qui ne le parlent pas couramment.
Malgré « les moyens spécifiques alloués aux territoires les plus enclins aux inégalités scolaires » « l’ambition de réduction des inégalités territoriales est loin d’être atteint », a-t-elle souligné lors de son discours d’ouverture. Et la Cour des comptes a relevé la nécessité d’une meilleure cohérence des dispositifs de la politique de la Ville et de l’Education nationale dans les quartiers sensibles, a-t-elle indiqué. Dans les quartiers prioritaires, une meilleure coopération entre les politiques de réussite éducative menées par l’Acsé et les collectivités locales et les politiques de droit commun conduites par le ministère de l’Education nationale est attendue par le gouvernement pour assurer une meilleure égalité de droit.
« Dans les quartiers populaires, plus qu’ailleurs, tous nos enfants ne disposent pas des mêmes relais, des mêmes ressources devant l’institution scolaire », a souligné François Lamy, ministre délégué à la Ville, lors de la clôture de cette journée.
« Il faudrait donner plus à ceux qui ont moins », mais malgré les discours, « on ne le fait pas », a ensuite relevé le ministre de l’Education nationale Vincent Peillon, soulignant qu’on donne plus d’argent par élève à Henri IV qu’à l’Académie de Créteil.
Echanges sur une large palette de thèmes – « Cette journée a vocation à interroger l’école, à faire tomber les barrières, à mettre en lumière les bonnes pratiques, à faire émerger de nouvelles approches », a expliqué Mme Pau-Langevin, évoquant par exemple le bien-être à l’école et le rôle des familles dans la co-éducation.
Des ateliers sur la prévention du décrochage scolaire, la persévérance scolaire, l’accompagnement à la scolarité, l’aide aux devoirs, l’expansion des activités artistiques, culturelles et sportives à l’école, l’éducation aux médias et à la citoyenneté, l’enjeu de la santé et de l’équilibre alimentaire à l’école, la territorialisation de l’école, la synergie des acteurs et le renouveau du partenariat local, et enfin, l’aide à l’orientation et/ou à l’insertion ont également été organisés.
Le gouvernement publiera « prochainement » une circulaire instaurant notamment des « espaces parents » dans les établissements. Et un observatoire de la réussite éducative évaluera les pratiques au sein de l’Institut Français d’éducation (IFE) à Lyon.
Malgré des négociations difficiles, le ministère de l’éducation nationale, le ministère délégué de la réussite éducative et le ministère de la ville doivent également signer une convention « ville-éducation » en faveur des élèves des quartiers populaires. Les recteurs seront par ailleurs signataires des futurs contrats de ville, auxquels ils seront associés aux côtés des préfets.
Références
- Définition de la réussite éducative, par George Pau-Langevin :
"L’école ne peut pas tout, toute seule : elle doit donc renforcer les liens et les partenariats avec les ministères de la Ville, de la Famille, de la Jeunesse et des Sports, ainsi que les collectivités territoriales, les associations d’éducation populaire ou encore les parents d’élèves. La réussite éducative réunit tous ces acteurs, pour prendre en compte les dimensions familiales, sociales, culturelles, économiques, territoriales de l’élève, susceptibles d’influer sur son environnement, son parcours de vie et sa réussite à l’école.
C’est l’une des réponses majeures aux reproches adressés à l’école, à savoir : les inégalités et écarts qui se creusent, un nombre important de jeunes en situation de décrochage, une perte de confiance dans ce socle commun et républicain qu’est l’institution scolaire, etc."

