« Nous souhaitons mettre à disposition des élus et des techniciens des collectivités territoriales un outil simple pour que chacun situe sa ville par rapport aux communes voisines – surtout si elles sont démographiquement comparables –, à son département et à sa région, en termes de revenus de ses administrés et donc des inégalités qui en découlent. Nous souhaitons également alimenter le débat sur les inégalités territoriales, débat qui va certainement s’aiguiser à l’approche des élections municipales. On peut imaginer que les candidats chercheront à affiner leur connaissance de la population pour bâtir leur programme », explique Louis Maurin, consultant au Compas (Centre d’observation et de mesure des politiques sociales) et fondateur de l’Observatoire des inégalités.
Besoin d’éclairage – Le Comparateur territorial s’adresse aussi au grand public « perdu dans des représentations floues de qui est riche et de qui ne l’est pas », souligne James Kuperminc, responsable de l’antenne parisienne du Compas.
« Les médias diffusent une image de la classe moyenne irréaliste : si une famille de la classe moyenne avait réellement le style de vie qu’on lui prête, elle devrait avoir un budget mensuel d’environ 6 000 euros alors que le budget réel est plus proche des 3 000 euros », explique le spécialiste.
Les Français auraient également beaucoup de mal à citer le salaire moyen (2 410 euros bruts mensuels, à ne pas confondre avec le salaire médian).
« Les hauts salaires ont tendance à se placer plus bas qu’ils ne le sont sur l’échelle des revenus, alors que les personnes ayant des revenus modestes savent, elles, se situer », remarque James Kuperminc.
Les résultats du Comparateur territorial viennent compléter les études précédemment réalisées par le Compas, comme « Le taux de pauvreté dans les 100 plus grandes villes de France », publiée en exclusivité par La Gazette des communes en 2012. « Le classement des villes les plus et les moins inégalitaires demeure le même », précise Louis Maurin, « même si nous constatons que les inégalités ont progressé dans les villes de l’est de la France, comme Mulhouse ou Colmar ».
Pour rappel, les 5 villes les plus inégalitaires sont :
- Neuilly-sur-Seine
- Paris
- Roubaix
- Perpignan
- Béziers.
Et les 5 villes les moins inégalitaires sont :
- Saint-Nazaire
- Pessac
- Antony,
- Quimper
- Brest.
Mode d’emploi du Comparateur des territoires
James Kuperminc, détaille la façon dont doivent être lues les informations apportées par ce nouvel outil :
Le 1er décile (ou le revenu annuel moyen, avant prestations sociales, des 10 % des administrés de la commune les plus pauvres, pour l’année 2010 et pour une unité de consommation, soit une personne seule) est un indice à relativiser par rapport au lieu de vie », avertit l’expert.
« Il faut toujours se rappeler qu’être pauvre à Roubaix ne signifie pas la même chose qu’être pauvre à Neuilly-sur-Seine. Quand on vit dans une situation de pauvreté dans une ville elle-même pauvre, on est plus facilement identifié comme étant en difficulté, on a plus d’opportunités pour avoir accès à un logement social. Ce n’est pas forcément plus facile d’un côté ou de l’autre, c’est différent ».
Le revenu médian est un indicateur à interpréter par rapport à la composition des foyers de la ville. « Une ville qui compte de nombreuses familles vivant avec un seul revenu médian et qui ambitionne de lutter contre les inégalités devra être tout particulièrement attentive, par exemple, aux effets de seuil des tarifs de ses services publics. Les familles modestes sont encore trop souvent otages de tarifs qui ne tiennent pas compte de la réalité de leur revenu ».
Pour bâtir une politique sociale il faut savoir précisément à qui l’on souhaite s’adresser et aussi combien de personnes sont potentiellement concernées. James Kuperminc relève le cas de Montpellier, qui voit ses familles avec enfants s’éloigner en périphérie en partie à cause de tarifs non adaptés.
Le 9ème décile (ou le revenu annuel moyen, avant prestations sociales, des 10 % des administrés de la commune les plus riches, pour l’année 2010 et pour une unité de consommation, soit une personne seule). « Ces hauts revenus sont ceux qui font l’image, parfois trompeuse, de la ville », commente l’expert.
Il souligne le cas d’Annecy « qui a une image de ville riche grâce au rayonnement de ses habitants très aisés alors qu’elle concentre bien plus d’habitat social que les communes périphériques ».
Cet indicateur est à observer dans le temps : « Les personnes à haut revenu sont plus mobiles que les Français modestes. Pour leur choix d’emménagement, ils mettent en concurrence les villes sur des critères nouveaux, comme l’offre culturelle ou scolaire », souligne l’expert.
Indice de Gini (indicateur qui compare la distribution des revenus dans le territoire à une distribution égale. Plus il est proche de zéro, plus on est proche de l’égalité. Plus il est proche de 1, plus les revenus sont inégaux).
Cet indice est à interpréter selon la plus ou moins forte présence de la classe moyenne. Quand l’indice de Gini est élevé, la classe moyenne est peu présente. Le département du Maine-et-Loire, où la classe moyenne est bien représentée, englobe plusieurs villes qualifiées d’ « égalitaires », comme Cholet.
Un outil pour l’action – Avec le Comparateur territorial, « il ne s’agit nullement de mettre en accusation les communes pauvres », insiste Louis Maurin, « mais plutôt de préciser l’ampleur des inégalités territoriales ».
Selon l’estimation du Compas, la part des populations concernées par la pauvreté varie, au sein des plus grandes villes, de 1 à 7. « Il est temps d’agir » rappelait Hervé Guéry, directeur du Compas et cofondateur de l’Observatoire des inégalités territoriales, dans une récente tribune publiée dans la Gazette. Il en appelle à « une redistribution », dans laquelle, « chaque catégorie sociale et chaque territoire apportent sa contribution en fonction de ses moyens ».
Dans cette même tribune, Hervé Guéry renvoie au rapport « Vers l’égalité des territoires » dirigé par l’universitaire Eloi Laurent, auquel il a contribué, remis fin février 2013 à la ministre de l’Egalité des territoires et du Logement, Cécile Duflot.
Pour comprendre les inégalités et leurs évolutions, les contributeurs à ce rapport appellent à « une observation fine par des outils de mesures adaptés » et à une réforme de l’action de l’Etat.
À l’occasion de la remise de ce rapport, la ministre a lancé une série de conférences en régions, réunissant experts, élus, agents de l’Etat et acteurs associatifs ou économiques, axées notamment sur la thématique des inégalités sociales. Un premier bilan de cette concertation devrait être dressé lors du prochain comité interministériel d’aménagement et de développement du territoire (CIADT) qui doit se tenir au mois de juin 2013.
Consultez les données pour votre commune, en naviguant dans notre application, Le Comparateur des territoires
Cet article fait partie du Dossier
Pauvreté : en finir avec la politique de l'autruche
Sommaire du dossier
- Pauvreté : en finir avec la politique de l’autruche
- Des pauvres de plus en plus pauvres, et des riches de plus en plus riches
- Niveaux de vie : comment se situe ma commune ?
- A Vénissieux, la misère s’enkyste, même si les passerelles se tissent
- Ces poches de pauvreté au cœur des villes
- Où vivent les jeunes adultes de condition modeste ?
- Pauvreté : une analyse objective de la situation
- Ces quartiers où plus de la moitié de la population est pauvre
- Les inégalités de la France d’en haut et de la France d’en bas, dans les communes de plus de 20 000 habitants
- Pauvreté et inégalités : état des lieux dans les villes de plus de 20 000 habitants
- Combien de pauvres dans les 100 plus grandes villes ?
- Pauvreté et types de ménages : une typologie des intercommunalités
- Les pauvres seraient-ils encore plus pauvres dans les villes riches ?
- Inégalités territoriales : mieux se situer pour affiner ses politiques sociales
- Les taux de pauvreté des 100 plus grandes communes de France
- La pauvreté dans les arrondissements de Paris, Lyon et Marseille
- Connaître les pauvres en France : typologies
- « La pauvreté ne se limite pas à la périphérie des villes ! » – Louis Maurin
- Où vivent les pauvres ? L’Insee infirme définitivement la thèse de la France périphérique
- « La lutte contre la pauvreté passe par des ajustements locaux » – François Chérèque, inspecteur général des Affaires sociales, président de l’Agence du service civique
- Inégalités : quels enseignements tirer du classement des communes ?
- Villes, périurbain, rural : quels sont les territoires les moins favorisés ?
- « La mesure la plus fine possible de la pauvreté est fondamentale » – Daniel Zielinski, Unccas
- Pauvreté : les acteurs locaux expriment leurs besoins en matière d’observation sociale
- ATD Quart Monde se félicite de l’abandon du « taux de pauvreté ancré dans le temps »
- Comment les villes observent la pauvreté de leur territoire
- Journée mondiale du refus de la misère : lutter contre les discriminations fondées sur la précarité sociale
Thèmes abordés






