Clôturant mercredi 26 juin les premières Rencontres territoriales de la cohésion urbaine (1) organisées par l’INSET de Dunkerque, en coopération avec les autres instituts d’études territoriales et le CNFPT première couronne, François Lamy a rappelé le rôle indispensable dévolu aux collectivités locales dans la réussite de la politique de la Ville.
« Elle ne pourra jamais se passer de ceux qui la portent quotidiennement sur le terrain ! Au même titre que les élus et fonctionnaires de l’Etat déconcentré, vous en êtes les artisans », a-t-il lancé à l’assemblée, composée de directeurs de service « politique de la Ville » et autres chefs de projets évoluant dans les collectivités locales.
De l’importance du CNFPT – « Malgré trente ans de politique de la Ville, nous restons confrontés à des fractures socio-territoriales considérables, que la crise économique contribue encore aujourd’hui à aggraver. Cette politique publique doit évidemment s’appuyer sur les collectivités locales, qui assurent 80% des services de proximité », a tenu à rappeler le président du CNFPT, François Deluga en ouverture de ces journées mercredi 25 juin.
Pour lui, le CNFPT, « avec ses INSET et l’INET, joue pleinement son rôle dans l’organisation de ces débats ». Saluant « la volonté des professionnels de s’inscrire dans une démarche de concertation », et laissant la porte ouverte à un renforcement des formations des acteurs de la politique de la Ville, François Lamy dit sensiblement la même chose.
Le ministre a ensuite exhorté les agents territoriaux, « possédant une connaissance fine du territoire », à jouer un plus grand rôle : « la politique de la Ville ne peut pas se construire uniquement sur un plan national ; le projet de territoire auquel le futur contrat de ville sera associé ne pourra pas être construit par mes équipes dans le 7ème arrondissement parisien » a-t-il expliqué.
Selon lui, les élus locaux doivent constituer des ingénieries intercommunales, positionnées de façon transversale dans les organigrammes.
Fabrication de la cohésion urbaine – « J’ai conscience du niveau d’exigence fixé, des inquiétudes naissantes, mais nous allons conduire ensemble cette réforme à son terme parce que c’est une certaine idée des développements du territoire, des services publics, que nous défendons ici », a plaidé François Lamy, avant de se prêter au jeu des questions-réponses.
Anticipant les craintes liées à la révision de la géographie prioritaire, François Lamy dit avoir retenu « une méthodologie avec un critère unique objectif, m’évitant ainsi de négocier avec les élus : étant ministre de la Ville, c’est-à-dire en charge de la fabrication de la cohésion urbaine et de la lutte contre les concentrations de pauvreté, je m’appuierai sur un carroyage découpant le pays en carreau de 200x200m, dans lesquels ressortiront les territoires comptant plus d’un millier de personnes disposant de moins de 60% du revenu médian. »
La pauvreté, un critère multiple ? – A la critique de la présidente de l’Inter-réseaux des professionnels du développement social urbain (IR-DSU) Sylvie Rebière-Poujade, faisant valoir que « la politique de la Ville n’est pas une politique de lutte contre la pauvreté et la précarité, mais une politique amenée à résoudre une multiplicité de problèmes sur un territoire donné », le ministre Lamy semblait certain de son fait : « quand on superpose l’ensemble des critères potentiels – mal-logement, chômage, échec scolaire, délinquance, etc –, on s’aperçoit que le critère des bas-revenus les agrège en grande partie. Mieux, il fait même apparaître de nouveaux territoires » plaide t-il.
« Trop de critères tue les critères » abonde le président de l’association Villes & Banlieues, Renaud Gauquelin, qui voit dans la multiplication des critères « une bonne occasion pour chaque élu de qualifier un de ses quartiers victime d’un maux en particulier ».
L’assurance n’est plus la même dès qu’est abordé le sujet du droit commun. Devant le scepticisme des territoriaux quant à la déclinaison effective des conventions d’objectifs, François Lamy a tenu un discours de vérité alors qu’elles devaient théoriquement être signées avant « la fin du second trimestre 2013 » : seules huit (2) l’ont été, six (3) étant encore en préparation, « dont deux donnent lieu à des discussions serrées ».
S’il était de notoriété publique que l’Education nationale était réticente à s’engager sur des objectifs chiffrés, le ministre se refuse à dévoiler le nom de l’autre partenaire concerné.
Solidarité locale – « Les conventions traduisent des engagements forts mais je reste vigilant, je ne me leurre pas pour autant : sur la mobilisation de 10% des fonds structurels européens comme s’y est par exemple engagée l’ARF, il va probablement falloir que je reprenne contact avec chacun des présidents de régions pour les relancer », a-t-il convenu.
« Il faut arrêter d’attendre tout de l’Etat : la décentralisation a commencé dès 1982, nous attendons toujours une solidarité locale et régionale », en parallèle de la péréquation verticale, a appelé pour sa part Renaud Gauquelin. « Et puis, le fait que policiers et professeurs évoluant en banlieue aient 25 ans tout au plus ne dépend pas de la volonté du ministre. Une fois les conventions signées, il faut que les syndicats jouent le jeu et que policiers et professeurs expérimentés aillent pour de bon dans ces territoires sensibles », réclame celui qui est également maire de Rilleux-le-Pape (69).
Ces Rencontres territoriales de la cohésion urbaine aura été l’occasion pour François Lamy, de mesurer combien son projet de loi « Ville et Cohésion urbaine » suscitait des impatiences et réveillait des passions chez les acteurs locaux, à moins d’un mois de son examen en conseil des ministres.
Thèmes abordés
Notes
Note 01 deux journées de tables-rondes, ateliers pluridisciplinaires et autres visites de terrain portant aussi bien sur la re-politisation de la politique de la Ville, ses discontinuités et ses inflexions, les mobilités dans les quartiers en difficulté, les personnes âgées immigrées, la mobilisation des habitants ou encore la prévention situationnelle Retour au texte
Note 02 Sports, Santé, Travail, Droits des femmes, Transports, Pôle Emploi, ARF, AdCF Retour au texte
Note 03 Intérieur, Education, Défense, Culture, Justice, ADF Retour au texte

