La hausse des coûts de construction pèse-t-elle sur la qualité des logements ?
Combinée au manque de solvabilité des ménages, cette augmentation conduit les maîtres d’ouvrage à nous demander de bâtir des logements de plus en plus petits. Il y a vingt ans, un trois-pièces mesurait 70 m2 ; il en fait aujourd’hui 60.
Par ailleurs, la loi « handicap » de 2005 impose que tous les logements construits ou réhabilités respectent l’accessibilité pour un fauteuil roulant. Les surfaces nécessaires pour sa rotation dans l’entrée, la salle de bains et les toilettes sont déduites des autres pièces, à savoir celles de vie, comme le salon qui occupe désormais 16 m2.
Aujourd’hui, il n’y a plus de cave ni de cellier ; les gens n’ont plus aucun endroit pour ranger leurs affaires. Tous ces éléments pèsent sur la qualité de vie dans les logements. En outre, cette réglementation a tendance à figer l’espace et l’organisation du logement, les pièces étant trop exiguës pour pouvoir installer différemment les meubles.
Les bailleurs sociaux plaident pour que soit mis en accessibilité un pourcentage de logements plutôt que la totalité de ceux livrés. Qu’en pensez-vous ?
Je ne pense pas que l’on doive réfléchir en termes de pourcentage de logements accessibles. Je préfère que l’on raisonne en termes d’adaptabilité des logements. En prenant en compte les personnes en fauteuil, on impose finalement à tous le plus petit dénominateur commun, alors que ce n’est pas le seul handicap.
Entre une personne atteinte d’obésité et une autre aveugle, les résolutions techniques seront de toute façon différentes ; il faudra donc réadapter le logement. L’enjeu aujourd’hui est de concevoir des bâtiments qui puissent être adaptables très simplement. Il ne faut pas seulement penser aux cloisons modifiables, mais aussi bien prendre en compte les installations électriques et d’eau, indépendamment de l’emplacement des cloisons.
Cette réflexion peut-elle être poussée pour penser l’évolution des compositions familiales ?
Nous commençons à recevoir des demandes de bailleurs sociaux en ce sens, même si c’est un frémissement plutôt qu’une tendance. Nous travaillons, par exemple, sur une commande d’un bailleur pour que, sur un même pallier, un trois-pièces et un deux-pièces puissent être facilement réunis. Mais, là encore, cette flexibilité typologique doit être pensée en amont, dès la conception du bâtiment.
Face aux coûts de construction, l’une des pistes est de créer des espaces semi-collectifs comme les buanderies. Est-ce réalisable ?
Je suis persuadée que cela constitue un vrai enjeu. D’une part, cela libère des mètres carrés dans les logements, mais cela favorise aussi la création de lieux de convivialité. Encore faut-il que ces espaces ne soient pas relégués au troisième sous-sol, sans lumière… Il faut que ce soit de belles pièces ouvertes sur la vie de l’immeuble, pour que les habitants les investissent. Je suis convaincue que nous avons besoin – entre le logement et la rue – de ces espaces qui permettent de développer des potentiels de citoyenneté.
Références
Rapport sur l’impact des règles accessibilité dans la construction de logements neufs, DHUP, juin 2012
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