Quelle est la position de l’Association nationale des assistants de service social (Anas) dans le débat sur l’accueil de la population rom ?
L’ANAS s’inquiète de la montée de l’intolérance et de la volonté des autorités d’exclure la population des Roms du pacte républicain. Nous pensons notamment à la prise de position du maire (UMP) de Croix (Nord), Régis Cauche. Ce discours va à l’encontre des principes humanistes du travail social, notamment celui de l’accueil inconditionnel des personnes en situation de précarité. Les travailleurs sociaux sont tenus par leur code de déontologie (1) à la non-discrimination.
Quels sont les points à clarifier pour ouvrir un vrai débat ?
Il faut sortir de la confusion et des préjugés. Par exemple, les Roms sont présentés comme s’ils relevaient de l’immigration clandestine, alors que ce sont des citoyens européens qui disposent de la liberté de circulation. Les Roms choisiraient de vivre dans des situations insalubres. Si l’on peut comprendre les problèmes que ces occupations sauvages posent, il convient de rappeler qu’il s’agit d’installations par défaut. Également, il est répété que les Roms ne voudraient pas travailler alors que des dispositions dérogatoires limitent fortement leur possibilité d’insertion professionnelle. J’ai déjà accompagné, en ma qualité d’assistant de service social, des Roms qui avaient des capacités professionnelles à faire valoir. Leur accès à l’emploi est quasiment mission impossible !
Vers quelles voies s’orienter pour faciliter cet accueil ?
Nous invitons les travailleurs sociaux à se positionner dans le respect de la circulaire du 26 août 2012, relative à l’anticipation et à l’accompagnement des opérations d’évacuation des campements illicites. Elle n’est pas suffisante, mais elle a le mérite de s’inscrire dans le respect de la personne. Elle permet de mettre en place un accompagnement sur la durée, qu’il s’agisse de soins, d’hébergement ou encore de scolarisation. Les travailleurs sociaux pourraient aussi ouvrir le débat entre eux afin de réfléchir à leurs pratiques professionnelles, au danger de véhiculer un discours excluant, et aussi au sein de leur collectivité, avec leurs élus, pour appeler au respect de la personne. Je le répète : dire que les Roms ne peuvent pas s’intégrer, les considérer comme un groupe ingérable, n’est pas entendable pour un travailleur social. Tout être humain est susceptible de s’intégrer à la condition qu’il en ait la possibilité et les moyens.

