A quelques semaines de la disparition au 1er janvier 2014 du jour de carence pour les fonctionnaires, l’étude du groupe Sofaxis sur l’absentéisme dans les fonctions publiques territoriale et hospitalière ne pouvait rester inaperçue. De fait, elle a suscité jusqu’à la réaction de la ministre de la fonction publique Marylise Lebranchu, qui a fait part de ses réserves sur les chiffres publiés lundi 9 décembre.
Et pour cause, les statistiques de l’assureur contredisent le point de vue de la ministre qui voyait dans cette journée de carence établie en 2012 une mesure « injuste, inutile et inefficace ».
Chute de 43 % des jours de maladie ordinaire – En 2012, pour la première fois depuis 6 ans, le nombre des arrêts ainsi que celui des agents absents pour raison de santé sont en baisse. Les arrêts d’une journée en maladie ordinaire ont en effet chuté de plus de 43 % en un an dans la fonction publique territoriale (FPT). « La mise en application d’un jour de carence en maladie ordinaire explique probablement ce phénomène », commente Pierre Souchon, directeur adjoint du département ingénierie services du Groupe Sofaxis.
Une analyse que partage Denis Monneuse, enseignant chercheur à l’IAE de Paris et consultant indépendant : « Son ampleur est cependant surprenante. Est-ce lié à la médiatisation de l’introduction du jour de carence qui a marqué les esprits ? La crise a-t-elle renforcé ce phénomène puisque l’on sait que ceux qui sont les plus absents sont aussi ceux qui ont le salaire le plus faible et sont donc davantage incités au surreprésentéisme en cas de difficultés financières ? ».
Allongement de la durée des arrêts – Chef du service pilotage RH et dialogue social à Lille Métropole (Nord, 1 193 000 habitants, 2 500 agents), Vincent Kohut a observé de son côté une baisse de 29% des arrêts suite à la mise en place du jour de carence en juillet 2012. « Paradoxalement, le taux d’absentéisme est resté le même. Car dans le même temps, la durée des arrêts est en effet passée de 8 à 12 jours, nos agents attendant d’être parfaitement rétablis pour reprendre le travail », commente-t-il.
D’ailleurs, l’étude de Sofaxis le montre : la durée des arrêts ne cesse de progresser chaque année. Depuis 2007, la gravité des arrêts a augmenté de 16 % dans la FPT. Une tendance qu’il faut aussi mettre en regard du vieillissement des personnels. « Les agents sont également plus préoccupés par leur santé, davantage sensibilisés à des pathologies comme les TMS, qu’ils ne signalaient pas auparavant », commente Denis Monneuse. Le taux d’absentéisme national a d’ailleurs continué à progresser : il s’établissait en moyenne en 2012 dans une fourchette de 6,8 et 9,1 % selon la taille de la collectivité.
On compte en effet 2,4 fois plus d’arrêts dans les collectivités territoriales de plus de 150 agents par rapport à celles de moins de 10 agents. « La maladie ordinaire, cause d’arrêt la plus courante, explique en grande partie cet écart, puisque sa fréquence est multipliée par 2,7 entre ces deux catégories de structure», note l’étude.
De la même façon, les agents sont près de deux fois plus nombreux à s’arrêter dans les grandes collectivités. « La taille des collectivités n’est pas forcément l’indicateur le plus pertinent. Nous sommes une grande collectivité, et notre taux d’absentéisme n’est que de 6%. En revanche, les catégories C ne représentent qu’un tiers de notre personnel », souligne Vincent Kohut.
Pour Marylise Lebranchu, cette étude ne justifie pas de revenir sur la disparition du jour de carence. « Pour la stabilité des équipes, pour le fait qu’il peut y avoir des arrêts d’une journée répétitifs, il est important de dire aux citoyens que nous renforçons les contrôles, que le fonctionnaire est responsable et qu’en plus il est contrôlé », expliquait-elle sur France Inter le 10 décembre.
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L'absentéisme des agents publics : un symptôme, des remèdes
Sommaire du dossier
- Idées vraies, idées fausses sur l’absentéisme dans les collectivités locales
- Absentéisme pour raisons médicales : quelles idées évacuer, quelles solutions mettre en place ?
- Absentéisme : les fonctionnaires territoriaux ne sont pas des fainéants
- L’absentéisme dans la fonction publique territoriale progresse de 26% en 8 ans
- Lutte contre l’absentéisme : miser d’abord sur la prévention
- Absentéisme : le recours aux médecins de contrôle, un bon remède?
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- « L’absence est presque toujours une coproduction »
- Rogner les primes, la méthode choisie pour réduire l’absentéisme
- Absentéisme : 3 fois plus d’arrêts dans les grandes collectivités que dans les petites
- Hausse de l’absentéisme: un symptôme, pas une fatalité
- Absentéisme dans la fonction publique : des chiffres et des êtres
- Le coût élastique de l’absentéisme dans la fonction publique territoriale
- Fonction publique territoriale : le jour de carence a réduit l’absentéisme de courte durée
- Le lien entre absentéisme et jour de carence est-il établi ?
- Combattre l’absentéisme et ses conséquences
- Des leviers pour prévenir l’absentéisme
- Horaires atypiques : une pénibilité méconnue
- Vers une généralisation du contrôle par l’assurance maladie des arrêts de travail en 2016
- Prévenir le mal-être au travail : le rôle central des DRH
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