Alarmants mais pas tellement surprenants… Les résultats du baromètre Groupe Moniteur/Groupe Intériale, que La Gazette publie en exclusivité, montrent notamment que de nombreux agents renoncent à se soigner, pour des raisons de coût.
41 % des fonctionnaires interrogés déclarent avoir renoncé, pour eux ou leur famille, à des soins ou à des consultations médicales au cours des 12 derniers mois. Et parmi eux, 40 % y ont renoncé au moins 3 fois…
Système au bord de la rupture – « Tout est lié : gel des salaires, augmentation du surendettement, baisse des aides au logement… Notre système est au bord de la rupture, il y a urgence à traiter ce problème », analyse Ange Helmrich, secrétaire national de l’Unsa-territoriaux. « Malgré la participation des employeurs, certaines personnes n’accèdent pas aux soins. Et l’un des principaux freins est l’avance des frais », insiste le représentant syndical.
« Les médecins territoriaux nous relaient de nombreuses difficultés. Et les comités d’oeuvre sociale (COS) agissent de plus en plus souvent pour financer des soins urgents », témoigne aussi Valérie Chatel, présidente de l’Association des DRH des grandes collectivités.
Les postes de soins auxquels renoncent les agents sont ceux qui coûtent le plus cher… et où le système social intervient le moins, comme le dentaire ou l’optique.
Reste à charge en cause – « La santé constitue sans doute l’un des derniers postes de dépenses qu’on envisage de supprimer. Quand on en arrive là, cela doit nous interpeler », insiste Bruno Collignon, président de la FA-FPT.
Le baromètre renseigne aussi sur la participation des employeurs à la complémentaire. 36 % des fonctionnaires interrogés déclarent travailler dans une collectivité qui n’a pas mis en place un tel dispositif.
35 % indiquent au contraire bénéficier d’une participation de l’employeur. « Mais les tarifs des mutuelles sont élevés, jusqu’à 200 euros pour une famille de quatre personnes. Et les budgets ne nous permettent pas forcément d’aller très loin », souligne Valérie Chatel.
« Les collectivités prennent en charge en moyenne 23,50 euros de la complémentaire santé. Ce n’est pas rien, mais le reste à charge peut être non négligeable », estime aussi Bruno Collignon.
Sensibiliser les agents – Les agents bénéficiaires d’une participation employeur semblent satisfaits. Pour 73 % des répondants, la participation leur a permis de maintenir des niveaux de remboursement similaires pour un coût en baisse. Et 27 % indiquent que leurs niveaux de remboursement sont plus importants pour un coût similaire à celui qu’ils payaient précédemment.
« Quand une collectivité s’engage dans l’aide à la complémentaire santé, elle sensibilise les agents », observe aussi Valérie Chatel, qui insiste sur la nécessité de développer la culture du soin et de la prévention, qui n’est pas complètement acquise, notamment chez les personnels transférés.
Pédagogie auprès de élus aussi – Pour tenter d’améliorer la situation, il faudrait en premier lieu « faire davantage de pédagogie auprès des élus, souligne Philippe Laurent, président du Conseil supérieur de la fonction publique territoriale (CSFPT). De plus, le coût d’une participation employeur n’est pas excessif comparé à plein d’autres ». « C’est possible, insiste Bruno Collignon. Le centre de gestion de Meurthe-et-Moselle a effectué tout un travail avec les collectivités, de sensibilisation des agents, etc. et mis en place une prise en charge de l’employeur à 100 % ».
« Il existe aussi une confusion entre la protection sociale complémentaire et l’action sociale (chèques vacances, tickets restaurants, etc.). Dans l’esprit de certains employeurs, c’est l’un ou l’autre », insiste le représentant syndical.
Rendre obligatoire la participation constitue une autre piste. « Nous soutenons cette idée, mais économiquement ce n’est pas la solution idéale. On réalise un transfert vers des organismes dont il n’est pas démontré qu’ils effectuent une gestion à moindre coût. Il faut un vrai débat sur la santé, et sortir de cette caricature ancrée dans la tête des Français que notre système est le meilleur de tous », estime Ange Helmrich.
Rapport en 2014 – Une des formations spécialisées du CSFPT doit produire en 2014 un état des lieux et des préconisations concernant la complémentaire des agents territoriaux.
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La complémentaire santé et prévoyance des agents territoriaux
Sommaire du dossier
- Mutuelles : Les collectivités s’emparent du dispositif
- Protection sociale complémentaire, ça coince…
- Protection sociale : premières tendances dans les collectivités
- Les territoriaux s’intéressent peu à la prévoyance retraite
- Les fonctionnaires se soignent mal, malgré la création de la participation employeur
- La MNT lance un comparateur pour les offres labellisées
- Protection sociale : « Un risque de précarité important pour les territoriaux»
- Les centres de gestion accompagnent la participation employeur
- Après cinq ans de gestation, le décret paraît enfin
- Mutuelles : la liste des contrats labellisés est parue
- Pourquoi les assureurs sont absents de la protection complémentaire des fonctionnaires territoriaux
- Protection sociale : faut-il avoir peur du regroupement des mutuelles ?
- Une attente forte des territoriaux, chiffres à l’appui
- Etat des lieux : une couverture insuffisante et inégalitaire
- Peu de collectivités participent au financement des complémentaires santé
- Le mouvement mutualiste et la solidarité intergénérationnelle menacés ?
- Protection sociale complémentaire : choisir entre labellisation et convention – Analyse juridique
- Protection sociale complémentaire : une nouvelle concurrence entre mutuelles et assurances
- La Commission européenne donne son feu vert
- Ce que prévoyait le projet de décret
- Protection sociale complémentaire – une avancée pour les agents, une nouvelle responsabilité pour les employeurs locaux
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