Pendant qu’un communiqué de presse du ministère de l’Education vante « 92% des communes prêtes pour la rentrée », le leader de l’UMP cherchait, fin février, à ramener ladite réforme sous les feux de l’actualité.
Pour ce faire, Jean-François Copé a utilisé des propos de Gérard Collomb, maire PS de Lyon, rapportés par le Progrès. Dans un article, le maire sortant de Lyon évoquait en effet la possibilité de demander un forfait de 10 à 20 euros par enfant et par an, au titre des activités périscolaires induites par la réforme des rythmes.
Fustigeant une « taxe Peillon »,« qui se met progressivement en place dans toutes les communes de France », le maire de Meaux a donc appelé « tous les Français qui ne veulent pas payer les frais de cette réforme » à voter UMP.
Avec l’espoir d’obliger « François Hollande à retirer cette réforme » ou de laisser le libre-choix aux maires de l’appliquer, comme le souhaitait la proposition de loi de Xavier Bertrand (rejetée). A Lyon, l’entourage du maire et candidat déplore une titraille accrocheuse du Progrès et précise que Gérard Collomb ne faisait qu’évoquer une hypothèse.
La rentrée nourrit l’opposition droite/gauche – Sans surprise, les opposants farouches au sein de l’UMP continuent à clamer leur opposition (Christian Estrosi à Nice, le couple Balkany à Levallois-Perret, Xavier Bertrand à Saint-Quentin).
Sans surprise également, à Aubervilliers, qui avait cristallisé toutes les oppositions à l’automne dernier, la réforme pèsera lourdement sur le scrutin. « Mais en fait, c’est très variable d’une ville à une autre et d’une région à une autre : dans des territoires comme la Loire Atlantique, la Vendée ou l’Alsace, c’est effectivement devenu un argument de campagne électorale. Ailleurs, comme dans le Sud-Ouest, pas du tout » constate Carole Delga, secrétaire générale adjointe de l’APVF et députée-maire socialiste de Martres-Tolosane (Haute-Garonne – 2 226 hab), où l’application de la réforme depuis septembre dernier n’allume aucun feu électoral.
Haro sur les rentrées 2014 mal préparées – C’est surtout quand la commune s’affaire à préparer l’application de la réforme pour septembre 2014, que la thématique s’invite dans la campagne électorale. A Dunkerque, l’opposition au maire socialiste sortant Jean-Claude Delebarre fustige ainsi une réforme des rythmes mal préparée. Même antienne à Montpellier. A Strasbourg, c’est l’ex-maire Fabienne Keller (UMP-Modem)qui tente d’ériger la réforme en enjeu des municipales, contre le maire socialiste sortant Roland Ries.
La fiscalité locale moins conflictuelle – Les motifs de discorde portent plus sur les difficultés que fait peser la réforme sur les enseignants et parents que sur la fiscalité locale. A Guebwiller (Haut-Rhin – 11 517 hab), la tête de liste UDI Anne Dehestru, qui est également présidente de l’union régionale de la PEEP (fédération de parents d’élèves), raille ainsi le « bricolage » du maire socialiste sortant et promet bataille : « Nous allons rejoindre les maires mécontents, en fondant notre opposition sur des bases juridiques. Je suis donc curieuse de connaître le résultat des recours déposés devant le Conseil d’Etat ».
Autre configuration, même son de cloche, à Sélestat, (Bas-Rhin – 19 181 hab), où Caroline Reys, à la tête d’une liste de rassemblement à gauche, s’insurge contre la posture du maire UMP sortant qui « n’a concerté personne, espérant l’enterrement de la réforme. Des parents, directeurs d’école et enseignants se sont donc concertés pour élaborer une proposition.
Mais, contrairement aux annonces, le maire n’a tenu compte de rien et proposé au DASEN (1) des horaires qui ne conviennent à personne ». A Sélestat, l’argument du coût serait d’ailleurs caduc : « on ne peut pas parler de « taxe Peillon » ici : la ville recevrait entre 80 000 et 90 000 euros de l’Etat, alors qu’elle n’en a budgété que 10 000 » assène Bertrand Gaudin, son colistier.
Opposition public/privé – Partie dès septembre 2013, après une concertation locale approfondie, la petite ville de Loire Atlantique Saint-Philbert-de- Grand-Lieu (8 248 hab), a, de son côté, tout fait pour éviter que la réforme ne devienne un enjeu des élections municipales. Peine perdue : « Nous ne pouvons maintenir le centre de loisirs du mercredi, qui accueillait aussi les élèves de l’école privée. L’opposition nous reproche donc de les négliger » déplore Monique Rabin, députée-maire socialiste sortante.
Dans une ville où 500 des 1200 élèves fréquentent l’école privée, l’argument fait mouche. « Et pourtant, nous octroyons la même somme pour la scolarité des enfants du privé que pour ceux du public, (637 euros), à laquelle nous rajoutons la prise en charge des fournitures scolaires, des sorties, un forfait bibliothèque, internet… Mais la réforme appliquée à la seule école publique, désorganise la vie des familles».
Un vent de désobéissance civile – « Nous ne l’appliquerons pas ! C’est pas une loi, c’est un décret. Cela ne sert à rien aux enfants, ça nous coûte cher et ça augure le démantèlement de l’école » tempête Gérard Schivardi, maire de Mailhac (Aude – 475 hab), à la tête d’un conseil municipal frondeur. C’est que, depuis quelques temps, souffle du fin fond de l’Essonne, un vent de désobéissance inattendue. Premier à s’opposer à la réforme des rythmes scolaires, Christian Schoettl, maire de Janvry (Essonne – 585 hab) a aussi été le premier à déposer un recours contre le décret du 24 janvier 2013 devant le Conseil d’Etat, le 25 février dernier.
Depuis, son initiative a fait mouche : « nous comptons 2382 communes qui ont pris une délibération ou adopté une motion en conseil municipal pour refuser d’appliquer cette réforme à la rentrée et cela ne cesse d’augmenter». Sur 24 000 communes dotées d’une école, il frise donc les 10%. Le 15 mars, il sera aux côtés des « Gilets jaunes », association de parents hostiles à la réforme. Ces deux mouvements partagent une particularité : tous deux entendent s’affranchir des cadres institutionnalisés. Christian Schoettl a pris ses distances avec le collectif des maires contre la réforme mené par Valérie Pécresse et Jean-Michel Fourgous et refuse l’instrumentalisation politicienne de l’UMP. Les « Gilets Jaunes », de leur côté, entendent s’émanciper de la FCPE et de la PEEP, les deux fédérations de parents majoritaires.
Ces deux mouvements auront-ils un impact sur le niveau d’abstention lors de ces élections ?
En filigrane, au-delà du scrutin local, plus d’un opposant à la réforme espère, sinon l’enterrement du dossier, du moins, le départ de Vincent Peillon du ministère de l’Education lors d’un remaniement et l’abandon de la réforme par son ou sa remplaçante.
Hors des partis politiques, les parents s’invitent au débat
« Nous espérons que la manifestation du 15 mars fera bouger les lignes, car, localement, la réforme représente un enjeu pour les municipales. Et ce n’est pas une question de droite ou de gauche, car elle concerne tout le monde » avance Magali Martinelli, pour l’association des Gilets jaunes, récemment créée exprès pour obtenir l’abrogation de la réforme. Certaines villes n’ont d’ailleurs pas attendu l’incitation du leader de l’UMP pour prendre en compte cette partie de l’électorat.
Adoptant, dans un premier temps, un moratoire sur l’application de la réforme, le Conseil municipal de Colmar a décidé, fin janvier, de ne pas l’appliquer du tout. « Nous répondons à la mobilisation d’un collectif de parents et des conseils d’école, c’est-à-dire d’une forte majorité d’utilisateurs de l’école. Nous avons aussi évalué le coût de la réforme à 700 000 euros, soit 3 points de fiscalité et cela entre bien sûr en ligne de compte » explique Odile Ulrich-Mallet, adjointe UMP au maire à l’éducation. Depuis, c’est la bataille des tracts à la sortie des écoles entre l’opposition socialiste et l’équipe municipale qui brigue un autre mandat. La maire-adjointe en est sûre, « pour les parents qui se sont mobilisés sur le sujet, oui, bien sûr que la réforme des rythmes va compter dans le vote ».
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