Souvent employée mais jamais justifiée, l’expression « big bang territorial » prend tout son sens avec le discours de politique générale de Manuel Valls, le 8 avril.
Tout le monde a été surpris par ses annonces sur l’organisation territoriale. Alors que les collectivités craignaient surtout la confirmation d’un nouveau tour de vis budgétaire de 10 milliards d’ici à 2017 – ce qui a été le cas -, personne ne s’attendait à de grandes annonces en la matière.
Le nouveau Premier ministre abandonne la technique des petits pas et prône quatre « changements majeurs » : fin de la clause générale de compétence des départements et des régions, réduction de moitié du nombre de régions, refonte de la carte intercommunale sur les bassins de vie et, surtout, suppression des départements.
Front uni – La plus grande surprise vient d’un changement total de cap pour les conseils généraux avec leur disparition pure et simple « à l’horizon 2021 ».
François Hollande, Jean-Marc Ayrault, Marylise Lebranchu et Manuel Valls lui-même affirmaient exactement le contraire il y a encore peu.
L’idée d’une différenciation entre l’urbain et le rural cède la place à un coup de balai général. Le choc est rude pour les futurs conseillers départementaux qui, à peine nés, devront préparer leur disparition ! « Mépris », « dégoût », « colère », les départements parlent à l’unisson, formant un front uni contre la réforme annoncée. Et de démentir catégoriquement les économies qui en découleraient.
Lobby départemental – Parmi les victimes collatérales, les quelque 300 000 agents départementaux, plus inquiets que jamais sur leur avenir. L’absence de propos à leur égard du Premier ministre n’a rien fait pour arranger les choses, d’autant qu’il a rendu hommage aux agents de l’Etat, « visage du service public ».
Pas très délicat et surtout grave erreur que d’oublier la contribution des territoriaux à ce même service public, particulièrement en direction des publics en difficulté.
Le « profond débat » qu’appelle de ses vœux Manuel Valls démarre mal. Un débat qui ne sera pas non plus facilité par la guerre s’annonçant entre départements et régions.
Jean-Jack Queyranne, président de Rhône-Alpes, juge tout simplement que « la suppression des départements s’impose pour des raisons de simplification et d’économies au profit des régions et des intercommunalités ». Ambiance !
Mais le feuilleton ne fait que commencer. Le puissant lobby départemental n’a pas dit son dernier mot. 2021, c’est loin ! D’autant qu’il faudra une révision constitutionnelle et que d’ici là plusieurs élections se dérouleront, dont une présidentielle !

