Le ministre de l’Education nationale Benoît Hamon était attendu au tournant. Les assouplissements annoncés le 25 avril dernier ont fait réagir toutes les parties prenantes, avec pour appréciation un « en progrès » quasi-général.
[Lire notre article : Assouplie, la réforme des rythmes scolaires reste obligatoire]
Alors, heureux, les acteurs éducatifs ?- A Gennevilliers, dont le projet d’organisation se heurtait aux 9 demi-journées, le conseiller municipal Jacques Bourgoin, affiche sa satisfaction : « notre projet prévoit une demi-journée d’activité périscolaire gratuite pour tous les enfants. Nous sommes une ville où toutes les écoles relèvent de l’éducation prioritaire. Il est donc essentiel pour nous de pouvoir organiser des activités en utilisant les équipements sportifs et culturels de la ville, sur un temps identifié par les parents comme un moment où les enfants sont à l’école. Cela permet de toucher les enfants des familles les plus populaires, qui ne fréquentent pas les activités périscolaires ».
Eric Favey, secrétaire général adjoint de la Ligue de l’enseignement, est plutôt content du projet de décret et de sa circulaire : « Le décret précédent permettait déjà pas mal d’organisations, il n’imposait pas des laps de 45mn d’activité périscolaire pendant 4 jours, mais peu de communes se sont emparées des possibilités de dérogations. Ce décret complémentaire permet aux communes qui ne se sont pas encore organisées d’éviter le saupoudrage d’activités et l’impact sur les conditions de travail des animateurs est positif ».
Paul Raoul, président de la FCPE, octroye, lui aussi, un satisfecit : « Le décret dit : ni report, ni délai et de cela, nous sommes contents. Qui plus est, la réforme s’appliquera sur 5 matinées, respectant la régularité des apprentissages ». Idem pour l’Andev, par la voix de sa présidente Anne-Sophie Benoit : « Il faut souligner tout d’abord, que l’Andev est attachée à la semaine des 9 demi-journées, qui représente l’une des meilleures solutions pour les enfants. Mais nous sommes favorables à des expérimentations permettant de s’adapter aux réalités locales et de susciter l’intelligence collective. Les mesures annoncées par Benoit Hamon sont de bon sens et vont dans le bon sens. Elles vont permettre à des villes comme Lille, Gennevilliers ou Stains de mettre leur projet en place ». A condition, toute fois, de faire naître les expérimentations d’une concertation locale et de les inscrire dans un projet éducatif local, prévoyan de les évaluer.
Craintes pour les vacances et le vendredi – Le nouveau texte en préparation n’apaise cependant pas toutes les inquiétudes. Paul Raoult résume une crainte partagée par l’Andev et la Ligue de l’enseignement : « Nous sommes opposés à la journée de 6 heures de cours par jour. Et nous craignons que ces expérimentations ne soient pas suffisamment encadrées. Il ne faudrait pas que l’après-midi libéré soit placé le vendredi, créant ainsi une coupure encore plus importante et néfaste pour les enfants. Il faudrait carrément l’interdire ! »
Au SNUIPP, qui voit l’après-midi libéré comme un temps intéressant pour la coordination des enseignants, on ne l’entend certes pas de cette oreille : « Pourquoi avoir peur de voir le vendredi après-midi libéré ? Faut-il comprendre que les enfants n’auront aucune activité cet après-midi-là ? Pour bien faire, il aurait fallu imposer le samedi matin, ce à quoi nous n’étions pas opposés ». Eric Favey pointe de son côté un risque inattendu : « Le vendredi après-midi présente un risque, pour une raison qui nous est remontée du terrain tout au long de l’année : la fréquence des TAP a recréé du lien entre les enseignants, les animateurs et les parents. Pour éviter de perdre ce lien, il suffit de placer une partie des APC au même moment que l’après-midi libéré. »
Autre sujet d’inquiétude : sur quelles vacances porterait la réduction ? Pas question d’amputer les petites vacances ! « La possibilité de réduire la semaine induit 6 jours de récupération sur les vacances scolaires. Or, l’Andev est attachée au système des 7 semaines de cours, 2 semaines de vacances » avance Anne-Sophie Benoit, rejointe par Paul Raoult et Eric Favey. De son côté, Sébastien Sihr affiche perplexité et doute quant à cet assouplissement : « Je ne crois pas au scenario de réduction des vacances. Nous l’avions évoqué, mais en contre-partie du maintien de la semaine de 4 jours. Or, la piste de Benoît Hamon reporte en fait une heure de périscolaire en plus sur les communes et suppose qu’elles ouvriront les écoles une semaine de plus dans l’année : ce sont autant de frais supplémentaires pour les collectivités ».
Déception du SNUIPP – « Le ministre avait annoncé ne rien vouloir s’interdire, mais en guise d’assouplissement, c’est une petite ouverture, même si elle a du sens » déplore Sébastien Sihr, secrétaire général du syndicat enseignant de primaire. Certes, aux dires du syndicaliste, libérer un après-midi permet aux enfants de bénéficier d’une plage conséquente pour un parcours éducatif construit et évite le saupoudrage d’activités, aux communes de mutualiser leurs moyens et aux enseignants de bénéficier de temps dégagé.
« Mais si les expérimentations se réduisent à ceci, la boîte est bien dégarnie. Qui plus est, au vu des délais, qui va donc s’en emparer ? je regrette qu’on ne s’inspire pas de démarches comme celle de Poitiers, qui libère plusieurs mercredis dans l’année pour la concertation et je m’inquiète : les organisations qui préexistaient à ces décrets, comme à Toulouse, ou Munster, sont-elles menacées ? » reprend le syndicaliste enseignant.
Le camp des « irréductibles » ne faiblit pas – Quant aux « irréductibles Gaulois », réfractaires déclarés à la réforme des rythmes scolaires, on ne peut pas dire que les annonces ministérielles aient fait mouche : à Marseille, le maire UMP Jean-Claude Gaudin exige un moratoire, mettant en avant une ardoise non compensée par l’Etat de 25 millions d’euros. Et dans l’Essonne, Christian Schoettl, leader des maires prenant des délibérations en conseil municipal contre la réforme des rythmes, se gausse.
Les assouplissements de Benoît Hamon
Dans les annonces du ministre de l’Education nationale du 25 avril dernier, qui détaillaient la nature des assouplissements envisagés pour une réforme des rythmes scolaires au cadre jugé trop rigide, on trouve un peu de tout. A savoir :
- D’abord et avant tout, la levée du « dogme » des 9 demi-journées : la semaine pourra compter 8 demi-journées au minimum, à condition de respecter le principe de 5 matinées de 3h30 de cours. Cette levée était demandée par… presque tout le monde.
- La possibilité de regrouper les activités périscolaires : sur une après-midi, ouvrant donc la voie à des « parcours éducatifs » ou de découverte. Cette possibilité était demandée par : les collectivités, surtout quand elles ont déjà mis en place une organisation avec des après-midis libérés.
- La possibilité de réduire la semaine de 24 à 23h de cours et de rattraper ce temps sur les vacances. Soit 1h* 36 semaines = 6 jours de cours. La réduction des vacances scolaires était évoquée par : le Snuipp, la FCPE.
- Une reconnaissance du rôle des conseils d’école : le projet d’expérimentation devra être composé avec eux et obtenir leur accord. Cette requête fait écho aux demandes : des syndicats enseignants et des fédérations de parents d’élèves.
- Les maires sont désormais obligés de consulter les enseignants travaillant sur la commune. Cette requête fait écho aux demandes : des syndicats enseignants.
Une fois publié, le nouveau décret devrait s’appliquer aux communes qui n’ont pas encore déposé de dossier, mais aussi aux communes ayant déjà déposé un projet auprès du DASEN (soit, 93% des collectivités) et souhaitant le modifier, permettant donc aux nouveaux élus de ne pas appliquer le projet du maire sortant. L’expérimentation est prévue sur 3 ans. Il est possible d’en modifier le cadre dans un an, si besoin est.Date-butoir de la remise de copie : 6 juin prochain. Un laps de temps ultra-court, sachant que le nouveau projet exige la validation des conseils d’école !
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