« Que l’on soit en ville ou à la campagne, les demandes des parents sont, aujourd’hui, exactement les mêmes : ils recherchent des activités culturelles, sportives, de loisirs. Les cultures urbaine et rurale tendent à se confondre, sous la pression des habitants qui s’installent dans les 2ème et 3ème couronnes des agglomérations » analyse Claudy Lebreton.
A cette évolution des demandes sociales des administrés des maires ruraux, correspond un changement dans les missions des édiles : « On sort de la période du « maire bâtisseur », celui qui a construit des écoles, le réseau téléphonique, d’assainissement, des salles des fêtes, etc… nous passons du « hardware » au « software », de la nécessité de construire des locaux à des actions qui répondent à l’intelligence des populations » décrit Claudy Lebreton. A ses côtés, Vanick Berbérian estime donc qu’« un travail de fond s’avère nécessaire pour revoir la répartition archaïque des compétences entre l’Etat et les collectivités en matière scolaire, car les besoins des populations ont changé ».
Education encore nationale ? – Un brin provocateur, le président de l’ADF s’interroge : « Faudra-t-il que l’éducation s’appelle encore longtemps «éducation nationale » ? » Au risque de s’attirer les foudres des syndicalistes enseignants qui avaient vu dans la réforme des rythmes scolaires le spectre d’une « école territorialisée », il précise ainsi son propos : « Je plaide pour une école territoriale. Il s’agit certes de l’école de la République, mais elle devrait tenir plus compte des réalités locales et de la communauté éducative ». Dans ce contexte, la réforme des rythmes ne constitue pas, à ses yeux, une révolution, « mais une évolution historique normale pour les compétences des collectivités issues de la décentralisation ». Et pour que les choses soient claires, Vanick Berbérian martelle l’attachement des maires ruraux à la réforme des rythmes « car ils sont bien conscients que cela permet à des enfants de pratiquer des activités dont ils ne bénéficient pas d’ordinaire et qui existent plus facilement en ville. Il s’agit d’une réforme de société ».
Mêmes demandes, moins de moyens – Confrontées à des exigences sociales similaires à celles des habitants des villes, les communes rurales disposent-elles des moyens d’y répondre ? Certes pas, aux dires de Vanick Berbérian, qui a présenté à Benoît Hamon, ministre de l’Education, le tableau de la dotation globale de fonctionnement allouée aux communes rurales. Pourquoi ? « Parce qu’elle est 50% moindre que celle allouée aux villes, alors même que le coût d’une heure d’animation ou du gasoil reste le même. Or, chez nous, ce qui fait la différence, ce sont les distances ».
L’anecdote peut sembler triviale : loin s’en faut !, répète Vanick Berbérian, qui pose ainsi la question d’une véritable péréquation. « Nous avons demandé au ministre de soutenir les communes les plus en difficulté. Le clivage n’est pas entre les communes urbaines ou rurales, mais entre les riches et les pauvres. La DSR-cible ne concerne que 9000 communes rurales, sans qu’on en comprenne bien les critères d’attribution d’ailleurs ». Reçu par le ministre de l’Education le 5 mai, Vanick Berbérian a obtenu une réponse (publique) dès le 7 mai : « Le fonds d’amorçage sera reconduit en 2015-2016, et le montant calibré pour que les communes qui connaissent de grandes difficultés » a déclaré Benoît Hamon sur France-Inter, précisant toutefois que la situation serait appréciée au regard de ce qui se déroulera cette année.
Du temps et un retour au bienfondé de la réforme – Autres exigences présentées par les maires ruraux de France pour mettre en oeuvre cette réforme : du temps et de la souplesse, à ne pas confondre avec un moratoire ou l’octroi aux communes du libre-choix d’appliquer, ou non, la réforme. « C’est une question d’égalité en matière de conditions scolaires sur le territoire, si on parle d’une nécessité, on parle d’une obligation, cela ne peut pas être facultatif » explique-t-il.
Certes pas plus emballé que cela par la perspective de regrouper les activités périscolaires sur une seule après-midi, Vanick Berbérian ne dédaigne pas pour autant cette ouverture : « Cela permet de commencer, de faire tourner les animateurs sur plusieurs sites et d’ajuster au cours du temps ». en revanche, l’évocation, par le ministre de l’Education, d’une campagne de communication portant sur le bienfondé de la réforme, lui semble très opportune : « Nous sommes tout-à-fait d’accord, car cette réforme ne concerne pas que l’école, mais l’ensemble de la société. Il faut vraiment que tous les acteurs du monde de l’enfant s’en saisisse ! »
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