Comment avez-vous accueilli les résultats de la dernière étude du DEPS (1)?
Un des constats de l’étude m’a vraiment étonné et m’inquiète beaucoup : celui qui concerne le moindre engagement financier des collectivités pour les bibliothèques. Je persiste à penser que les bibliothèques constituent l’équipement culturel de base. Je ne peux m’empêcher de faire un lien entre ce désengagement et une certaine désaffection d’une partie du public pour la lecture. Cette baisse de l’engagement des collectivités est sans doute liée à l’évolution des goûts du public. Sans doute faudrait-il aussi affiner l’analyse et préciser ce que l’on met derrière le mot « bibliothèque ». Car certaines collectivités limitent aujourd’hui leurs collections pour aménager des espaces bien plus grands, afin d’en faire des lieux de rencontre et d’animation. La bibliothèque reste un lieu extrêmement prisé. Objectivement, c’est le lieu culturel le plus coûteux pour la commune, car il ne perçoit pas de recettes, ou presque pas.
Quelles réflexions ce genre d’études vous inspirent-elles pour ce qui est de l’observation du terrain ?
Ces études financières du DEPS sont très complètes. Mais elles posent un réel problème de décalage dans le temps. Les évolutions sont beaucoup plus rapides que les délais de production de ce genre de données. Cette étude du DEPS concerne la période 2006-2010, or il est manifeste qu’en trois ans les choses ont déjà beaucoup évolué, et cela va probablement s’accélérer. Autrement dit, les tendances à l’œuvre ne sont déjà plus celles qui sont dans l’étude.
Je pense que le ministère de la culture devrait sélectionner quelques indicateurs importants et assez simples à analyser, afin de publier régulièrement des mises à jour, pour que nous puissions vraiment suivre les tendances à l’œuvre en ce moment. Car, j’insiste sur ce point, les évolutions des budgets culturels sont très rapides.
Justement, quelles évolutions récentes avez-vous pu empiriquement constatées ?
Je remarque une tendance à la baisse progressive des crédits pour l’éducation artistique et culturelle. C’est très inquiétant. J’emploierais même le terme de désengagement. Ce phénomène est lié à la réforme des rythmes scolaires. Car, dans beaucoup de cas, les activités que finançaient les collectivités locales sur le temps scolaire sont supprimées pour être reportées sur les temps d’activités périscolaires, les TAP (2). De ce fait, on va, en réalité, vers une inégalité croissante, car dans certaines communes, on ne reporte pas grand-chose, hormis ce qui s’apparente à la garderie. Paradoxalement, cette réforme, contrairement à la volonté initiale, conduit à une forme de distanciation entre les activités faites sur le temps scolaire et celles qui ont lieu en dehors du temps scolaire.
Il y a un très grand danger, mais, naturellement, l’étude du DEPS ne peut pas le montrer puisqu’elle porte sur des données de 2006 à 2010.
D’autres domaines sont-ils aussi menacés par les tendances à l’oeuvre actuellement ?
C’est le cas, aussi, pour les grandes institutions culturelles, par exemple, les scènes nationales. Car les subventions de l’Etat et des collectivités stagnent. On constate des rétrécissements du champ d’activités de ces équipements. Forcément, à un moment ou un autre, cette évolution va toucher le soutien aux artistes.
Comment interprétez-vous les résultats relatifs à une progression des financements intercommunaux ?
En vérité, la progression doit être relativisée. Car, dans la plupart des cas, les communes transfèrent la gestion des gros équipements, mais pas la politique culturelle qu’elles conduisent. Autrement dit, les politiques culturelles restent communales – même si elles font l’objet de quelques négociations – et elles s’appuient sur des équipements que gère l’intercommunalité.
Thèmes abordés
Notes
Note 01 Les dépenses culturelles des collectivités territoriales en 2010 : 7,6 milliards d’euros pour la culture, Culture-Chiffres 2014-3, DEPS Retour au texte
Note 02 temps pris en charge par les communes Retour au texte




