« J’invite les sapeurs pompiers à cesser toutes discussions, tous travaux avec les agences régionales de santé et les SAMU », a indiqué le 10 juin le colonel Eric Faure, président de la Fédération nationale des sapeurs pompiers de France (FNSPF). La raison de cette consigne très symbolique, qui ne concerne pas les dispositifs opérationnels, renvoie aux déclarations de la ministre des affaires sociales et de la santé, Marisol Touraine, le 4 juin dernier.
Soins urgents – « Une hérésie institutionnelle » a martelé le président de la Fédération selon lequel les déclarations de Marisol Touraine sont en contradiction totale avec les directives données le 13 octobre dernier par François Hollande pour organiser l’accès de l’ensemble de la population aux soins urgents en 30 minutes maximum.
En effet, la ministre a déclaré le 4 juin dernier lors du dernier congrès « Urgences » la poursuite du développement des hélicoptères sanitaires, l’intensification du déploiement des médecins correspondants de SAMU, et le lancement d’expérimentations sur l’organisation et le financement des transports sanitaires urgents. «Nous n’avons jamais été associés, ni consultés sur ces mesures », a regretté le colonel qui réclame en vain depuis trois mois une entrevue avec la ministre.
Politique « unilatérale » du ministère de la Santé – Marisol Touraine « persiste dans sa politique unilatérale, dispendieuse et hégémonique afin de mettre en œuvre, seule, la promesse du Président de la République », a déclaré Eric Faure. « Or, François Hollande avait précisément demandé le 12 octobre que les sapeurs-pompiers soient associés aux décisions, soulignant que la base de travail commun devait être non seulement le Référentiel sur l’organisation Secours à personnes-Aide médicale urgente de 2008, mais qu’elle devait être renforcée à partir de l’évaluation de ce même rapport, dont le Président avait demandé la réalisation pour fin janvier 2014… » L’évaluation n’a toujours pas commencé. « Il a fallu plus de deux mois pour que l’IGA et l’IGAS se mettent d’accord sur les termes de la lettre de mission », s’est indigné le président de la Fédération.
Absence de concertation sur les hélicoptères – Pire, la gestion de la flotte d’hélicoptères reste toujours sans pilote. Le ministère de la Santé annonce le déploiement de nouveaux hélicoptères SAMU sans concertation avec le ministère de l’Intérieur, qui dispose de 35 appareils pour la Sécurité civile et 55 appareils pour la Gendarmerie.
« Il faut préciser que les appareils du ministère de l’Intérieur sont des machines très polyvalentes, adaptées à toutes les situations de secours, ce qui n’est pas le cas des 45 machines louées à des sociétés privées sur le compte de l’assurance maladie, a souligné le Dr Patrick Hertgen, vice président de la FNSPF chargé du secours à personnes. On nous a rapporté des situations où les hélicoptères du SAMU sont obligés de se poser et de passer le relais à une ambulance car ils n’ont pas suffisamment d’autonomie. »
A la recherche d’un « dialogue respectueux » – Ces incohérences dans la politique du secours aux personnes ont d’autres conséquences sur le terrain. La mutualisation des plateformes téléphoniques entre le 15 et le 18 est en panne. « Par exemple dans le département du Tarn, l’agence régionale de santé a bloqué le projet, a indiqué le colonel Faure. Ils donnent la priorité à la coordination régionale entre les SAMU », comme si les sapeurs pompiers étaient des acteurs secondaires du secours d’urgence.
Pour résoudre la discorde entre les sapeurs pompiers et les urgentistes, la FNSPF en appelle aux plus hautes autorités de l’Etat afin de retrouver un « dialogue respectueux » entre tous les acteurs du secours et de l’aide médical d’urgence.
Réforme territoriale : la « Fédération » réagit aux propositions d’étatisation d’André Vallini
Faut-il placer les SDIS sous la coupe de l’Etat ? Dans un entretien à la Gazette des communes publié le 9 juin 2014, André Vallini, le secrétaire d’Etat à la Réforme territoriale se dit favorable à cette perspective (cf entretien du 9 juin). Le président de la FNSPF ne partage pas ce point de vue. « Les SDIS n’ont jamais été étatisés, et il n’y a pas de raisons pour qu’ils le soient. Les SDIS ont simplement besoin qu’on fasse émerger « une gouvernance nationale » de la sécurité civile pour assurer une meilleure coordination. Nous allons mener une réflexion interne pour faire des propositions à l’occasion de notre prochain congrès ». Le financement des SDIS serait-il en péril avec la suppression des départements ? Pas d’inquiétudes de la part de la FNSPF. « Ce n’est qu’une question de fléchage des financements », précise le colonel Eric Faure, le président de la FNSPF. Le financement des SDIS est assuré à 57 % par le conseil général et à 43 % par les communes ou l’intercommunalité. « Or il faut savoir que 83 % des finances du département proviennent de l’Etat. Il suffit que l’Etat alloue directement au SDIS ce qu’il attribuait au conseil général. ».
Cet article est en relation avec le dossier
Thèmes abordés

