Devant le Conseil national de la sécurité routière (CNSR), le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve s’est prononcé le 16 juin en faveur d’une « expérimentation » de la limitation de vitesse sur les routes à deux voies. Le ministre de l’Intérieur a estimé que cette mesure « ne peut être envisagée que de façon expérimentale et sur des segments très accidentogènes. Il faut prendre le temps de la pédagogie ». « Une mesure, quelle qu’elle soit, ne peut être bien appliquée que si elle est comprise », a-t-il ajouté.
Une possible généralisation à terme ? – A l’issue de la réunion, il n’a cependant pas exclu une possible généralisation, sans pour autant apporter de détails supplémentaires sur le calendrier ou les routes qui seront choisies.
Le ministre s’est simplement engagé à « recevoir les acteurs, puis les préfets » avant de choisir les tronçons concernés par cette baisse de la vitesse. Selon des experts sous couvert d’anonymat, Bernard Cazeneuve pourrait en discuter avec les préfets le 17 juillet, date à laquelle les premières précisions pourraient être fournies. « Le gouvernement se prononcera assez rapidement », a déclaré Jean-Robert Lopez, délégué interministériel à la Sécurité routière, rappelant que « cela fait un an qu’on discute de cette mesure ».
Une mesure impopulaire – « Il aurait été préférable qu’on vote la généralisation des 80 km/h sur tous les départements », a estimé Chantal Perrichon, présidente de la Ligue contre la violence routière. « Est-ce qu’on aurait fait en 1973, avant de le généraliser, une expérimentation sur le port de la ceinture? » qui depuis a fait ses preuves, s’est-elle émue.
Très impopulaire chez les usagers de la route, cette nouvelle baisse de la vitesse sur les routes secondaires a été vivement critiquée par d’autres associations. Il y a « une obsession sur le facteur de la vitesse » a dénoncé le délégué général de la Fédération française des motards en colère, Eric Thiollier, pour qui « l’usage du téléphone, des objets distrayants ou l’alcool » auraient mérité davantage d’intérêt.
La limitation de la vitesse sur les routes à deux voies pose « un autre problème »: celui « des poids lourds, dont la vitesse sur ces routes est déjà limitée à 80 km/h », a-t-il ajouté. Selon lui, « on ne pourra plus doubler les camions sur les départementales». « On va se retrouver coincé derrière les camions, avec une réduction des distances de sécurité », a prévenu M. Thiollier.
Selon les experts, cette mesure – bien que conflictuelle selon les acteurs qui parlent – pourrait permettre d’épargner de 350 à 400 vies par an. Le but du gouvernement est de faire passer le nombre des morts sur les routes en dessous de la barre des 2 000 d’ici à 2020, contre 3 268 en 2013.
Le CNSR a également émis un avis favorable à la réforme du permis de conduire avec la mise en place de la conduite accompagnée dès 15 ans, la création d’un permis probatoire et le recours à des gendarmes et policiers retraités pour assurer l’examen du code.
Par ailleurs, l’Assemblée nationale a adopté le 12 juin une proposition de loi UMP, revue et corrigée par le gouvernement, ajoutant une formation aux premiers secours dans la préparation du permis de conduire.

