Avant la pause estivale, les membres du Conseil supérieur du travail social qui se réunissent ce 17 juillet 2014 ont une lourde tâche : relancer la machine des Etats généraux du travail social (EGTS). Le projet avait pourtant été annoncé avec enthousiasme et ambition par le chef de l’Etat, début 2013, dans le prolongement du Plan pluriannuel contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale avec l’objectif de « refonder le travail social » au profit des publics fragiles et des travailleurs sociaux, toujours plus sollicités. Un projet semblable date de plus de trente ans, avec les travaux de Nicole Questiaux, (ministre de la Solidarité nationale en 1981-1982).
Report et critiques – Depuis, les difficultés se sont accumulées. La tenue des EGTS a été repoussée du printemps à l’automne 2014, puis à 2015, dans l’idée de laisser davantage de temps pour organiser des assises interrégionales préparatoires. Assises, à ce jour, presque toutes achevées (dans le Grand Est, à Mayotte et à la Martinique, les assises sont prévues pour la rentrée 2014), mais qui ont donné lieu à de nombreuses critiques de la part des associations de professionnels. L’Association nationale des assistants de service social ainsi dénoncé une organisation « à marche forcée » et un manque de concertation. Roland Giraud, président de l’Association nationale des directeurs d’action sociale et de santé des départements (Andass), souligne, lui aussi, un problème de méthode : « plutôt qu’une organisation gérée par les directions régionales de la Jeunesse, des Sports et de la Cohésion sociale (DRJSCS), nous aurions préféré un pilotage Etat-conseil généraux, sur appel à projets ». Le président de l’Andass ajoute : « J’ai des échos de réunions frustrantes , avec beaucoup de cadres et peu de professionnels de terrain, qui doivent trouver des pistes concrètes de refondation lors d’ateliers ne durant souvent pas plus de 40 minutes. Au final, ça sert à quoi ? » Il en conclut : « On a perdu de vue l’esprit du Plan national de lutte contre la pauvreté, transversal et rassembleur ». Et quand ces rencontres préparatoires n’ont pas été contestées, elles ont été purement annulées, comme le 27 juin à 2014 à Marseille, pour l’assise « Grand Sud », en raison d’une manifestation syndicale.
Difficultés en chaîne – Aujourd’hui, la tenue des EGTS est même devenue hypothétique tant le projet semble écrasé par le poids du débat sur la réforme territoriale, en particulier la question clé du sort des départements, chefs de file de l’action sociale. Sans oublier que la réflexion en cours sur la refonte des diplômes du travail social, orchestrée par la Direction générale de la cohésion sociale, crispent les professionnels qui craignent une homogénéisation de leurs formations. Roland Giraud voit même un autre obstacle à ajouter à cette longue liste de difficultés : « Les EGTS seront otages des élections professionnelles de décembre 2014 ». Face à ce bilan d’étape inquiétant, la secrétaire d’Etat en charge de la lutte contre l’exclusion, Ségolène Neuville, assure que le EGTS « poursuivent leur démarche » et qu’elle installe actuellement des groupes de travail nationaux qui seront chargés de synthétiser la production des rencontres régionales afin d’en tirer des préconisations.

