Pourquoi le Syndicat national des sapeurs-pompiers professionnels a-t-il choisi de se désaffilier de la Fnact-CFTC et de rejoindre FO ?
En matière de représentativité syndicale dans la fonction publique, les accords de Bercy de 2008 et la loi du 5 juillet 2010 relative à la rénovation du dialogue social imposent des résultats aux prochaines élections. Or nous n’avons pas réussi à obtenir de nos collègues de la Fnact-CFTC une représentativité au regard du travail accompli.
Nous avions travaillé avec FO et d’autres organisations syndicales dans le cadre de la « dynamique des acteurs de la sécurité civile », un groupe informel qui avait signé un protocole avec Claude Guéant, alors ministre de l’Intérieur, sur la réforme des grilles, la santé qualité de vie au travail et l’encadrement supérieur. Le travail réalisé ensemble, et qui n’est pas fini, nous a permis de découvrir FO de l’intérieur. Nous avons vu que ce syndicat était techniquement fiable et compétent.
Rejoindre l’Union nationale Force Ouvrière des SP et PATS, c’est ce qui permettra au Syndicat national des sapeurs pompiers professionnels (SNSPP) de continuer à exister dans les années à venir. On ne peut pas continuer seul. On est obligé d’être affiliés à une centrale syndicale représentative.
Pourquoi un tel désavœu de la Fnact-CFTC dont vous avez été premier vice-président ?
C’est une longue histoire. Nous étions associés depuis 1975. Aujourd’hui nous estimons que la Fnact-CFTC n’a pas su se remettre en cause au regard de ce que nous lui proposions pour augmenter le nombre de ses adhérents et lui garantir son maintien au sein des collectivités.
Alors qu’il y a 40 000 sapeurs-pompiers professionnels pour 1,8 million de fonctionnaires territoriaux, le SNSPP avait plus d’adhérents que la Fnact. Je crois qu’ils manquent de présence sur le terrain alors qu’ils ont tous les champs d’action possibles. Ce qui m’a fait le plus peur, c’est l’hypothèse d’une absence au Conseil supérieur de la fonction publique territoriale (CSFPT). La Fnact-CFTC avait deux sièges. Aux dernières élections, elle en a perdu un. Si cela se reproduit en décembre, elle se retrouvera dans la situation de la CGC, sans siège au CSFPT.
Qu’attendez-vous de cette nouvelle affiliation à FO ?
Il nous manquait une compétence dans les autres métiers de la fonction publique territoriale alors que nous avons beaucoup d’adhérents parmi les personnels administratifs et techniques des services d’incendie et de secours. Il était donc nécessaire de rejoindre une fédération pouvant appuyer le travail au Conseil supérieur sur, par exemple, le régime indemnitaire. Ils nous apportent également leur structure parisienne pour travailler, et tout le poids de FO dans la fonction publique.
Que met le SNSPP dans la corbeille du mariage avec FO ?
Nous apportons à FO le premier syndicat de sapeurs pompiers professionnels qui a de forts appuis parmi tous les agents en tenue. Ce potentiel de voix peut leur faire gagner une meilleure représentativité nationale, alors que FO est en troisième position derrière la CFDT. Le métier de sapeur-pompier est très spécifique. Avec nos collègues de FO, nous avons d’énormes convergences sur la réforme de la filière et la nécessité d’une clause de revoyure. Depuis quatre ans, nous avons travaillé main dans la main. Nous sommes en phase sur la reconnaissance de la spécificité du métier de sapeur-pompier, sur le temps de travail, sur le régime indemnitaire…
Quels sont les freins que vous comptez dissiper ensemble ?
J’espère qu’au sein du Conseil supérieur de la FPT, nous réussirons à travailler avec la Conférence nationale des services d’incendie et de secours. Aucun texte ne peut passer au CSFPT s’il n’a pas été vu dans cette instance. Or elle ne fonctionne pas comme elle le devrait. Si elle travaillait sur des dossiers spécifiques, cela nous irait. Mais tout se passe en réunion de bureau, ce qui ne nous permet pas de débattre des sujets. Les textes font ensuite l’objet d’un vote en séance avant de passer au CSFPT.
Nous souhaitons que cette conférence trouve toute sa dimension, sur des sujets comme le secours d’urgence, l’habillement, l’encadrement supérieur, l’avenir de l’Ecole nationale supérieur des officiers de sapeurs-pompiers, qui pourrait intégrer le CNFPT. Nous aimerions savoir comment… Actuellement, la conférence n’est qu’une chambre d’enregistrement. Elle doit évoluer et fonctionner davantage. On avait fondé de grands espoirs car on y retrouve les présidents des services départementaux d‘incendie et de secours (Sdis), des représentants de l’association des directeurs de Sdis, des parlementaires. Or à l’usage, elle ne joue pas son rôle.
Quel bilan tirez-vous de la réforme de la filière sapeurs-pompiers ?
Cette réforme, nous avons réussi avec FO à la faire prendre en compte. Elle a toujours ses détracteurs (NDLR : CGT, Sud, FA-FPT notamment ). Elle a énormément de défauts mais elle est entendue. Elle a modifié nombre de textes, a donné lieu à une vingtaine de décrets et divers arrêtés. Une clause de revoyure a été introduite pour revoir ses imperfections, par Yves Rome, président de la Conférence nationale des services d’incendie et de secours.
En formation spécialisée n° 3 du CSFPT, on était tous d’accord. On avait établi un document pour une réforme complète des métiers des agents des Sdis sur lequel le Conseil supérieur de la FPT s’était prononcé à la quasi unanimité. Le toilettage et l’intégration dans les grades étaient exhaustifs. Mais cela représentait 54 millions d’euros. La réforme actuelle coûte entre 18 et 22 millions d’euros sur sept ans pour 101 Sdis. Aucune collectivité n’a le couteau sur la gorge. C’est absorbable. Cette réforme était nécessaire. Il fallait revoir les conditions statutaires pour mieux faire travailler les sapeurs-pompiers, qu’ils aient la possibilité de choisir leur avenir, de mieux se former et d’œuvrer pour le service public.
Aujourd’hui la réforme est modulable. Mais certaines collectivités et certains Sdis ne font aucun effort pour l’appliquer dans l’esprit dans lequel elle a été négociée. Nous sommes au milieu du gué. Cela s’entrechoque avec les difficultés économiques et politiques. Comme cette réforme est étalée sur sept ans, on ose croire que les collectivités qui n’en ont pas pris la mesure vont se reprendre.
La suppression des départements, dans la dernière mouture de la réforme territoriale, vous inquiète-t-elle ?
Nous sommes extrêmement vigilants. Toutefois, avant de monter en pression, nous avons rencontré, le 5 septembre, Laurent Prévost, nouveau directeur général de la sécurité civile au ministère de l’Intérieur. Nous lui avons dit que nous voulons garder un service public de proximité et une territorialité afin d’être en capacité d’apporter une réponse rapide. L’important, c’est que l’on ne nous supprime pas moyens et effectifs et que l’on ne tire pas vers le bas le service public des sapeurs-pompiers. Tant qu’on ne supprime pas les casernes de pompiers en milieu rural…
Il y a aujourd’hui 170 000 sapeurs pompiers volontaires qui habitent sur place et qu’il ne faut pas abandonner. Le département est un bon échelon. Si changement il y a, ce ne sera pas avant 2020 selon nos interlocuteurs qui ne sont toutefois pas en mesure de nous affirmer une date et un contenu pour cette réforme. Pour l’instant, nous observons ce qui se passe à Lyon avec la métropolisation. Nous sommes extrêmement attentifs, mais pas inquiets.
Quels sont les dossiers prioritaires de la rentrée ?
L’encadrement supérieur : il nous paraît nécessaire de faciliter sa mobilité, mais aussi son intégration éventuelle dans les services de l’Etat. Un chef d’état-major de zone, à l’échelle d’une région, perd son logement et son régime indemnitaire quand il rejoint un état-major interministériel, un emploi de cabinet à la direction de la sécurité civile ou un poste européen.
Aujourd’hui personne ne veut y aller car rien n’est attractif. Nous voulons faire reconnaître les compétences de nos directeurs départementaux et leur permettre une mobilité dans des conditions favorables.
Autre gros dossier, le secours à personne. On voit disparaître les hélicoptères de la sécurité civile : la flotte de l’Etat diminue alors que l’on voit se développer les hélicoptères blancs, appelés Héli-Smur. L’Etat peut estimer que le transport sanitaire peut se faire avec ces ambulances volantes. Or les Héli-Smur n‘ont pas les même moyens qu’un hélicoptère de la sécurité civile qui peut faire de la reconnaissance d’incendie ou en mer, effectuer des vols de nuit et hélitreuiller des personnes. Les ambulances volantes ne le feront jamais. Et ce qui nous gêne, c’est qu’elles sont payées par la sécurité sociale et les mutuelles alors que la sécurité civile est payée par l’impôt. Il y a transfert des dépenses, à travers ces Héli-smur, dont certains seraient mis en place grâce à des fonds de pension.
Comment avancer sur ce thème essentiel du secours d’urgence ?
Le rapport définitif de l’Inspection générale des affaires sociales et de l’inspection générale de l’administration sur « l’évaluation de l’application du référentiel d’organisation du secours à personne et de l’aide médicale urgente », publié en juin, décrit ce qui ne fonctionne pas et invite tout le monde à se remettre autour de la table. Le président Hollande a fixé comme objectif un accès aux soins d’urgence en moins de 30 minutes en tout point du territoire national.
Or il y a une dualité avec les Samu qui ne veulent pas voir les sapeurs pompiers progresser sur leur pré carré. Il n’y a pas si longtemps nous n’avions pas le droit d’utiliser des défibrillateurs semi automatiques. La technologie a évolué. Aujourd’hui les défibrillateurs sont partout.
Il faut maintenant harmoniser le travail des sapeurs-pompiers avec celui des infirmiers et médecins de Samu pour offrir une qualité de service sur tout le territoire. Nous avons des infirmiers dans nos rangs, et la capacité de les envoyer selon un protocole établi afin qu’ils travaillent avec les médecins des Samu.
Sur la question controversée du temps de travail des sapeurs-pompiers professionnels, quelle est votre position ?
Notre idée, au SNSPP-PATS FO, c’est qu’un sapeur-pompier peut faire des gardes de 24 heures tant qu’il est jeune, ce qui favorise la cohésion d’équipe. S’il fait 2 400 heures à l’année au lieu des 1 607 heures correspondant à la durée légale du travail, nous estimons que les 800 heures de différence pourraient être portées sur un compte épargne temps retraite qui permettrait aux sapeurs-pompiers professionnels qui ont continué à travailler jusqu’à 50 ou 55 ans de partir plus tôt, sans décote, car ce métier est dangereux et insalubre.
A cet âge, beaucoup commencent à avoir des soucis de santé mais ne le disent pas pour conserver l’intégralité de leur salaire. C’est à ce moment là qu’ils prennent des risques, alors qu’ils pourraient partir plus tôt. Avec Pierrick Janvier, mon homologue secrétaire général de l’Union nationale Force Ouvrière des SP et PATS que nous avons rejoint pour former le SNSPP-Pats FO, nous avons commencé à porter cette proposition auprès des pouvoirs publics.

