Vous avez été reçus (1)plus d’une heure à Matignon par Manuel Valls. De quelles préoccupations lui avez-vous fait part ?
Damien Carême – Ville & Banlieue a souhaité lui faire une remontée de terrain, à partir de cas rencontrés par plusieurs élus de territoires aux situations politiques et géographiques variées. Nous avons brossé très large, évoquant l’emploi mais aussi la sécurité, le logement ou encore l’éducation.
Alors que les difficultés sociales vécues par les habitants de ces quartiers populaires demeurent encore aujourd’hui prégnantes, nous lui avons signifié qu’il était plus qu’urgent de mettre en œuvre les décisions prises en concertation avec François Lamy, et votées dans le cadre de la loi du 21 février 2014.
Nous lui avons également demandés que les conventions interministérielles voient effectivement le jour dans les contrats de ville, en cours de négociation sur le terrain. C’est un des rares leviers qui nous reste, et qui nous permettra de toucher directement les habitants.
Mais pour cela, il est impératif que Manuel Valls mette la pression sur les administrations déconcentrées, pour qu’elles passent effectivement de la volonté interministérielle à l’affectation concrète de ces moyens légitimes.
Quelles sont ses marges de manœuvre, dans le contexte budgétaire actuel et alors que les administrations déconcentrées se trouvent parfois dans une situation financière exsangue ?
Il nous a écoutés, mais nous n’avons pas reçu de garanties pour autant. Une instruction va être donnée aux préfets pour qu’ils s’engagent véritablement dans la politique de la ville, et non de façon anecdotique comme c’est le cas actuellement. Les administrations devront faire des choix, revoir certains financements pour en concentrer d’autres sur des publics le nécessitant davantage.
L’Etat local n’a pas le choix. La dotation de solidarité urbaine (DSU), si elle augmente un peu – et tant mieux pour les budgets de ces quelques villes en politique de la ville la recevant -, ne comblera pas pour autant les pertes occasionnées par la baisse de la dotation globale de fonctionnement (DGF) imposée par l’Etat.
Manuel Valls est-il parvenu à vous rassurer ?
Le premier ministre sait que la situation se tend dans les quartiers, que la difficulté augmente pour les professionnels de la politique de la ville, que les marges de manœuvre des élus locaux sont réduites. Il nous a rassurés, en nous confirmant que les fonds consacrés à la politique de la ville seraient maintenus l’année prochaine.
Par ailleurs, Manuel Valls a annoncé que la dotation de développement urbain doit être prochainement transformée en dotation politique de la ville. Il va également mettre à l’étude quelques pistes que nous lui avons soufflées pour pérenniser le financement de la politique de la ville.
Je crois qu’il a également pris conscience à quel point nous souffrions de ces dispositifs qui s’arrêtent à un trottoir, et par exemple, prendre en compte l’école publique située sur le trottoir d’en face mais placée en zone d’éducation prioritaire. Il faudra adapter la géographie de la politique de la ville en fonction des autres cartographies spécifiques, nous devrions en savoir plus lors de nos entretiens avec Patrick Kanner et Myriam El Khomri fin septembre.
La déclinaison de la réforme de la politique de la ville a été amorcée dans chaque territoire. Quels échos en avez-vous ?
Des premiers retours nous parviennent, notamment de ceux qui ont commencé leurs travaux avant l’été 2014. Mais certaines collectivités ne préparent leurs contrats de ville que depuis début septembre. Et se retrouvent confrontées à certaines difficultés tenaces.
Dans un nombre certain de territoires, la gouvernance pose un sérieux problème. C’est peu dire que certaines intercommunalités ne plongent pas de gaieté de cœur dans la politique de la ville, qui reste pour elles une politique d’exception ne concernant qu’une toute petite partie de leurs territoires. Et ce malgré le lobbying de l’Association des communautés de France (ADCF) pour copiloter la politique de la ville avec les maires, malgré l’apporté indéniable des intercommunalités via les politiques structurantes (transports…) pour désenclaver certains quartiers, etc.
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Notes
Note 01 Etaient également présents autour de Damien Carême, maire de Grande-Synthe (Nord) : Catherine Arenou (maire de Chanteloup-les-Vignes), Marc Vuillemot (maire de La Seyne-sur-Mer), Gilles Leproust (maire d’Allonnes), Patrice Bessac (maire de Montreuil) et Hélène Geoffroy (députée-maire de Vaulx-en-Velin). Retour au texte

