Dès le lendemain de la diffusion du programme, mercredi 17 septembre, la fédération des associations de protection de l’enfant, la Cnape, a tenu à faire savoir son indignation, estimant les professionnels « salis, sonnés par ce déluge de critiques et d’amalgames pour ne pas dire de calomnies auxquelles aucune contradiction n’est jamais apportée ».
Il est vrai que la charge est rude : avant même la fin de la première minute du documentaire, le téléspectateur est attiré par l’expression « détournement de fonds ». L’heure qui suit est du même acabit, enchaînant les cas de dérives financières de responsables d’établissement malhonnêtes, de familles d’accueil maltraitantes, d’encadrants ayant mis en danger la vie de jeunes pensionnaires…
Des cas avérés, certes, mais qui, par leur accumulation, laissent peu de place à la contextualisation et donnent une vision réductrice de la situation générale.
Réactions à double niveau – Antoine Guillet, représentant de l’ Association nationale des assistants de service social souligne l’aspect « simpliste » du document : « on est toujours sur la même ligne : « un drame, une émotion, un coupable ». Néanmoins, il ajoute qu’en pointant la faible qualité d’accueil de certains établissements, le document donne l’occasion de réfléchir au problème des structures incitées à réduire leurs coûts pour remporter des appels d’offre.
Il aurait aimé qu’en abordant le sujet de la protection de l’enfance, le document mette en lumière, clairement, le manque de moyens donnés au départements « pour remplir de nombreuses missions dont l’Etat s’est déchargé ». Il insiste : « bien entendu que les professionnels réfléchissent longuement avant de décider d’une mesure de placement, se remettent en cause, s’interrogent sur le maintien des liens familiaux à tout prix, sont conscients des faiblesses du système ».
La Cnape développe la même idée : « Présenté sous un autre angle, le reportage aurait pu utilement inciter à la réflexion sur les dysfonctionnements, les insuffisances, voire les manquements que les acteurs de la protection de l’enfance ne peuvent nier et auxquels il importe impérativement de remédier ».
Les risques du média TV – Jean-Marie Vauchez, président de l’Organisation nationale des éducateurs spécialisés, exprime la position la plus nuancée, notamment parce qu’il connait le travail « sérieux » de fond des auteurs du documentaire(1). « Simplement, le média TV ne se prête pas à ce genre de sujet et inversement. Il n’y avait qu’à voir la bande-annonce du documentaire, extrêmement racoleuse ! ».
Il souligne que la charge est particulièrement lourde envers les départements, sur leurs difficultés à travailler sur le champs de la protection de l’enfance avec les associations qui gèrent les établissements d’accueil. « Les professionnels des départements et ceux du secteur associatif ont des cultures, des pratiques très différentes. C’est un vrai fossé qui les sépare qu’il faudrait combler pour gagner en qualité », estime-t-il.
Les départements dans le viseur – Pour Jean-Marie Vauchez, le documentaire a le mérite, en abordant le cas d’un éducateur qui s’est suicidé en 2011, à Dunkerque (2) pour dénoncer ses conditions de travail, de lever le voile sur les difficultés rencontrées par les professionnels dans l’exercice de leur mission.
Manque à ces différentes réactions celle de l’Assemblée des départements de France, alors même que les départements sont particulièrement dans le viseur du documentaire. L’ADF pourrait s’exprimer dans les jours à venir.
Références
- Voir le documentaire "Enfance en souffrance, la honte" diffusé par France 5. Visionnage possible en différé jusqu'au mardi 23 septembre.
Thèmes abordés
Notes
Note 01 « Enfants en souffrance... La honte ! », de Alexandra Riguet, Bernard Laine et Pauline Legrand. La publication du livre « « Enfants en souffrance... La honte, le livre noir de la Protection de l'enfance », des mêmes auteurs est prévu, fin septembre 2014, aux éditions Fayard,. Retour au texte
Note 02 L'éducateur en question, Fabrice Hrycak, a officiellement été reconnu comme victime du travail par la commission de recours amiable de la CPAM Flandres. Retour au texte

