Les sapeurs-pompiers CGT étaient absents du congrès de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNSPF) qui s’est déroulé début octobre à Avignon. Pourquoi ?
Des sapeurs-pompiers adhérents de la CGT étaient présents. Mais nous n’avions pas de stand.
Nous avons un litige avec la Fédération des sapeurs pompiers. Nous lui reconnaissons son rôle social mais pas son rôle politique. Elle prétend représenter tous les sapeurs-pompiers. Or, pour nous, elle n’est pas représentative et joue sur une ambiguïté. Elle affirme officiellement représenter les sapeurs-pompiers volontaires tout en disant qu’elle représente l’ensemble des sapeurs-pompiers urbains et ruraux. C’est une difficulté car nombre d’intérêts divergent.
Quel bilan tirez-vous de la réforme de la filière ?
Nous avons dénoncé le protocole de 2012 car il était signé par la FNSPF. C’est la première fois qu’une association signait pour l’ensemble des sapeurs-pompiers professionnels.
Sur le fond de la réforme, notre opinion n’a pas changé. Quatre ans de négociation se sont conclus par un avis défavorable du Conseil supérieur de la fonction publique territoriale. C’est la filière la plus contestée. Avant même la publication des décrets, Yves Rome, le président de la Conférence nationale des services d’incendie et de secours, proposait une clause de revoyure.
Certains départements ont transposé la réforme. D’autres se demandent comment faire avec les mesures transitoires.
Quelles difficultés soulève cette évolution statutaire ?
Certains postes étaient assurés par des agents de maitrise principaux qui étaient adjudants, au dernier grade de la catégorie C. Ces postes doivent maintenant être occupés par des officiers de catégorie B. D’ici au 1er janvier 2020, il faudrait donc transformer certains postes d’adjudant en postes de lieutenant. Or les Sdis ne savent pas comment les trouver.
Des agents de catégorie C qui pouvaient espérer rapidement être sergents, c’est-à-dire sous-officiers, voient aujourd’hui ces possibilités s’éloigner. Maintenant il faut être adjudant pour être chef d’agrès. Et là où il fallait 3 à 4 personnes pour faire partir une ambulance, il en faut 6 à 8. Des agents qui exerçaient par exemple des fonctions de chef d’agrès incendie ne pourront plus avoir ces responsabilités s’ils ne sont pas adjudants.
La filière ne permet pas à tous de progresser. Or demain, des sapeurs-pompiers volontaires encadreront en partie les centres de secours. Selon leur ancienneté, ils pourront encadrer les sapeurs-pompiers professionnels. Leur durée d’engagement diminue. On a donc favorisé leur déroulement de carrière pour qu’à terme les fourgons incendie puissent partir à 6 personnes.
Un sapeur-pompier volontaire avec moins d’ancienneté qu’un professionnel a ainsi plus facilement accès aux grades d’encadrement alors que les professionnels sont, eux, soumis à des quotas. Connaissez-vous d’autres métiers ou des personnes à temps partiel ont plus de facilités que celles à temps plein ? Les syndicats et la fédération qui ont signé la réforme ne l’ont pas mis en avant.
Sur le secours à personne, que pensez-vous du récent rapport d’Evaluation de l’application du référentiel d’organisation du secours à personne et de l’aide médicale urgente publié en juin par l’Inspection générale des affaires sociales ?
Le rapport énonce un certain nombre d’effets sans s’attaquer aux causes. Il ne parle pas du manque de médecins de ville pour voir certaines personnes que l’on est obligé de transporter aux urgences. Des missions qui relèvent d’urgences relatives devraient trouver des réponses avec la médecine de ville. Quand des lits ou des structures de proximité sont fermées, le transport est par ailleurs rallongé. Il faut trouver des débouchés souvent plus loin.
Il arrive aussi que faute de personnel dans l’hôpital de proximité, on ne puisse pas utiliser un équipement sur place, ce qui nous oblige à transporter la personne ailleurs. Or nous ne sommes jamais consultés sur la fermeture de lits de proximité. Et nous nous retrouvons avec des missions, par exemple pour les personnes en état d’ivresse sur la voie publique, qui devraient être traitées par d’autres services.
Quelle est votre position sur la réforme territoriale ?
La vraie difficulté c’est le maillage territorial. La pénurie de services publics est réelle. Comment accepter qu’un service ne soit rendu que par intermittence ? Ou que le risque soit plus grand quand on va à la campagne ? Le nombre d’interventions augmente de 1 % par an et le nombre de sapeurs pompiers volontaires diminue lui de 1 000 par an.
Avec le vieillissement de la population, les nombreux relevages de personnes âgées que l’on assure et qui leur permettent de rester plus longtemps chez elles, il faut davantage de sapeurs pompiers professionnels. Une luxation d’épaule prise en charge dans l’heure n’aura aucun impact sur le budget de la sécurité sociale. Si elle ne l’est pas, un an de traitements suivront.
Références

