Quel jugement portez-vous sur le plan Espoir Banlieues, deux ans (1) après son lancement par la secrétaire d’Etat chargée de la Politique de la ville, Fadela Amara ?
C’est un échec. Hormis la création des Unités territoriales de quartier (Uteq) par Michèle Alliot-Marie, qui est une tentative réussie de déployer des outils adaptés à la banlieue (2) , on n’a pas vu grand-chose sur le terrain. Il y a eu des contrats d’autonomie, mais on aurait pu parvenir au même résultat avec les moyens existants. C’est aussi une déception car les maires de banlieue avaient été très intéressés par le discours de Fadela Amara lorsqu’elle jugeait que la politique de la ville était l’affaire de tout le gouvernement, pas seulement celle de son secrétariat d’Etat. Le président de la République l’avait aussi dit : il fallait mobiliser tous les ministères (Education nationale, Justice, Transports, etc.) pour réparer les injustices faites à des territoires qu’on avait laissé tomber. Et c’est avant tout lui le responsable de cet échec, avec aussi le Premier ministre, pour n’avoir pas joint le geste à la parole.
Le prochain Comité interministériel des villes (CIV) est annoncé «au printemps» alors qu’il est censé être semestriel et que le précédent date d’il y a un an (3) . Qu’en attendez-vous ?
D’abord, un tel retard montre que la politique de la ville n’est pas la priorité de ce gouvernement. Sur le fond, les maires de banlieue sont favorables à une réforme de la géographie prioritaire mais opposés à la suppression pure et simple des Zones urbaines sensibles (ZUS). Cela dit, un aménagement est souhaitable et nous adhérons à l’objectif de Fadela Amara d’en réduire le nombre, car une des plaies de la politique de la ville, c’est l’émiettement, la dispersion. Il faut aussi différencier les outils. Clichy-sous-Bois, ville extrêmement pauvre, y compris avec la Dotation de solidarité urbaine (DSU), ne peut pas être traitée comme, par exemple, Toulouse, ville riche qui a un ou deux quartiers en difficulté. Il faudrait avoir le courage de dire que, surtout dans cette période de pénurie, ce qu’on fera pour les banlieues, c’est autant qu’on ne fera pas pour les autres…
(1) Présenté le 22 janvier 2008 à Vaulx-en-Velin par Fadela Amara et sa ministre de tutelle d’alors, Christine Boutin, le plan Espoir Banlieues a été lancé le 8 février 2008 par Nicolas Sarkozy (2) Le programme lancé en avril 2008 par Michèle Alliot-Marie a été mis en veilleuse par Brice Hortefeux, qui lui a succédé au ministère de l’Intérieur (3) Le dernier CIV s’est tenu le 20 janvier 2009

