Promoteur du développement social, nouvelle conception de l’action publique visant à la reconstruction des liens sociaux, l’Observatoire national de l’action sociale décentralisée (Odas) est allé se frotter à la réalité du terrain sous la forme d’une recherche-action qui analyse l’implication de dix-huit départements. Autant de collectivités qui, dans une période éprouvante, cherchent une issue, tentant « de passer d’une logique de services rendus à une logique d’implication », comme l’a exprimé un des témoins dans un film présenté en introduction aux échanges. « Aujourd’hui, l’action sociale est organisée en dispositifs, ce qui a entraîné une dilution du sens », a expliqué Didier Lesueur, délégué général adjoint de l’Odas, qui dirigeait, avec Maud Gallay, chargée d’étude à l’Odas, la présentation de cette recherche-action.
Confusions – Premier constat : le développement social est polymorphe. Chacun des départements témoins a appliqué le concept selon ses besoins et les spécificités de son territoire. Dans la Drôme, il s’agit de « réinvestir la solidarité » ; dans l’Eure, il se concrétise par la mise en place d’un dossier unique de demande d’allocations ; dans le Doubs, il se traduit par une expérience de théâtre forum pour des mères de famille suivies dans le cadre de l’action éducative à domicile… Sans compter que, comme l’a souligné l’un des témoins, « le développement social, il y a ceux qui en font sans le savoir et ceux qui en parlent sans en faire ». Maud Gallay a précisé les obstacles qui viennent freiner le déploiement de cette nouvelle approche : le politique qui affiche encore trop « timidement » ce choix, un management pas encore adapté, une « confusion » entre la notion de développement social et celle d’action collective, la première ne se résumant pas à la seconde. Note plus positive : le développement social est de plus en plus fréquemment inscrit dans des cadres d’action, comme les schémas départementaux d’action sociale et les agendas 21.
Pistes de travail – En s’appuyant sur les premiers résultats de cette recherche-action, l’Odas définit les conditions favorables au passage de la théorie à la pratique :
- Orienter l’observation sociale dans une optique de développement social , soit, « donner une finalité concrète à l’observation », a commenté Didier Lesueur.
- Mettre en place un management qui « allège les circuits de décision, qui laisse du temps, en particulier aux cadres intermédiaires, de s’investir dans l’innovation sociale ».
- Fonder la gouvernance sur la transversalité et la coopération, « notamment en associant des acteurs qui ne font pas partie du champ social ».
- Mettre en place une éthique de la participation, qui effraie encore les travailleurs sociaux et qui se résume souvent à une simple consultation du public, atteignant rarement la co-construction.
La conclusion à cette implication des départements, qui sonne comme un « peu mieux faire », est sans surprise, mais s’imposait : « Reste à savoir si la réforme territoriale ne va pas stopper ces dynamiques ? », a interrogé Didier Lesueur. Sous-entendu : quel avenir pour l’action sociale si les départements disparaissent ?
Recherche action : la méthode
En 2012, l’Odas a proposé aux départements de se porter candidat pour participer à l’expérience. Dix-huit ont répondu à l’appel, de toutes tailles et de toutes configurations, représentant environ 15 millions d’habitants. Depuis, les départements ont été convié à des rencontres nationales et à se constituer en sous-groupe thématiques, comme « Comment accompagner l’évolution du travail social ». Ils ont reçu, pour certains à plusieurs reprises, la visite d’équipes d’observateurs, constituées de représentants de l’Odas, de départements co-participants et de partenaires nationaux, dont le CNFPT et la Direction générale de la cohésion sociale, « dans l’objectif de croiser les regards ».
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