Pourquoi avoir pris l’initiative de commander, avec le CNFPT et d’autres associations professionnelles(1), cette étude axée sur les collectivités territoriales et leurs travailleurs sociaux ?
Quand on parle de travail social, comme ce qui se passe actuellement dans le cadre de la démarche des Etats généraux, il y a beaucoup d’interlocuteurs mais pas toujours des représentants des collectivités. L’Association nationale des directeurs d’action sociale et de santé des départements (Andass) a tenu à se faire entendre.
Nous sommes ainsi présents dans deux des cinq groupes nationaux. L’étude réalisée par des élèves administrateurs territoriaux est venue, comme d’autres travaux, nourrir nos débats. Son ambition est de croiser les problématiques du travail social et de l’action des collectivités territoriales.
Ces Etats généraux s’inscrivent dans un contexte très particulier : nous ne sommes pas dans une période de crise mais dans une période de métamorphose sociale ! Il y a urgence à penser l’inclusion sociale, de passer de la notion d’insertion à celle d’inclusion.
Les récents événements (NDLR : l’attentat à Charlie Hebdo) témoignent du besoin aigu de lien social, de faire vivre la démocratie au quotidien.
L’étude préconise aux collectivités territoriales d’affirmer leur identité d’acteurs de l’action sociale et non pas de simples gestionnaires. N’est-ce pas en décalage avec la disparition annoncée des départements ?
Au contraire ! Dans la nouvelle carte qui se dessine, il y aura forcément un échelon départemental. Et les département sont en place au moins jusqu’en 2021, ce qui laisse du temps à l’action. De plus, les prochaines élections départementales de mars 2015 introduiront de grands bouleversements. L’arrivée de nouveaux élus, des femmes élues, avec un renouvellement générationnel. Des élus nommés pour 6 ans, une durée propice au travail de fond.
L’étude propose que les collectivités s’impliquent davantage dans la formation initiale des travailleurs sociaux. Quel est votre avis ?
Il est encore difficile pour les collectivités territoriales d’intervenir dans le champ de la formation initiale. Par contre, elles pourraient s’engager plus fortement dans le domaine de la formation continue. Leur investissement est actuellement très faible, seulement 2 à 3 %, alors que les travailleurs sociaux ont un besoin permanent de réactualisation de leurs connaissances.
Les auteurs appellent à un besoin de clarification du rôle de l’Etat en matière d’action sociale, toujours très présent sur certaines thématiques.
Effectivement, nous sommes dans une situation de décentralisation avec une posture de centralisation. L’avènement des grandes régions et des métropoles est, d’ailleurs, un signe de recentralisation.
Le plan pluriannuel de lutte contre la pauvreté, pensé au niveau national, devait être décliné dans les territoires. Qu’en est-il ?
C’est variable selon les départements. Cela dépend notamment de la façon dont les services déconcentrés de l’Etat, dont les préfectures, se sont emparés du plan car c’est un travail partenarial. Il faut souligner que parallèlement au plan, les collectivités ont leurs propres actions. Quand, par exemple, elles proposent du transport à 1 euro, elles luttent contre la pauvreté.
L’étude souligne les « tensions » entre les employeurs et les travailleurs sociaux. Que constatez-vous ?
J’ai un avis moins sévère. Employeurs, élus et travailleurs sociaux peuvent se comprendre, ils ont davantage en commun qu’on ne le croit. Les élus sont, eux aussi, interpellés par les publics en difficulté. Il faut surtout qu’agents et élus apprennent à se parler. Déjà, que les techniciens de l’action sociale, qui ont un vocabulaire hyper spécialisé, aient le souci de se rendre compréhensibles.
Et les élus, savent-ils parler du social ?
C’est, justement, aux techniciens, à l’administration, de leur fournir l’information qu’attend le public. Dire, par exemple, comme ce que nous faisons dans la Pas-de-Calais, que chaque habitant est à 10 minutes d’une permanence sociale, que tous les enfants de trois ans ont un bilan santé réalisé par les professionnels de la PMI, ça parle aux habitants. Je ne crois que nous ayons besoin d’élus spécialisés dans les questions sociales. Plutôt d’élus généralistes, qui ont une vision forte.
Références
Du travailleur social au travail social dans les collectivités, étude,
Cet article fait partie du Dossier
Travail social : une nécessaire refondation
Sommaire du dossier
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Thèmes abordés
Notes
Note 01 Etude commandée par le CNFPT, l’Andass, l’Association des directeurs généraux des grandes collectivités et l’Association nationale des cadres communaux de l’action sociale. Retour au texte

