Haro sur les « conseils d’étateux fâchés avec le sens commun » ! Feu sur les « mini-Colbert qui regardent l’Etat comme leur fief propre » ! Au diable, les « 1 200 exceptions » au nouveau principe selon lequel le silence de l’administration vaut acceptation ! Au rebut, la réforme « uniforme » des rythmes scolaires qui refroidit des « enthousiasmes » pourtant « prêts à bondir » !
Les philippiques d’Alexandre Jardin ne pouvaient que séduire les collectifs de « maires en colère » qui fleurissent ces derniers mois. Cela tombe bien car, pour l’écrivain, le salut passe par « la République d’en bas ». Et, en particulier, par les maires, ces élus « à portée de baffes », ces « faizeux » qui ne supportent plus « les dizeux ». Un message reçu cinq sur cinq. Bleu-Blanc-Zèbre, le mouvement d’Alexandre Jardin, fait un malheur parmi les élus locaux ulcérés, comme lui, par « les bureaucrates hors-sol » et « les normes proliférantes ».
Lune de miel avec l’AMF
Lors d’un colloque organisé le 28 mai 2014, au Conseil économique, social et environnemental (CESE), l’Association des maires de France (AMF), l’Association des maires de grandes villes de France (AMGVF), la Fédération des villes moyennes (FVM) ainsi que l’Association des maires ruraux de France (AMRF) ont signé son appel « Aux actes, citoyens ! » L’œcuménisme règne parmi les aficionados du mouvement. Au CESE, les premiers magistrats de Paris et Bordeaux, Anne Hidaldo (PS) et Alain Juppé (UMP), ont chanté ses louanges.
Alexandre Jardin le leur rend bien. Dans son essai « Laissez-nous faire », publié en avril 2015 aux éditions Robert Laffont, il ne cesse de se proclamer « mairophile ». Le leader de Bleu-Blanc-Zèbre évoque, notamment sa rencontre avec le président de l’AMF, François Baroin (UMP) : « Lorsque je lui propose de faire de l’Association des maires de France un outil de développement de Lire et faire lire (NDLR : le dispositif en faveur de la lecture d’Alexandre Jardin), il ouvre les bras. L’animal souriant a compris que recoudre une société décousue passe par les élus locaux et des programmes citoyens comme celui-ci, par leur massification rapide. »
Le zèbre aux entretiens territoriaux
Alexandre Jardin, qui dit consacrer 80 % de son temps à son mouvement, multiplie les rencontres de ce type. Le 16 avril 2015, il participe au salon des maires d’Ile-de-France. « Alexandre et moi sommes tous les deux dans la vie. Il faut faire exploser les partis qui ne sont plus que des machines à investiture », salue Stéphane Beaudet, le président de l’Association des maires d’Ile-de-France… encarté à l’UMP.
La liste des interventions d’Alexandre Jardin grossit à vue d’œil. Le 11 décembre 2014, il est aux entretiens territoriaux organisés par l’INET et le CNFPT. Un peu plus tôt, le 18 octobre 2014, il rejoint le congrès annuel de l’Association des maires ruraux de France (AMRF) à Nohant (Indre). Une révélation. « Immense bonheur de surgir dans cette atmosphère de jacquerie, de raconter à ces courageux (Il faut tout de même être dingue pour être maire rural dans la France actuelle) ce que nous allons faire avec eux et pour eux », raconte Alexandre Jardin dans « Laissez-nous faire ».
Et l’auteur de parrainer « Lectures communes », dispositif destiné à asseoir la littérature en milieu rural. « On est sur la même longueur d’onde, se félicite Vanik Berberian, le président (MoDem) de l’AMRF. Nous sommes habitués à ne pas attendre grand-chose de l’Etat et des différentes infrastructures. »
Avec les maires ruraux au Grand Journal
Les maires ruraux et Bleu-Blanc-Zèbre communient dans un certain rejet des partis. « J’ai écrit à Cambadélis sur la réforme territoriale. Il m’a répondu cinq lignes d’une indigence totale. Quel mépris… », fulmine Vanik Berberian.
Le 17 avril 2015, Alexandre Jardin convie les maires ruraux au Grand Journal de Canal Plus. L’occasion pour le président de l’AMRF de pousser un coup de gueule contre le microcosme médiatique. « Je n’en peux plus des émissions comme C dans l’Air où tout le monde pense la même chose. Que ces gens-là arrêtent de nous regarder avec une longue vue et sortent de leur pré carré parisien ! », s’insurge Vanik Berberian, interrogé par La Gazette.
Sur le plateau du Grand Journal, le président de l’AMRF conclut son harangue par une Marseillaise, entonnée en compagnie de la brochette de maires présents et d’Alexandre Jardin. Les animateurs du Grand Journal embraient, à l’exception notable de Jean-Michel Apathie.
Objectif 2017 ?
L’auteur de « Fanfan » n’en a cure. Il possède la foi du charbonnier. Il parle d’un « mouvement qui est en train de devenir d’une puissance incroyable ». « On couvre l’ensemble du spectre des problèmes français », assure-t-il au Grand Journal.
L’idole des maires serait-il en passe de devenir un genre de gourou, qui aurait réponse à tout ? L’auteur s’en défend, s’abritant derrière son collectif.
Dans « Laissez-nous faire », Alexandre Jardin n’écarte, cependant, pas une candidature à l’élection présidentielle. Si les partis « se montrent un peu durs d’oreille », écrit-il, « nous commencerons par récolter les signatures de cinq cents maires furibards. Ca ne manque pas sur le marché. Certains nous l’ont déjà fait savoir… »
Terrasse de café, Montpellier. Une dame m’interroge : « vous serez candidat en 2017 ? » Étrange cette croyance que l’on ne peut agir qu’élu…
— Alexandre Jardin (@AlexandreJardin) May 5, 2015
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