Le dernier tableau de bord de l’Onpes fait apparaître de nouveaux indicateurs. Pourquoi ces changements ?
La crise économique a eu des répercussions sur la paupérisation, nous devons intégrer ces éléments de contexte. De plus, les grandes associations caritatives et le bilan annuel du plan de lutte contre la pauvreté produisent leur propre tableau de bord, nous renseignant sur des phénomènes nouveaux. En conséquent, nous avons choisi de faire notamment apparaître le nouvel indicateur des « demandeurs d’emploi non indemnisables », un groupe qui a beaucoup progressé ces dernières années – davantage que la population de l’ensemble des chômeurs – les demandeurs d’emploi étant de plus en plus mal couverts.
En quoi le choix des indicateurs est-il si important ?
Les indicateurs permettent d’affiner notre connaissance de la pauvreté. Les personnes pauvres ne composent pas un public d’un bloc, mais au contraire très composite. Cette connaissance fine permet de renseigner les politiques publiques sur leur efficacité, s’assurer quelles touchent les bonnes personnes, voire réorienter leurs objectifs et leurs cibles. Il faut surtout que nous progressions dans notre compréhension des dynamiques de la pauvreté. Comment on entre dans la pauvreté et comment on en sort.
Quels sont les futurs chantiers de l’Onpes visant à préciser ce savoir ?
Nous continuons d’approfondir la notion de « publics invisibles », ces personnes, à la marge, souvent victimes des effets de seuil. Par exemple, nous voulons mieux connaître le niveau de vie des jeunes ruraux précaires ou encore celui travailleurs indépendants. Ces travaux serviront de base à notre rapport annuel 2016. Par ailleurs, nous venons de lancer des recherches sur la pauvreté des enfants afin d’analyser le phénomène de reproduction de la pauvreté. Est-on pauvre de génération en génération ? Qui échappe à ce processus et comment ? Il est important de mieux connaître les conditions de vie des enfants… qui sont notre avenir ! Également, nous comptons approfondir la notion de pauvreté en conditions de vie(1) qui fait apparaître un public plus large que la pauvreté monétaire. Quand cette dernière touche environ 13 % de la population, la pauvreté en conditions de vie concerne 20 % de la société.
Que retenir du dernier tableau de bord de l’Onpes ?
En particulier, le poids de la crise du logement, bien antérieure à la crise de l’emploi, qui influe très lourdement sur la précarisation de la société. Tout en étant évidente, cette crise est en partie masquée, les personnes concernées développant des stratégies d’adaptation, comme l’hébergement chez un tiers. Également, alors que l’on constate une baisse du taux de pauvreté monétaire, il faut avoir en tête que la situation s’est encore dégradée pour les plus pauvres des personnes pauvres et sur les territoires les plus pauvres. Même si les perspectives semblent s’améliorer, légèrement, depuis début 2015, l’impact positif sur l’emploi, les revenus, ou encore l’accès aux soins, peut être très progressif, et s’agissant en particulier des populations défavorisées, il dépendra des décisions qui seront prises par les pouvoirs publics pour répartir les fruits de cette croissance.
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Thèmes abordés
Notes
Note 01 la pauvreté en conditions de vie mesure l'absence ou la difficulté d'accès à des biens d'usage ordinaire ou des consommations de base Retour au texte




