Pourquoi avoir placé le thème de l’évaluation au cœur du programme de cette rencontre ?
L’actualité de la protection de l’enfance est, depuis quelques mois, chargée, avec la présentation de la feuille de route gouvernementale 2015-2017 pour notre secteur et la proposition de loi Meunier-Dini, actuellement en débat.. Ces initiatives ont remis en perspective notre action, et, notamment, la question de l’évaluation, un thème central de notre travail. Il y a aujourd’hui une nécessité technique à discuter, entre professionnels, de cette problématique.
Qu’entend-t-on, précisément, par évaluation en protection de l’enfance ?
Tout d’abord, il n’y a pas une mais des évaluations, c’est-à-dire plusieurs évaluations au cours du parcours d’un enfant bénéficiant d’une mesure de protection de l’enfance. Nous avons l’obligation de faire, une fois par an, un bilan de chaque situation auprès de l’institution judiciaire. Entre ces intervalles, nous pouvons initier une évaluation sur des questions variées, comme le choix de l’orientation scolaire ou du lieu de résidence.
Le Projet pour l’enfant (PPE), outil instauré par la loi de 2007 réformant la protection de l’enfant (NDLR : document partagé par les différents intervenants et cosigné par la famille), sert de fil rouge à la construction de ce parcours. Son analyse permet de voir si les décisions prises dans l’intérêt spécifique de l’enfant ont porté leurs fruits.
Précisons aussi qu’il n’y a pas seulement des évaluations d’informations préoccupantes. Sans aller jusqu’à la suspicion d’un danger, il peut aussi s’agir de l’évaluation d’une difficulté. Ces examens se font sur la base d’informations transmises par des sources très diverses, l’école, l’hôpital, les associations travaillant avec les familles, les services sociaux de proximité… sans oublier le 119.
La loi de 2007 a-t-elle permis de progresser en matière d’évaluation ?
La loi nous a donné des outils, comme le Projet pour l’enfant. Elle précise également que le président du conseil départemental est le coordinateur du parcours de l’enfant. Mais on ne nous a pas donné les moyens pour mettre en œuvre ces outils, notamment pour couvrir le coût du temps humain nécessaire pour effectuer ces évaluations. Le montant du fonds national de financement de la protection de l’enfance, mis en place par la loi de 2007, a constitué une vraie déception.
La participation des familles peut-elle faire progresser la qualité de votre travail ?
J’apporterais une réponse mesurée. La participation des familles va dans le sens de l’histoire… Dans les cas d’enfant faisant l’objet d’une mesure de protection, cette participation et très longue et laborieuse à mettre en place.
Par comparaison, quand le département travaille avec la Caisse d’allocations familiales à des actions de soutien à la parentalité, c’est beaucoup plus simple. Malgré les difficultés, les travailleurs sociaux de la protection de l’enfance œuvrent au quotidien à cette mise en confiance, à capter l’adhésion des familles. Ainsi, ils prennent garde à ne pas être assimilés aux yeux des familles à l’autorité judiciaire. Notre objectif est que les familles soient acteurs du parcours de l’enfant.
Il arrive que l’implication des services de la protection de l’enfance soit mis en cause à travers des cas, fortement médiatisés, de maltraitance. Comment le vivent les professionnels ?
Mal, très mal. Heureusement, il existe, je suppose dans chaque département, un espace de parole, ou alors une prise de parole possible à l’occasion des ateliers d’analyse de pratiques professionnelles. Dans le cas de la petite Marina, un parcours que tous les professionnels ont en tête, on peut supposer qu’il y a eu rupture de la chaîne d’évaluation, des difficultés à travailler en réseau et à partager les informations.
Vous citiez la feuille de route gouvernementale 2015-2017. Comment l’avez-vous accueillie ?
Cette feuille de route n’entraînera pas une révolution copernicienne du secteur mais elle apportera certainement des améliorations. La démarche de concertation qui a précédé a été intéressante, elle a permis de mettre en valeur le travail engagé dans les services.
Aujourd’hui, notre attention se tourne vers les débats à venir (1) sur le projet de loi Meunier-Dini. Le départements sera-t-il, à nouveau, conforté dans son rôle de chef de file de la protection de l’enfance ou une recentralisation est-elle en marche ? Tous les doutes n’ont pas été levés.
Thèmes abordés
Notes
Note 01 La proposition de loi Meunier-Dini doit à présent repartir devant l’Assemblée nationale. En cas de nouveaux changements, elle fera l’objet d’une commission mixte paritaire, chargée de parvenir à un compromis. Dans le cas contraire, ce sera à l’Assemblée de trancher. Retour au texte

