Le Conseil national de l’ordre des médecins (CNOM) a publié fin janvier un Livre blanc « Pour l’avenir de la santé, de la grande consultation aux propositions ». Il tire le bilan de l’enquête effectuée auprès des professionnels, médecins mais pas que, à l’automne 2015.
Une cinquantaine d’acteurs de la santé – responsables syndicaux, présidents des autres ordres mais aussi mutuelle, association de patients… – ont été interrogés par le CNOM.
Parallèlement, 35.000 médecins ont répondu à un questionnaire sur leurs conditions de travail, leur perception du système de santé, le diagnostic porté sur leur métier et leurs souhaits d’évolution.
Ces consultations ont permis à l’Ordre de rédiger 10 propositions sur l’avenir du système de santé français, parmi lesquelles trois ont trait à l’organisation territoriale et la lutte contre les déserts médicaux.
« Pas des déserts médicaux, des déserts globaux »
« La désertification médicale et les difficultés récurrentes dans la permanence des soins ambulatoires sont aussi jugées par les médecins comme un gros point noir du système de santé », note le livre blanc. Pour autant, les deux tiers des professionnels ayant répondu au questionnaire du CNOM refusent l’instauration de contraintes d’installation.
Pour une grande partie des médecins interrogés, le problème de désertification va bien au-delà de la présence d’un généraliste ou spécialiste sur un territoire : « Pour faire revenir les médecins, il faut faire revivre les territoires ! » remarque un médecin de Toulouse. « Il n’y a pas de déserts médicaux, il y a des déserts globaux», abonde un confrère de Dole, tous deux cités dans l’étude.
Créer des bassins de proximité santé
Parmi les trois grandes priorités(1) que les médecins voient pour améliorer le système de santé, la première demande de « simplifier l’organisation territoriale des soins avec une gouvernance partagée entre acteurs et usagers ».
Pour ce faire, le CNOM propose de créer un échelon territorial unique pour améliorer la coordination des soins : le Bassin de proximité santé (BPS). « Il devra disposer de la capacité d’autonomie de prise en charge ambulatoire de sa population, incluant soins, prévention, dépistage, éducation sanitaire, médico-social, prévention au travail et en milieu scolaire », précise le livre blanc.
Son comité de pilotage regrouperait les acteurs de santé, de l’enseignement et des collectivités aux côtés de l’ARS : Assurance maladie, établissements publics et privés, URPS, ordres professionnels, usagers, collectivités territoriales et université.
Le BPS devrait :
- réaliser l’analyse des besoins,
- évaluer les fonctionnements et les dysfonctionnements,
- piloter les actions locales,
- garantir l’expertise territoriale en participant à la prise de décision sur tous les projets de territoire quel qu’en soit le demandeur,
- porter les projets de territoire.
Pour autant, la participation au bassin de proximité santé se ferait sur la base du volontariat.
Mieux s’adapter aux besoins des territoires
Concernant la formation, le CNOM demande une réforme du numerus clausus : les médecins demandent notamment que le nombre d’étudiants acceptés en deuxième année de médecine soit fixé au niveau régional.
En fin de deuxième cycle, avant l’internat, les étudiants passeraient une épreuve classante non plus nationale mais dans une des cinq grandes interrégions (Île-de-France, Nord-Ouest, Sud-Ouest, Sud-Est, Nord-Est). « Les places disponibles seraient définies pour chaque grande interrégion et pour chaque spécialité, en fonction des besoins démographiques régionaux », indique le CNOM.
Une mesure qui n’enthousiasme pas Maxime Rifad, vice-président de l’ANEMF. « S’il s’agit d’une mesure pour lutter contre certains déserts médicaux, cela ne marchera pas. Nous n’avons pas les chiffres précis mais entre 25 et 40% de jeunes médecins s’installent dans une autre région que celle où ils ont fait leur internat », a-t-il expliqué au Figaro étudiants.
Enfin à la sortie des études, les jeunes médecins se verraient proposer un nouveau « parcours post-DES de territoire ». « En contrepartie d’un exercice de trois ans dans la zone définie, ces médecins bénéficieraient de compensations : avantages sociaux, progression de carrière plus rapide, avantages conventionnels (accès automatique au secteur 2), etc. », détaille le livre blanc. Un dispositif qui ressemble beaucoup au contrat d’engagement de service public, créé en 2009.
Marisol Touraine met de son côté en avant les contrats de « praticien territorial de médecine générale » (PTMG), élaborés en 2012 : « Cela fonctionne ! Près de 540 médecins se sont installés dans ces territoires, grâce à ces contrats. J’ai donc porté l’objectif à atteindre à 1 000 contrats, d’ici à 2017. »
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Références
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Notes
Note 01 Simplifier l’organisation territoriale des soins avec une gouvernance partagée entre acteurs et usagers ; alléger et décloisonner l’exercice professionnel des médecins ; ouvrir et professionnaliser la formation des médecins. Retour au texte




