L’épidémie de zika explose. La Chine a annoncé son premier cas mercredi 10 février. Une trentaine de pays sont touchés par ce virus transmis à l’homme par le même moustique que la dengue et le chikungunya. La France n’est pas épargnée : 2.287 cas suspects ont été recensés en Martinique, 245 en Guyane, 10 en Guadeloupe et 1 à Saint-Martin a annoncé la ministre de la santé, Marisol Touraine, le 3 février. La Polynésie Française qui a connu une flambée épidémique sans précédent, il y a deux ans, a réussi à se débarrasser du virus. Les sapeurs-pompiers ont joué un rôle crucial dans cette victoire contre la maladie. Le colonel de sapeurs-pompiers, Frédéric Tournay, Directeur de la Défense et de la Protection Civile auprès du Haut-Commissariat de la République à Papeete, expose quels enseignements pourraient en tirer les régions actuellement touchées.
Une épidémie de virus zika a touché la Polynésie Française d’octobre 2013 à mars 2014. En quoi était-elle exceptionnelle ?

Comment expliquez-vous que l’épidémie ait été vaincue ?
D’une part, la grande majorité de la population ayant été infectée, elle est immunisée. D’autre part, la stratégie de lutte contre le vecteur du virus, le moustique, s’est avérée décisive. Pourtant la situation était compliquée : le moustique était dispersé partout sur le territoire qui compte 76 îles habitées, réparties sur un espace vaste comme l’Europe ! 700 personnes issues des différents services publics ont participé à la lutte contre le moustique et notamment beaucoup de sapeurs-pompiers de près ou de loin. La Polynésie Française compte 600 pompiers dont la moitié de volontaires, répartis dans 26 services d’incendie et de secours (Cis). Ils sont placés sous l’autorité du maire ou du haut-commissaire, agissant dans le cadre de leurs pouvoirs de police respectifs.
Quels rôles ont joués les sapeurs-pompiers ?
Ils ont joué un rôle crucial pour juguler l’épidémie de zika en Polynésie française. Leur intervention, coordonnée par la Direction de la défense et de protection civile auprès du Haut-Commissariat de la République, a consisté en particulier à organiser la lutte contre le moustique localement, au plus près de la population. Ils se sont appuyés sur les plans communaux de sauvegarde pour sectoriser les communes touchées en districts de 100 habitations. Chacun de ces districts a été confié à une équipe de dix personnes, pilotée par un sapeur-pompier. Leurs missions : l’élimination des gîtes larvaires dans les maisons et alentours, la pulvérisation d’insecticides dans les espaces publics et la sensibilisation des habitants par du porte-à-porte. La planification de ces interventions sectorisées a été confiée à un poste de coordination communal, chargé de faire remonter les informations vers le poste de coordination opérationnelle pour toute la Polynésie Française. Au total, 18 communes ont été traitées qui représentent la moitié de la population de Polynésie française.
Quels enseignements, les régions actuellement touchée par l’épidémie zika peuvent-elle tirer de votre expérience ?
Il y en a deux, je pense. D’abord, il est essentiel de dépasser le fatalisme qui est fortement inscrit dans l’habitude de vivre avec les moustiques. Ce qui exige de mettre en œuvre un plan de communication de grande ampleur auprès de la population, autant dans les zones urbaines que rurales, pour qu’elle comprenne l’importance de la destruction des gîtes larvaires et notamment après chaque pluie. Ensuite, il est pertinent de s’appuyer sur le savoir-faire des sapeurs-pompiers et leur proximité à la population, pour répondre aux besoins de mobilisation, d’organisation, et de coordination des équipes opérationnelles.
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