A un peu plus d’un mois du coup d’envoi de l’Euro 2016, la question de la sécurisation des fan zones n’en finit pas d’inquiéter. En dépit de la menace terroriste, le principe même de leur installation avait été, bon gré mal gré, validé par les ministères de l’Intérieur et des sports ainsi que le Club des sites et des villes d’accueil, qui y simulent des attentats pour améliorer la coordination entre les différents services.
Suite à une ultime rallonge de douze millions d’euros, le financement de leur sécurisation était, pour sa part, quasi-bouclé. Enfin, le gouvernement avait même déposé un projet de loi afin de prolonger l’état d’urgence jusqu’à la fin de cette compétition de football.
Toutefois, d’après la radio Europe 1, cet effort de sécurisation se heurterait à une problème majeur de mains d’oeuvre. Et ce, alors même que le recrutement des agents de sécurité privée devrait, théoriquement, être clos très prochainement.
Recrutements à la dernière minute
Et pour cause : les différents appels d’offres passés par les collectivités territoriales pour déléguer la sécurisation des fan zones auraient été majoritairement remportés par des PME. Certaines de ses sociétés « devront doubler leurs effectifs » à la dernière minute, tant elles ne disposent pas aujourd’hui des effectifs suffisants pour assurer une mission aussi complexe.
Qu’il s’agisse de la formation des amateurs désireux de devenir agents de sécurité – finalement raccourcie – ou des vérifications préfectorales en ce qui concerne leurs personnalités, leurs entourages et leurs casiers judiciaires, la durée pour se faire habiliter et se voir accorder une carte professionnelle serait en moyenne d’un mois.
Autant dire que pour être fin prêt le 10 juin 2016, la date-butoir de recrutement devrait être fixée autour du 10 mai au plus tard. Et ce malgré la nouvelle procédure prévue par le gouvernement – création d’une carte professionnelle spécifique – pour faciliter leur embauche.
Problème : les prestataires retenus à Bordeaux, Marseille ou encore Toulouse, se seraient tout récemment lancés « dans une course à l’intérim et à la sous-traitance », d’après Europe 1.
Craintes des grandes entreprises de sécurité privée
Cette situation fait notamment suite au fait qu’un certain nombre de grosses entreprises de sécurité, telles le leader du marché, Sécuritas, n’aient pas postulé à ce marché public. D’après Europe 1, assurer la sécurité des dizaines de milliers de personnes qui se recueilleraient sur l’espace public pour voir les matchs serait, selon elles, « trop risqué. »
Une position qui rejoint celle de plusieurs parlementaires estimant que les fans zones représentent une prise de risque inconsidérée à l’heure où la menace terroriste n’a jamais été aussi élevée en France.
D’autres acteurs, à l’instar de Frédéric Gil, conseiller d’Alain Juppé et des villes hôtes, y voient justement une opportunité inouïe en matière de sécurisation globale de l’évènement.
Les acteurs locaux comptent sur les services de l’Etat pour ne pas bâcler les contrôles préalables et s’assurer que les profils des agents de sécurité privée sont compatibles avec la mission, pour éviter tout risque de dérives.
Rallonge de 12 millions d’euros
Par ailleurs, le ministre des sports, Patrick Kanner, a annoncé une rallonge de 12 millions d’euros pour sécuriser les fan zones dans les 10 villes hôtes. Alors que le budget initial pour la sécurisation des fan-zones était de « 10 à 12 millions d’euros », « nous avons relevé le niveau de sécurité à 24 millions d’euros », a déclaré le ministre le 25 avril à l’Assemblée nationale. Une rallonge déjà évoquée le 20 avril par le Club des villes hôtes dans un entretien au Club prévention sécurité.
L’annonce de Patrick Kanner faisait suite à la réunion à Paris d’un Comité de pilotage de l’Euro, en présence du ministre, d’Alain Juppé, de Jacques Lambert, le président du comité d’organisation de la compétition (10 juin – 10 juillet) et de représentants de l’UEFA.
L’État, qui avait déjà annoncé son accord pour la prise en charge de 80% de l’enveloppe liée aux caméras de vidéo-surveillance, va financer le surcoût à hauteur de 8 millions d’euros. Les 4 millions restants seront à la charge de l’UEFA.
L’UEFA qui doit formellement entériner cette décision lors de son congrès, le 3 mai à Budapest, selon le comité des villes hôtes.

