Le coup d’envoi de l’Euro 2016 est enfin lancé ! Un peu partout sur la planète, derrière les téléviseurs, des millions de familles et de sportifs amateurs auront les yeux rivés vers la France et cette compétition internationale, qui, après les attentats de 2015, revêt une tournure toute particulière.
Le Stade de France, là-même où un groupe de terroristes s’est fait exploser le 13 novembre dernier à Saint-Denis, accueillera et clôturera l’événement. Entre temps, cinquante matchs prendront place dans neuf autres villes du pays, toutes placées sous haute protection policière afin de faire de ce mois de compétition une « fête permanente. »
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A l’instar du ministère de l’Intérieur, les collectivités locales accueillant le troisième événement sportif planétaire se veulent toutes rassurantes. A Lille, Bordeaux, Marseille ou Paris, les autorités multiplient les conférences de presse pour détailler et vanter les dispositifs de sécurisation prévus pour l’occasion.
Tout en reconnaissant que « le risque zéro n’existe pas », le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, accompagné d’Alain Juppé en tant que président du « Club des sites et des villes d’accueil », a insisté, mercredi 8 juin devant la commission des Lois de l’Assemblée nationale sur le fait que « des moyens sans précédent ont été engagés. »
Plus de 90 000 agents mobilisés
Alors qu’une petite dizaine de millions de supporters a prévu de faire le déplacement en France, l’Etat a prévu de mobiliser 75 000 policiers, gendarmes, CRS et autres membres du GIGN, ainsi que 5 200 personnels de la sécurité civile, dont 2 500 sapeurs-pompiers et 300 démineurs, a-t-on appris lors du dernier conseil des ministres.
Une partie des 10 000 militaires de l’opération Sentinelle ont été appelés en renfort pour sécuriser les infrastructures de transports. Par ailleurs, 13 000 agents de sécurité privée seront sur le pont pour les épauler, tandis que les polices municipales interviendront, elles aussi, en appui des troupes régaliennes, dans la limite de leurs prérogatives, autour des stades, des Fans-Zones ou d’autres lieux de rassemblement prévus par les collectivités.
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Quel rôle pour les policiers municipaux ?Par deux fois, le niveau de sécurité a été revu à la hausse par rapport au dispositif initialement prévu par les organisateurs de l’Euro 2016. Parmi les mesures destinées à renforcer la sécurité figurent notamment l’augmentation du parc de vidéosurveillance. Un surcoût chiffré à douze millions d’euros par le conseiller technique du « Club des sites et des villes d’accueil », par ailleurs cadre territorial à Bordeaux, Frédéric Gil.
En résumé : circulez, il n’y a rien à voir…
« Un mois de calamité »
Une présentation volontairement apaisante, qui tranche nettement avec les mises en garde anxiogènes du Foreign Office britannique ou du département d’Etat américain à l’adresse de leurs ressortissants comptant se rendre en France aux mois de juin et juillet.
Les retombées touristiques et donc économiques espérées par les autorités organisatrices ne doivent toutefois pas faire oublier :
- le « mois de calamité pour les non-croyants » promis par Daech durant le ramadan ;
- l’intention initiale de la cellule auteure des attentats de Bruxelles en mars dernier de frapper durant l’Euro ;
- ni même la menace que représentent encore aujourd’hui les hooligans de certains pays.
Ce n’est pas pour rien que la dernière prolongation de l’état d’urgence – permettant aux forces de police de réaliser des perquisitions administratives et ordonner des assignations à résidence sans contrôle judiciaire jusqu’à la fin du mois de juillet – a été officiellement motivée en raison de l’organisation de l’Euro 2016.
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L’état d’urgence prorogé jusqu’au 26 juilletOutre les menaces concrètes reposant donc sur l’évènement et la fatigue cumulée par les forces de l’ordre depuis plusieurs mois, les doutes portent également sur la capacité réelle des entreprises de sécurité privée à remplir pleinement leurs missions.
Là encore, du côté des organisateurs, l’on se veut rassurant : Alain Juppé a expliqué que des « agents spécialisés de sécurité privée ont été recrutés et ont fait l’objet d’un criblage avant toute délivrance d’accréditation. » Bernard Cazeneuve l’a complété, évoquant 300 individus « exclus » sur 80 000 personnels testés.
Sécurité privée : des PME et des agents peu expérimentés ?
Il n’empêche. Alors que les plus grandes sociétés du secteur auraient déserté le marché « trop risqué » des fans zones, la majorité des appels d’offres ont été remportés par des petites structures confrontées à d’importants problèmes de recrutement.
Un certain nombre d’agents, sans réelle expérience, formés sur l’étude des comportements suspects ou l’initiation aux premiers secours sans être sensibilisés pour autant au risque terroriste, effectueront donc leurs grands débuts pendant la compétition.
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Les Fans-Zones en quête d’agents de sécurité privéeMême l’augmentation des contrôles des entreprises de sécurité privée et la baisse constatée (-22%) des manquements observés en 2015 par le Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS), n’ont pas permis de dissiper les inquiétudes.
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Sécurité privée : une entreprise sur quatre a été contrôlée en 2015Et pour cause : selon l’hebdomadaire Le Point, sur un test de seulement 3 500 salariés d’entreprises de sécurité privée mobilisés durant la compétition, la DGSI avait déjà répertorié, en mai dernier, 82 individus fichés pour islamisme radical, appartenance à la mouvance identitaire d’extrême-droite ou activités liées à la violence d’extrême-gauche.
Pour remplir son objectif, le ministère de l’Intérieur entend également coopérer davantage avec les policiers municipaux. Reste que, en attente de réponse de la part de l’Association des maires de France sur une éventuelle revalorisation salariale et le débat autour de l’armement obligatoire, la filière PM du syndicat Force Ouvrière a lancé un appel à la grève, à partir du 10 juin et pour toute la période de l’Euro 2016 de football.
Les policiers municipaux inquiets et en colère
Ces derniers redoutent, entre autres, le rôle de primo-intervenants que semble leur conférer officieusement le nouveau schéma d’intervention des forces de police. Celui-ci a en effet été revisité à la suite des attentats du 13 novembre, dans l’idée de renforcer le maillage des forces d’intervention et parer plus efficacement aux tueries de masse.
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En fonction des dispositifs retenus par les villes, les policiers municipaux non-grévistes devraient être associés à la sécurisation des fans zones, mobilisés pour les rassemblements festifs accompagnant les matches ou déployés afin de sécuriser le reste de l’espace public, moins protégé qu’en temps normal et donc plus vulnérable.
Une donne qui permet aux organisateurs de justifier unanimement leur choix de maintenir les fans zones. Ils arguent du fait qu’elles permettront d’éviter autant que possible les regroupements spontanés dans des lieux ouverts et non contrôlés, tels que les restaurants ou les bars par exemple. Une instruction du ministère de la Ville diffusée le 9 juin laisse aux maires, « en lien étroit avec les préfets », le soin de réglementer la retransmission des matches de l’Euro 2016 aux terrasses des bars.
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Sécurité civile : une réponse rôdée
Cette logique est néanmoins discutée, et le débat couve depuis plusieurs mois, en dépit des différentes annonces faites pour relever le niveau de sécurité de ces espaces gérés par l’UEFA et surveillés par les collectivités et l’Etat. Plusieurs personnalités politiques de droite ont en effet alerté sur le fait que la concentration de milliers de supporters en un même lieu pourrait représenter une réelle opportunité pour un groupe terroriste désireux de faire parler de lui.
Dans l’optique où une cellule parviendrait malgré tout à déjouer les dispositifs de sécurité, les pouvoirs publics français ne seraient néanmoins pas totalement dépourvus.
Plusieurs exercices « grandeur nature » et autres simulations d’attentats – mobilisant plusieurs milliers d’intervenants – ont eu lieu au cours des dernières semaines à Bordeaux, Nîmes ou Lyon, afin de tester la résilience de la société et appréhender correctement les procédures de sécurité civile « au cas où. ».
La capitale rhodanienne a même s’est même dotée d’un « plan ORSEC » afin d’organiser le plus clairement possible la réponse des pouvoirs publics en cas de crise, et de coordonner le plus efficacement possible les forces de sécurité et de secours.
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