André Montané, votre prédécesseur, est parti en mars… votre élection a-t-elle un peu tardé?
C’est vrai ! Le fonds fonctionnait toujours, mais il n’y avait plus de comité national, qui a pu se reconstituer seulement après la parution du décret le 2 novembre dernier. Ce qui a joué en ma faveur, c’est que je connais bien le FIPHFP : j’y représente la Fédération hospitalière de France depuis 2011 et j’étais rapporteur de la commission des finances ces dernières années. J’ai été élu pour deux ans, jusqu’aux élections professionnelles de 2018.
Vous représentez donc la fonction publique hospitalière ?
Oui et c’est bien normal. Monsieur Fontana, le premier président représentait la fonction publique d’Etat et André Montané, la fonction publique territoriale. Mais, à vrai dire, la fonction publique hospitalière est la plus en retard en terme d’obligation légale, puisque son taux d’emploi de personnes en situation de handicap est de 5,41% seulement.
Pourquoi ce retard ?
La FPH génère en soi beaucoup de handicaps : dans les hôpitaux, les foyers d’accueils, les maisons de retraite, c’est courant par exemple d’avoir des problèmes de dos. Or, c’est difficile de maintenir les salariés en emploi, et même de les intégrer. Le secteur comprend beaucoup de petits établissements, qui offrent surtout des emplois en contact avec les usagers. Il y a peu de services administratifs comme dans les collectivités territoriales par exemple : dans les mairies ou les département, les postes sont plus variés. Mais nous avons fait beaucoup de progrès ces dernières années.
Comment envisagez-vous l’avenir du fonds ?
Le FIPHFP est financé par les contributions des établissements. Comme le taux d’emploi s’accroît, ses revenus diminuent… Il faut aussi penser à un élément qui n’était pas envisagé, la situation des personnes embauchées il y a 2 ou 3 ans qui ont toujours besoin de notre soutien. Le fonds va être contraint de réduire le montant des aides financières. Mais nous ne sommes pas qu’un guichet financier et il y a fort à faire pour promouvoir l’insertion, à travers l’apprentissage et la formation des jeunes notamment.
Pensez-vous qu’il faille revoir le financement ?
Il faudrait y réfléchir car à terme le FIPHFP ne pourra plus fonctionner correctement. Depuis trois ans, les dépenses étaient supérieures aux recettes, mais le fonds puisait dans ses réserves. Elles s’amenuisent et nous devons trouver une autre solution. Il faut également mieux gérer notre action : on ne peut pas faire autrement que de revoir nos dépenses à la baisse. A priori, beaucoup a été fait pour l’accessibilité (plans inclinés, ascenseurs) et nous pouvons espérer que ce poste soit moins important.
Qu’en est-il du prélèvement effectué par l’Etat à la rentrée ?
Cela serait un manque à gagner certain, mais nous n’avons jamais reçu d’information officielle de la part de la ministre de l’Education nationale. Nous avons donc continué à envoyer les factures… et nous verrons bien. Tout cela est un peu flou.
Que penser des annonces faites par certains candidats à la primaire de la droite ?
Le contexte est déjà difficile depuis plusieurs années, alors, si l’on diminue l’emploi dans la fonction publique… Cela compliquera l’intégration des personnes en situation de handicap. Avant les résultats de la primaire, nous avions rencontré des conseillers de François Fillon, qui s’étaient montrés rassurants. Mais c’est un sujet d’inquiétude, c’est vrai.
Faut-il améliorer l’embauche des personnes handicapées ?
Oui. On pense généralement qu’employer des personnes handicapées risque de faire baisser l’efficience du service, mais il faut réfléchir différemment, en amont, afin, non pas de construire des postes sur mesure, mais de proposer des postes en faisant quelques aménagements. Considérer que l’on peut faire exactement les mêmes choses est faux. En tant qu’employeur, je cerne bien toutes les difficultés que cela pose à l’organisation et cela me permettra de rechercher des solutions consensuelles.
Cet article est en relation avec le dossier
Thèmes abordés

