Certes, le fonctionnaire bashing est exaspérant. Certes, la suppression de 500 000 postes promise par François Fillon choque, parce qu’elle désigne un bouc émissaire, sans jamais reconnaître l’apport des agents publics, exception faite des policiers et des infirmières, bien sûr…
Mais ces outrances ne doivent pas exonérer le secteur public de son devoir d’efficacité. A ce titre, la réponse du ministère de la Fonction publique à l’étude Sofaxis sur l’absentéisme dans la territoriale ne peut satisfaire.
Rappel des faits
Fin novembre, le courtier publie son « Panorama des absences pour raison de santé dans les collectivités territoriales en 2015 ». Lequel relève un taux d’absentéisme de 9,3 % en 2015, contre 8,8 % en 2014, et une progression de 26 % depuis 2007.
Les causes sont connues : pyramide des âges des agents, forte croissance des accidents du travail (+ 52 % depuis 2007), réformes institutionnelles. Et aussi, la suppression du jour de carence, avec un retour à la hausse des arrêts courts.
Jour de carence
En bon défenseur des fonctionnaires, le ministère produit un « argumentaire sur l’absentéisme dans les collectivités locales ». Toutes les explications y sont, sauf une : pourquoi les arrêts courts ont-ils augmenté depuis la suppression du jour de carence ? Le fait, incontestable, est inconfortable. Reconnaître l’effet du jour de carence, c’est admettre que des agents territoriaux « s’autorisent » des absences dès lors qu’elles ne provoquent pas de perte financière.
Mais pourquoi le taire ? Dans les collectivités, on ne méconnaît pas ces « arrêts abusifs » qui, confie un directeur général des services, pourrissent l’ambiance dans les équipes. Perte de sens et de valeurs, anxiété et ressentiment, manque de « volontarisme » du management : les facteurs sont multiples. Si le jour de carence a pu avoir un effet, son caractère punitif ne peut être la seule réponse.
L’Association des DRH des grandes collectivités s’est heureusement attelée à la tâche et propose un portail web de benchmark sur l’absentéisme. Le sujet est pris à bras-le-corps, et c’est heureux. L’affronter est gage de crédibilité. Par son silence, le ministère de la Fonction publique ne rend pas service au secteur public, ni aux fonctionnaires.
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