Le Compas a publié par deux fois des estimations de données communales sur les taux de pauvreté pour les 100 plus grandes communes de France. Ces estimations ont été largement confortées par la première publication par l’Insee de données communales officielles, en juin 2015, puis leur mise à jour à l’automne 2016.
Pour aller plus loin sur ces questions de pauvreté au niveau communal et intercommunal, le Compas propose une analyse de ces nouvelles données accompagnée d’une estimation du nombre de pauvres et de leurs caractéristiques socio-démographiques. L’estimation de la répartition par critères socio-démographiques des populations pauvres, appliquée à l’ensemble des intercommunalités de France métropolitaine, permet de réaliser un classement de ces territoires en six grandes catégories.
Davantage de pauvres en couple parental
En France métropolitaine, une personne sur trois vit sous le seuil de pauvreté lorsqu’elle vit en famille monoparentale alors que ce taux n’est que de 13 % au sein des ménages de type couple parental (1), 8 % chez les couples sans enfant et 15 % pour les personnes seules.
Pourtant, il serait faux de considérer que la plupart des personnes pauvres vivent dans une famille monoparentale. En effet, près de la moitié de la population (47 %) vit dans un ménage de type couple avec enfant(s) en France métropolitaine.
Cette proportion élevée de population dans cette catégorie de ménages porte à 44 % la part des personnes pauvres vivant en couple parental contre « seulement » 22 % pour celles vivant en famille monoparentale.
Ainsi, le « risque » de pauvreté est le plus élevé lorsque l’on vit en famille monoparentale, mais on compte bien davantage de pauvres qui vivent dans un couple parental.
Le « risque » de pauvreté est le plus élevé lorsque l’on vit en famille monoparentale, mais on compte bien davantage de pauvres qui vivent dans un couple parental
L’estimation de la répartition par critères socio-démographiques des populations pauvres (voir encadré méthodologie), appliquée à l’ensemble des intercommunalités de France métropolitaine, permet de réaliser un classement de ces territoires en six grandes catégories.
Celui-ci tient compte, d’une part, de la proportion des populations vivant sous le seuil de pauvreté dans la population (taux de pauvreté au seuil de 60 %), et d’autre part, des répartitions des populations pauvres par âge du référent fiscal ou composition du ménage.
Les caractéristiques démographiques des populations reflètent les spécificités de peuplement des territoires : on retrouve ainsi une sur-représentation des populations pauvres vivant dans les jeunes ménages en familles monoparentales ou seules dans les agglomérations urbaines.
Dans les territoires aux taux de pauvreté les plus élevés, plus d’une personne pauvre sur deux vit en couple parental : cette catégorie de ménage est la plus représentée sur le territoire français puisque 47 % de la population globale et 44 % des personnes pauvres vivent en couple parental en France métropolitaine.
La part des personnes vivant en couple sans enfant et des personnes vivant dans les ménages les plus âgés est sur-représentée sur les territoires ruraux et en particulier sur le secteur ouest et sud-ouest du pays.
Ces populations âgées pauvres sont également sur-représentées sur les territoires à faibles taux de pauvreté présentant des caractéristiques des populations pauvres différentes de celles des agglomérations urbaines : peu vivent seules, dans de jeunes ménages ou en familles monoparentales.
Six catégories d’intercommunalités
Catégorie A : Pauvreté élevée / forte sur-représentation des couples parentaux parmi les personnes pauvres
La catégorie A rassemble 30 EPCI (2). On y trouve 36 des 100 plus grandes communes de France métropolitaine, parmi lesquelles Strasbourg, Saint-Etienne, Villeurbanne, Nîmes ou Argenteuil.
Elle regroupe des territoires à forts taux de pauvreté : 23,5 % en moyenne. Plus de la moitié des personnes pauvres de ces intercommunalités vivent en couple parental (de 50 % à 66 % selon les territoires). Les personnes pauvres, sont moins souvent qu’ailleurs des personnes vivant seules (10% contre 17 % en France métropolitaine).
Catégorie B : Pauvreté élevée / sur-représentation des familles monoparentales parmi les personnes pauvres
La catégorie B rassemble 65 EPCI. On y trouve 24 grandes villes parmi lesquelles Marseille, Montpellier, Lille, Le Havre ou Toulon.
Elle regroupe des territoires aux taux de pauvreté plutôt élevés (18,9 % en moyenne) et où les personnes pauvres vivant en familles monoparentales sont sur-représentées : 26 % de la population pauvre vit en famille monoparentale contre 22 % en France métropolitaine. Sur ces territoires les proportions de personnes pauvres vivant au sein d’un jeune ménage sont souvent plus élevées qu’en moyenne métropolitaine (14 % contre 11 %).
Catégorie C : Pauvreté élevée / sur-représentation des couples sans enfant et des ménages âgés parmi les personnes pauvres
La catégorie C rassemble 77 EPCI qui se positionnent majoritairement dans les territoires ruraux situés sous la diagonale passant de la Manche aux Alpes-Maritimes. On y trouve les villes de Nice, Cannes, Antibes et Ajaccio.
Elle regroupe des territoires aux taux de pauvreté là aussi plutôt élevés : 17,9 % en moyenne. Les personnes pauvres vivant en couple sans enfant et au sein des ménages les plus âgés sont sur-représentées : 16 % de la population pauvre vit en couple sans enfant et 11 % au sein des ménages les plus âgés contre respectivement 11 % et 6 % en France métropolitaine.
Catégorie D : Pauvreté moyenne / sur-représentation des jeunes ménages, personnes vivant seules et familles monoparentales parmi les populations pauvres
La catégorie D rassemble 78 EPCI. On y trouve 27 villes parmi lesquelles Paris, Lyon, Toulouse, Nantes ou Bordeaux.
Le taux de pauvreté de cette catégorie (13,9%) est assez proche de la moyenne métropolitaine. La sur-représentation des jeunes ménages, personnes vivant seules et familles monoparentales parmi les personnes pauvres est la principale caractéristique de la catégorie D : 26 % des populations pauvres vivent en famille monoparentale (22 % en France métropolitaine), 16 % au sein des ménages les plus jeunes (11 % en France métropolitaine) et 26 % vivent seules (17 % en France métropolitaine).
Catégorie E : Pauvreté moyenne à faible / sur-représentation des couples parentaux parmi les populations pauvres
La catégorie E rassemble 100 EPCI. On y trouve les villes de Courbevoie, Rueil-Malmaison, Antony et Maisons-Alfort.
Elle regroupe des territoires aux taux de pauvreté assez faibles (13,3 %). La répartition des populations pauvres par critère socio-démographique y est l’une des plus proches de la moyenne métropolitaine avec néanmoins une sur-représentation des populations pauvres vivant en couple parental (49 % contre 44 % en France métropolitaine.
Catégorie F : Faible pauvreté / sur-représentation des personnes seules et couples sans enfant parmi les populations pauvres
La catégorie F rassemble 94 EPCI. On y trouve les villes de Boulogne-Billancourt, Versailles, Saint- Maur-des-Fossés, Issy-les-Moulineaux et Neuilly-sur-Seine.
Elle regroupe des territoires à faibles taux de pauvreté (11,2 %). La répartition des populations pauvres par critères socio-démographiques montre une sur-représentation des populations pauvres vivant seules ou en couples sans enfant : respectivement 23 % et 14 % contre 17 % et 11 % en France métropolitaine.
Comment avons-nous réalisé cette typologie ?
Cette typologie a été réalisée, selon une méthode dite de « classification hiérarchique », à l’issue d’une analyse en composantes principales portant sur sept variables : le taux de pauvreté, les proportions de personnes pauvres vivant seules, vivant en couple parental, vivant en famille monoparentale, vivant en couple sans enfant, vivant dans un jeune ménage, vivant dans un ménage âgé. Nous avons intégré 444 EPCI pour lesquels ces sept variables étaient disponibles. Les 1 683 autres EPCI et les 100 plus grandes communes de France sont positionnés dans l’analyse à titre illustratif.
Notre typologie est destinée à regrouper les territoires de manière à ce que ceux-ci soient les plus similaires possibles au sein d’un même groupe au regard des indicateurs proposés, et que les groupes obtenus soient les plus dissemblables possibles. Il s’agit d’une classification possible parmi d’autres, qui résulte de différents choix établis au préalable à savoir les indicateurs retenus, la méthode et le nombre de classes. Il est important de souligner qu’une typologie ne peut rendre compte de l’ensemble des spécificités territoriales.
Références
Cet article fait partie du Dossier
Pauvreté : en finir avec la politique de l'autruche
Sommaire du dossier
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- Inégalités territoriales : mieux se situer pour affiner ses politiques sociales
- Les taux de pauvreté des 100 plus grandes communes de France
- La pauvreté dans les arrondissements de Paris, Lyon et Marseille
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- « La lutte contre la pauvreté passe par des ajustements locaux » – François Chérèque, inspecteur général des Affaires sociales, président de l’Agence du service civique
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- Villes, périurbain, rural : quels sont les territoires les moins favorisés ?
- « La mesure la plus fine possible de la pauvreté est fondamentale » – Daniel Zielinski, Unccas
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Thèmes abordés
Notes
Note 01 Les couples parentaux sont constitués de l’ensemble des couples qui ont au moins un enfant. Retour au texte
Note 02 Parmi les 444 EPCI retenus. Retour au texte






