De 42,3 % à Roubaix à 6,2 % à Versailles, les taux de pauvreté varient fortement parmi les 100 plus grandes communes de France métropolitaine comme l’indiquent les nouvelles données de l’Insee pour l’année 2013 à partir desquelles le Compas produit ces estimations.
Les communes qui accueillent, en nombre, le plus de personnes pauvres, sont logiquement les plus peuplées.
Les cinq plus grandes communes accueillent au moins 100 000 personnes pauvres sur leur territoire : Paris (342 000), Marseille (204 000), Toulouse (73 000), Nice (71 000) et Lyon (66 000).
Il faut bien garder en mémoire ces données : des taux similaires peuvent masquer des volumes très différents. Les 18,9 % de pauvres du Mans représentent 37 000 personnes, alors que les 19,8 % de Dunkerque en rassemblent 17 000.
Mais la relation entre la taille de la commune et son nombre de pauvres n’est pas mécanique. Ainsi, Roubaix, 39ème commune en terme de volume de population, se place en 11ème position au regard du nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté (38 000).
Deux tiers des personnes pauvres vivent en famille
Outre les différences de volume et de taux de pauvreté entre les communes, les caractéristiques des populations pauvres divergent : à Neuilly-sur-Seine, par exemple, où seulement 8 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, le niveau de vie des populations pauvres apparaît le plus faible parmi les 100 plus grandes communes de France métropolitaine.
L’intensité (1)de la pauvreté y est de 33 %, avec un seuil estimé à 1 000 € pour l’année 2013.
A l’inverse, à Cholet, où le taux de pauvreté atteint 13,8 %, le niveau de vie des populations pauvres (814 €) est beaucoup plus proche du seuil de pauvreté et porte l’intensité de la pauvreté à 19 %.
Le profil des populations pauvres sur ces deux territoires diffère fortement : 70 % des populations pauvres vivent au sein de familles avec enfant(s) à Cholet contre 47 % seulement à Neuilly-sur-Seine. Au total, les deux tiers des populations pauvres vivent en famille en France métropolitaine.
Une population pauvre vivant au sein de ménages âgés dans les communes du sud de la France
6 % des personnes pauvres vivent dans un ménage dont la personne de référence est âgée de 75 ans et plus en France métropolitaine. Cette proportion est particulièrement élevée dans les communes du sud de la France.
Elle est par exemple doublée dans les communes d’Ajaccio et d’Antibes où elle représente 12 % de la population pauvre, et plus que divisée par deux au sein des communes « jeunes » telles que Evry (1%), Cergy, Villeneuve-d’Ascq et Épinay-sur-Seine (2 %).
Les pôles étudiants concentrent les ménages pauvres les plus jeunes
La proportion de personnes vivant seules parmi les personnes pauvres est logiquement plus importante dans les pôles étudiants (2). Ainsi, plus d’une personne pauvre sur trois vit seule à Nantes, Bordeaux, Rennes, etc…
C’est dans ces communes que l’on retrouve également les proportions les plus élevées de personnes vivant au sein de jeunes ménages (moins de 30 ans) parmi les populations pauvres : ces proportions sont supérieures à 20 % à Toulouse, Bordeaux ou Rennes, par exemple, près de deux fois plus que la moyenne métropolitaine (11%).
Notre estimation des volumes et de la répartition des populations pauvres
L’Insee publie désormais les taux de pauvreté communaux pour l’ensemble de la France métropolitaine via un dispositif baptisé « Filosofi ». La première publication a eu lieu en juin 2015, portant sur l’année 2012. La dernière date de septembre 2016 et porte sur l’année 2013.
A ces données d’ensemble sont associés les taux de pauvreté selon les caractéristiques socio-démographiques. Ces données sont diffusées par l’Insee pour les communes comptant au moins 1 000 ménages ou 2 000 personnes. Au niveau des sous-populations, il faut compter au moins 200 personnes et 11 ménages.
Notre estimation du nombre de personnes pauvres est réalisée par croisement entre les taux de pauvreté, la population fiscale de 2013, les populations fiscales par critères socio-démographiques issues des données de revenus fiscaux de 2011 et la population par type de ménage issue du recensement au 1er janvier 2013. Il s’agit bien d’estimations qui ne doivent pas être considérées à l’unité près. Les répartitions en pourcentage offrent des ordres de grandeur comparables entre territoires.
Références
Cet article fait partie du Dossier
Pauvreté : en finir avec la politique de l'autruche
Sommaire du dossier
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Thèmes abordés
Notes
Note 01 Rapport entre le revenu moyen de la population pauvre et le taux de pauvreté. Retour au texte
Note 02 Les ménages constitués de personnes ne disposant pas de leur indépendance fiscale (essentiellement des étudiants) sont exclus du champ des données de l’Insee. Cela génère une sous-estimation du nombre de ménages et d’habitants des villes étudiantes et une surestimation de la taille des ménages des parents. Retour au texte




