La liste des acteurs pose question. Docteur en économie et professeur à la Sports management School (Paris) Pierre Rondeau, évoque d’ailleurs « un mélange des genres »… Rendue publique le 10 janvier dernier, l’étude sur l’impact économique national de l’Euro 2016 avait été commandée par le Ministère de la jeunesse et des sports.
Un étonnant mélange des genres
Elle était dotée d’un comité de pilotage dans lequel figurait Euro 2016 SAS, la société organisatrice de l’épreuve. Ce travail a été réalisé par le Centre de droit et d’économie du sport (CDES) basé à Limoges (Haute-Vienne). Réputé pour son professionnalisme, cet organisme avait déjà planché sur l’étude ex ante et annoncé ce nombre de 1,2 milliard d’euros. Il a été associé au cabinet Keneo, une agence de marketing sportif qui a justement œuvré en coulisses à la candidature et au déploiement opérationnel de cet Euro. Parmi ses clients, l’on retrouve… le comité de candidature de Paris 2024. Son directeur général est d’ailleurs l’ancien directeur associé de Keneo. Voilà pour la forme…
Les auteurs ont donc conclu à un impact économique de 1,2 milliard d’euros pour l’économie nationale. Mais aucune trace dans ce rapport de 101 pages, des sommes engagées par l’Etat et surtout par les collectivités pour la construction et la rénovation des stades.
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Les villes n’ont pas été prises en compte dans le calcul
« Sur le plan méthodologique, on ne met pas des coûts en face d’un impact économique », explique Christophe Lepetit, économiste au CDES et l’un des auteurs de l’étude. « L’impact correspond à l’augmentation de la valeur ajoutée ou de l’emploi sur un territoire donné et pendant une période définie. Il est mesuré en comparant deux situations : avec ou sans l’évènement. Dans le cas présent, nous avons pris en compte les flux financiers étrangers provenant de l’organisation (UEFA, équipes nationales…) et des touristes entre le 10 juin et le 10 juillet 2016 ».
Résultat, « les chiffres annoncés ne correspondent pas à des bénéfices liés à une activité économique supplémentaire au niveau national ». Et dans les villes ? Cette échelle d’analyse n’a pas été retenue par le ministère, commanditaire de l’étude. Pourtant, « ce calcul aurait été intéressant » ne cache pas Christophe Lepetit. « L’Euro 2016 peut avoir un impact significatif dans une perspective de développement local ».
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Une étude d’impact ne mesure pas la rentabilité des investissements publics
La métropole de Saint-Etienne (Loire) a justement fait réaliser une étude sur le sujet. L’impact a été estimé à 45,1M€. Sur la période de la compétition, « un euro dépensé par la collectivité a correspondu à 17,3€ dépensés sur le territoire », a constaté Roland Goujon, le vice-président en charge des sports.
En revanche et pour les mêmes raisons méthodologiques, les 40M€ injectés en amont par la métropole pour financer le stade Geoffroy-Guichard n’ont pas été pris en compte dans ce calcul. « De toute façon, nous aurions réalisé ces travaux », glisse l’élu. « Et le stade a une utilisation qui dépasse le cadre du championnat d’Europe » insiste-t-il.
Une étude d’impact ne correspond donc pas à une analyse coûts/bénéfices. Pas plus qu’à des « retombées » – comme l’annonce sur son Twitter Thierry Braillard, le secrétaire d’Etat chargé des sports, – qui elles, s’appréhendent sur les moyen et long termes.
Retombées eco de @2016Eur très positives pour la France + succès populaire (stades et fans zones) et vice-champion d’Europe pour les bleus ! pic.twitter.com/sktVsh9RmQ
— Thierry Braillard (@Th_Braillard) 10 janvier 2017
Un outil de communication plus que de vraies retombées économiques
Ce format d’étude apparaît donc surtout comme un outil de communication destiné à valoriser un événement. Ou à en justifier l’accueil d’un autre. Comme les Jeux Olympiques (JO) de Paris 2024. « Les grands événements sportifs sont une chance pour la France », a d’ailleurs déclaré Patrick Kanner. « Je veux en convaincre mes concitoyens, sur la base d’éléments objectifs ».
Grands événements sportifs sont une chance pour la France. Je veux en convaincre mes concitoyens, sur la base d’éléments objectifs #Euro2016 — Patrick Kanner (@PatrickKanner) 10 janvier 2017
S’ils fournissent des éléments, les économistes mettent toutefois en garde. « Dire, à partir d’une étude d’impact, que l’on va générer des retombées importantes si l’on réalise d’autres évènements est aller bien vite en besogne », glisse Patrice Bouvet, maître de conférences à l’Université de Poitiers (Vienne).
D’une manière générale, « ce type d’évènement ne constitue pas un choc exogène significatif de croissance pour des économies nationales », conclut Christophe Lepetit (CDES) qui cite un rebond de… 0,05% sur le produit intérieur brut (PIB) annuel. « On ne peut pas justifier l’accueil d’une compétition sportive sur une seule base économique ».
A ses yeux, la recette est d’y associer « la réalisation d’objectifs publics élargis ». Il fait référence à la santé publique, à l’accessibilité des infrastructures ou à l’urbanisme avec la rénovation de quartiers. Autant d’éléments qui laissent un héritage à terme.
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