« Nous saluons l’effort du gouvernement, cet hiver, et sur l’ensemble du mandat. Mais il y a toujours des personnes à la rue. Et l’effort doit avoir une répartition équitable. Paris concentre par exemple 40% de l’hébergement d’urgence en Ile-de-France. D’autres communes doivent aussi s’investir », estime Bruno Morel, directeur général d’Emmaüs Solidarité.
Décalage avec le terrain
Le directeur général de la Fédération des acteurs de la solidarité (ex-FNARS), Florent Gueguen, rejoint cette position. Il souligne également l’importance de l’effort de l’Etat – deux fois plus de places pérennisées que l’hiver dernier –, mais il s’interroge sur sa répartition géographique :
Cette annonce est déconnectée de la réalité de certains territoires où le problème est plus foncier que budgétaire, comme sur Paris ou Lyon, par exemple. A Paris, 1000 places vont fermer à partir de fin mars. Pour les reconstituer, il faut trouver des locaux disponibles, plutôt publics. Les associations n’ont pas pour l’instant de sites disponibles pour pérenniser des places.
A Grenoble, le maire adjoint à l’action sociale, Alain Denoyelle, conseiller communautaire au sein de la métropole grenobloise, espère que les 300 places d’hivers seront pérennisées, conformément à la demande formulée à la Direction départementale de la cohésion sociale. Dans ce département, le 115 a été saturé plusieurs jours.
Et après la trêve hivernale ?
« Zéro sortie d’hébergement hivernal sans proposition », tel est l’objectif ambitieux fixé par la ministère à ses services. Pour l’atteindre, une collaboration huilée entre les partenaires est nécessaires : services déconcentrés de l’Etat, collectivités, bailleurs sociaux, associations. « Il faut une dynamique de réseau entre les partenaires », estime Marie-Dominique Dreyssé, adjointe au maire en charge de l’action sociale territoriale de Strasbourg. En dehors des 160 places d’hiver, une vingtaine de places ont été ouvertes en période grand froid, ainsi que 80 dans le gymnase. Fin janvier le gymnase a été fermé. « Nous avons mis en place un accompagnement spécifique des personnes. En amont nous avons travaillé avec l’Etat et les bailleurs sociaux pour permettre le glissement des personnes prises en charge par la ville dans les dispositifs d’hébergement de l’Etat. Nous avons réussi à glisser les 80 places », illustre Marie-Dominique Dreyssé.
A Montreuil, la ville a mis en place un dispositif innovant, fiancé par l’Etat et piloté par le CCAS (Centre communal d’action sociale) : un gymnase accueillant 30 hommes seuls, avec un accompagnement intensif vers l’insertion. Le gymnase a fermé fin février, et la quarantaine d’hommes passés par le dispositif ont des solutions d’hébergement.
Cependant, selon la Fédération des acteurs de la solidarité, la fermeture de places de grand froid, débutée fin janvier, ne se passe pas toujours aussi bien ailleurs en France. La fédération a recensée 120 personnes remises à la rue dans le Rhône, 120 dans la métropole lilloise, 95 en Seine-Saint-Denis, etc.
Fermeture des places en CAO
Fin avril, 2500 places en CAO – ces centres crées pour accueillir les migrants de Calais – sur les 8000 fonctionnent réellement, doivent fermer selon la Fédération des acteurs de la solidarité. Marie-Dominique Dreyssé ne semble pas s’en émouvoir : « Nous sommes une ville de passage migratoire. Nous avons environ 300 à 400 demandeurs d’asile par mois. Les 150 places en CAO, on ne va pas le sentir. » Mais Florian Gueguen prévient des difficultés locales qu’il y aurait à reconstituer les places en CAO, rappelant l’opposition de certains maires.
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