Les territoires fragiles de notre pays sont traversés par des précarités, des craintes et des lignes de rupture propices aux basculements vers des délinquances et des replis. Dans ces contextes, les équipes de prévention spécialisée continuent à prévenir, protéger et éduquer. Elles impulsent au quotidien des synergies locales et exercent une veille sociale continue. La prévention spécialisée est rodée depuis son origine à travailler avec les manques et à débusquer les potentiels. Elle valorise les ressources locales pour canaliser les énergies vers des projets réalistes, individuels et collectifs. De l’insertion d’un jeune à l’éclosion d’une association locale, ses intervenants soutiennent et accompagnent, ils sont bienveillants et fermes.
Des signaux d’alerte
Au fil des urgences sociales, la prévention spécialisée a démontré sa souplesse : elle a créé des entreprises d’insertion, elle s’est investie dans la culture de réduction des risques, elle travaille aujourd’hui à prévenir les radicalisations.
Alors oui, nous savons être présents, écouter, apaiser, redonner le cadre, prévenir les ruptures, nous faire accepter en tant qu’adultes auprès d’adolescents rétifs à l’autorité, favoriser le maintien dans la scolarité, soutenir les familles, mener des actions collectives et des chantiers éducatifs, rapprocher les publics des dispositifs existants, sensibiliser les adolescents aux risques qu’ils courent et font courir, éduquer à la citoyenneté à travers des espaces d’expression collective, organiser des séjours éducatifs pour socialiser et transmettre des prérequis sociaux. Nous savons faire tout cela mais nous observons aussi des signaux d’alerte qui disent la nécessité de faire encore davantage.
La culture du faire ensemble
C’est pourquoi, aux avant-postes des risques de décrochage d’une partie de la jeunesse, le Comité national de liaison des acteurs de la prévention spécialisée, qui représente plus de la moitié des structures, affirme vouloir engager les compétences de ses adhérents au service d’une culture de la coopération autour de la jeunesse en recherche de repères.
Dès les années 60, les théoriciens de la prévention spécialisée avaient établi la nécessité de travailler aux côtés de tous les acteurs locaux et institutionnels. Forts de cette culture du faire ensemble, d’une ingénierie sociale inventive et de notre capacité à créer des liens, nous appelons tous les acteurs concernés par le futur des territoires dits sensibles à construire des alliances concrètes pour inscrire les populations les plus fragiles au sein d’une communauté nationale inclusive. Le défi est de taille et il faut des collectifs de travail rassemblant des cultures professionnelles diversifiées, de cela nous sommes convaincus.

