Le soutien à l’entrepreneuriat culturel passe par des passerelles jetées entre différents types de partenaires, aux préoccupations parfois très éloignées les unes des autres.
1-Se parler entre collectivités
« Une seule collectivité dans son coin ne peut pas faire grand-chose », insiste Philippe Henry, chercheur en socioéconomie de la culture. Difficile, en effet, à l’échelle d’une commune, de repérer à la fois des créateurs en nombre suffisant, des aides nécessaires, existantes ou à créer, et les interrelations susceptibles de constituer un écosystème. L’horizon des créateurs est bien entendu plus large.
De surcroît, la réforme territoriale a rebattu les cartes de l’action économique entre régions et métropoles.
Enfin, les écosystèmes se créent souvent entre des acteurs ayant des assises territoriales différentes. Le Pôle industries culturelles et patrimoines à Arles, par exemple, compte des adhérents situés en dehors des Bouches-du-Rhône, parce qu’il est « dans une logique de métiers, et non de territoire », souligne sa directrice Lætitia Bertrand.
De même, dans le spectacle vivant, une compagnie pourra se produire à 500 kilomètres de son lieu d’implantation grâce à un accord entre des équipements élaborés sous l’égide de régions voisines.
2-Se parler entre acteurs publics et culturels
Si les passerelles à établir entre direction des affaires culturelles et direction du développement économique relèvent de l’évidence, elles n’épuisent pas le sujet de la coopération intersectorielle.
Ainsi, à Dijon, la Coursive Boutaric, pôle d’entreprises créatives, est née dès 2003 de la rencontre entre Dijon Habitat (Opac) et Zutique productions, un opérateur culturel, qu’ont rejoint en 2010 d’autres structures privées, la ville de Dijon et la région, avant de constituer en 2014, un pôle territorial de coopération culturelle.
Aujourd’hui, le pôle se veut « un acteur à part entière des Grésilles, un quartier en pleine mutation de l’agglomération dijonnaise », croisant les problématiques de l’entrepreneuriat, de l’expression culturelle des habitants, de la rénovation urbaine et du lien social.
Artistes, acteurs culturels, collectivités et habitants d’un territoire : quels liens à réinventer ? https://t.co/jByouvsekr#RencontrePro
— La Coursive Boutaric (@ptceboutaric) 26 janvier 2017
3-Avoir une vision globale de l’entrepreneuriat
Indépendant ou membre d’une structure collective (coopérative d’activité et d’emploi, incubateur, etc.), (très) petite entreprise, association, structure coopérative (Scop, Scic)… les logiques d’emploi et de structuration professionnelle dépassent la question du statut. Car le cercle vertueux s’enclenche entre entrepreneurs culturels, mais aussi entre ceux-ci et les pouvoirs publics sur la base de l’intérêt général.
Une logique illustrée par le fonctionnement du groupement d’intérêt public (GIP) « Cafés cultures », qui a su trouver les points de convergence entre les préoccupations des artistes, des bistrots et des collectivités. « Nous prenons en compte les réalités des différents acteurs, témoigne Smaia Djitli, sa directrice. Le GIP constitue un espace de discussion qui permet d’envisager ces problématiques et les évolutions nécessaires. »

Vachères (Alpes-de-Haute-Provence) ©Véronique Pagnier DP
Les artistes au bistrot
Créé en juin 2015, le GIP « Cafés cultures » porte un fonds d’aide à l’emploi des artistes (musiciens, comédiens, conteurs, magiciens…), par les bistrots, abondé par les collectivités adhérentes (16 aujourd’hui). Les cafés perçoivent une aide pour rémunérer les artistes, contre l’obligation de les déclarer via le Guso, guichet unique de Pôle emploi dédié aux spectacles. Ce qui assure aux artistes un statut, avec un contrat de travail et les cotisations sociales afférentes. Pour les territoires, le GIP constitue, outre un levier pour l’emploi culturel, un moyen de dynamiser le secteur des cafés et de diversifier l’offre culturelle de proximité.
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Politiques culturelles : les mutations économiques ont commencé
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