« Les collectivités territoriales mettent du temps à appréhender le dispositif de service civique », constate Julien Blanchet, co-auteur du rapport du Conseil économique, social et environnemental, « Service civique : quel bilan ? quelle perspective ? », qui doit être rendu public mercredi 24 mai.
« Une communication plus adaptée aux territoires est nécessaire, ainsi qu’une formation spécifique pour les collectivités territoriales », recommande-t-il.
Risque de substitution à l’emploi
Ces dernières ont en effet une représentation du service civique « encore trop liée à leur expérience avec les emplois aidés » et n’ont pas toujours saisi la « dynamique d’engagement » que comprend le service civique, souligne Jean-François Serres, co-auteur du rapport. Conséquences : un risque de substitution à l’emploi et à l’engagement bénévole et associatif. « Les souvenirs de l’emploi jeune viennent troubler le jeu », regrette ainsi le délégué général de l’association Monalisa (Mobilisation nationale contre l’isolement des âgés).
Les auteurs du rapport regrettent qu’aucune autorité indépendante ne soit chargée de contrôler ces dérives. Ils préconisent un « renforcement des moyens de contrôle de l’État », mais aussi l’accompagnement des structures d’accueil dans l’élaboration des missions de service civique. « Plus les structures d’accueil expérimentent l’accueil des jeunes, plus le risque est maîtrisé », note Jean-François Serres. En 2015, seuls 26 % des volontaires ont réalisé leurs missions dans des structures du secteur public, contre 73% dans des associations.
Pour renforcer ce dispositif instauré par la loi du 10 mars 2010, le CESE propose une « territorialisation » de son animation, afin que les acteurs du service civique, associations, collectivités et jeunes, se réunissent régulièrement pour échanger et « s’autoréguler ».
Développer les grandes causes nationales
Jean-François Serres et Julien Blanchet se montrent également favorables au développement de « grandes causes d’engagement », telles que « l’isolement social des personnes âgées ». L’objectif serait d’impliquer pendant cinq ans différentes structures, publiques et associatives, afin « d’animer les dispositifs d’engagement de manière transversale au niveau des territoires ».
« La dynamique de grande cause nationale permettrait d’outiller notamment les collectivités territoriales, pour les aider à mieux définir la ligne des missions et leur articulation avec les autres acteurs. Cela pourrait les sécuriser », estime Julien Blanchet, directeur de cabinet de l’Université Bretagne Loire et ancien président de la Fédération des associations générales étudiantes (FAGE).
Un dispositif à stabiliser
Les auteurs pointent en outre un « manque de brassage social », lié notamment à la quasi-absence de missions proposées en milieu rural rendant nécessaire un déménagement des volontaires dans les villes. « Aujourd’hui, un jeune volontaire n’a pas le même accès aux droits qu’un étudiant, il n’a pas de facilités de logement », constate Julien Blanchet. Il préconise « une plus-value à la mixité sociale et le déblocage d’aides supplémentaires quand plusieurs jeunes aux profils différents sont accueillis ».
Le CESE insiste enfin sur la nécessité de « stabiliser » le dispositif et de cesser de remettre en cause son utilité, mais aussi son financement. « Aujourd’hui, l’urgence est d’arrêter de modifier en permanence son fonctionnement avec des nouveaux règlements et des coupes budgétaires », indique Julien Blanchet.
Le service civique a vu son budget passer de 301 millions d’euros en 2016 à 390 millions d’euros en 2017 et le CESE salue cette hausse. L’universalisation du dispositif annoncé par le président de la République, François Hollande, en 2015 nécessite cependant un budget estimé à 1 milliard en 2018 afin d’accueillir 350 000 volontaires.
Cet article fait partie du Dossier
Accueillir des jeunes en service civique, une opportunité pour les collectivités
Sommaire du dossier
- Le service civique à l’assaut des collectivités
- [VIDEOS] Service civique : l’accueil des jeunes volontaires en mairie
- « Le chemin vers l’universalité du service civique ne se fera pas sans les maires »
- Service civique : les propositions du CESE pour mieux impliquer les collectivités
- Quelques pistes pour favoriser l’essor du service civique
- Service civique : le CNFPT vient épauler les collectivités
- Service civique : « Nous n’arriverons pas à accueillir plus de jeunes sans les collectivités »
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