« Il ne nous sera pas possible d’accueillir tous les migrants économique mais il faut accueillir dignement ceux qui viennent se réfugier sur le sol français. » C’est par cette paraphrase de la célèbre citation de Michel Rocard que le Premier ministre, Edouard Philippe, a conclu sa présentation du plan d’action gouvernemental sur la gestion des flux migratoires.
« Nous ne sommes pas à la hauteur de ce que doit être la France », a d’ailleurs, répété le Premier ministre. Le gouvernement a donc décidé de prendre des mesures, de court et de long terme, pour « faire face à la situation migratoire, surtout concernant le droit d’asile ».
Des mesures d’urgence réduites
A court terme, le Premier ministre a listé plusieurs mesures prises dans l’urgence :
- Maintien du contrôle aux frontières jusqu’en novembre ;
- Maintien des moyens dédiés à l’hébergement d’urgence par le précédent gouvernement ;
- L’évacuation de la Porte de la Chapelle à Paris, le 7 juillet ;
- Soutien, avec l’Allemagne, de l’action menée par le gouvernement italien.
Des mesures qui semblent peu en phase avec les besoins criants. L’évacuation de presque 2 800 migrants installés Porte de la Chapelle était la 34e du genre dans la capitale depuis juin 2015. « Cela veut dire que quelque chose ne marche pas », a reconnu Gérard Collomb, le ministre de l’Intérieur.
7 500 places d’hébergements
Pour répondre aux problèmes, le gouvernement demande du temps pour mettre en place sa politique. Notamment pour mettre en place une action diplomatique pour stabiliser les Etats de départ des migrants et renforcer les frontières extérieures de l’Union européenne.
Au niveau national, Edouard Philippe a annoncé la création de 7 500 places d’hébergement pour les demandeurs d’asile : 4 000 en 2018 et 3 500 en 2019. Et pour maintenant ? « Moi, je n’ai pas de baguette magique », répond le Premier ministre.
Et pour permettre plus de fluidité entre les dispositifs, le gouvernement prévoit également la création de 5 000 places de centres provisoires d’hébergement entre 2018 et 2019 pour permettre aux personnes ayant obtenues leur statut de réfugié de libérer des places dans les structures d’accueil des demandeurs d’asile. Dans le cadre des orientations globales de la politique du logement, présenté à l’automne, les élus et les acteurs du logement seront sollicités par le ministre de la Cohésion des territoires, Jacques Mézard, pour développer un plan global en faveur du logement des réfugiés.
Mais le nombre total de places annoncées paraît dérisoire aux association. « Il y a aujourd’hui environ 40 000 places dans les Centres d’accueil pour demandeurs d’asile (Cada) alors que plus de 120 000 personnes auraient besoin d’un hébergement et d’un suivi » selon la Cimade. La Fédération des acteurs de la solidarité (ex-Fnars) regrette « un effort très insuffisant » et demande la création de 40 000 places sur le quinquennat pour les demandeurs d’asile.
Délais plus courts pour les demandes d’asile
Autre point du plan : la réduction des délais pour les demandeurs d’asile. Cela passe par la diminution des délais pour l’enregistrement des demandes, pour l’obtention des rendez-vous avec l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides), mais aussi pour les délibérations.
Une proposition bien accueillie par les associations qui restent néanmoins prudente. « La réduction annoncée des délais d’instruction des demandes d’asile ne doit pas se faire au détriment des droits des personnes et des garanties prévues par la loi », souligne la Cimade dans un communiqué.
Le cas des MNA étudié à part
Les collectivités n’ont été mentionnés qu’à une seule reprise durant la présentation du plan, lorsque le Premier ministre a évoqué les mineurs non-accompagnés (MNA). « Il faudra développer le partenariat avec les conseils départementaux pour l’accueil des mineurs », a simplement indiqué Edouard Philippe, précisant que la Garde des Sceaux, Nicole Belloubet, conduirait des discussions avec les départements. Ces derniers avaient demandé que la question des MNA soit étudiée lors de la conférence des territoires, le 17 juillet.
Cet article fait partie du Dossier
Migrants : comment les territoires ont pris le relais de l'Etat
Sommaire du dossier
- Accueil des migrants : les villes moyennes à la traîne
- Accueil des migrants : l’Etat et les collectivités peinent toujours à trouver un terrain d’entente
- Migrants : quand le gouvernement en appelle aux maires
- Politique d’accueil des migrants : « les collectivités ont un rôle à jouer pour faire bouger les lignes »
- Quand une ville tente un accueil global des migrants
- « Il faut que les bibliothèques aient les moyens d’accueillir les migrants »
- Après une première réussite, Lille s’apprête à accueillir de nouveaux réfugiés
- Accueil des migrants : « les projets existent, mais sans publicité »
- Un nouveau « plan migrants » bien éloigné des territoires
- Migrants : les acteurs locaux affrontent l’urgence
- La prévention spécialisée face aux mineurs non accompagnés
- Accueil des réfugiés : « Je suis sur une ligne de crête entre ma mission et l’inquiétude des Français »
- Ces collectivités à l’avant-garde de l’intégration des réfugiés




