Dans nombre de territoires ruraux où l’école est souvent le dernier service public, l’orientation des élèves concerne peu les filières d’excellence. Car ce qui freine en milieu rural, ce sont les projets scolaires modestes des élèves et des parents orientés vers des filières courtes, alors que, paradoxalement, leurs résultats sont excellents. Ainsi, la faiblesse des effectifs scolaires ne favorise pas l’émulation, ne prépare pas à la transition entre l’école et le collège.
Quel environnement est proposé aux élèves dans les territoires ? D’abord, l’engagement très fort des élus qui garantit un patrimoine scolaire de qualité. Investir dans l’éducation, c’est investir dans l’avenir du territoire. Cet engagement trouve un prolongement par la qualité des ressources humaines, premières richesses de l’école rurale. Enseignants et agents territoriaux (Atsem, animateurs périscolaires), par leurs gestes professionnels et leur proximité auprès des usagers, sont les atouts de l’école. Enfin, l’adhésion forte des parents faite de respect et de confiance.
Isolement géographique et pédagogique
Quelles sont les difficultés rencontrées ? Un isolement d’abord géographique qui ne nourrit pas la mobilité et l’ambition scolaires de l’élève. La décroissance de la démographie induit d’autre part une faiblesse des effectifs, une tension sur les taux d’encadrement des groupes scolaires. Enfin, un isolement pédagogique est relevé, tempéré par le dispositif de service civique, mis en place dès septembre 2016 dans les écoles volontaires, qui a contribué à renforcer fortement les groupes scolaires à deux et trois classes. Mais le nombre d’élèves par niveau est parfois faible, et si cette situation est facteur de coopération et de solidarité reconnue entre les élèves, elle ne favorise pas leur émulation et leur ambition scolaire.
Comment favoriser cette ambition scolaire ? En développant la scolarisation des élèves de CM2 au collège. Cette opération s’inscrit dans la demande présidentielle d’amplifier pour l’enseignement primaire « les expérimentations locales très prometteuses autour d’internats ».
En se rendant au collège pour y suivre leur enseignement de CM2, les élèves des écoles rurales effectuent une première mobilité géographique et dans un environnement scolaire (plusieurs centaines d’élèves) sans rapport avec celui qui a été leur quotidien pendant plusieurs années. L’intégration au collège est ainsi très largement favorisée. Les élèves de CM2 ont accès aux équipements de l’établissement et peuvent bénéficier de l’intervention de professeurs volontaires du second degré.
En terme de responsabilité et de sécurité, il est établi que les élèves de CM2 peuvent rester au collège, y compris durant la pause méridienne. D’un point de vue institutionnel, l’opération est présentée aux conseils d’école et au conseil d’administration du collège pour informer la communauté éducative et obtenir l’adhésion des instances.
Sa réalisation requiert le déplacement des élèves de leur commune de résidence au collège. C’est sans doute le seul financement (communal) qui est requis. Le département organise déjà un transport scolaire pour les élèves qui se rendent au collège, et auquel il est possible de s’inscrire.
Peu coûteuse mais modifiant de façon substantielle l’environnement des élèves de CM2, cette opération sert le territoire, son attractivité, sa future richesse (la qualification de ses actifs), son développement.
Elle s’inscrit dans l’ardente obligation de permettre à la ruralité d’avoir les mêmes chances de réussir que les autres territoires de la République.
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