En ouverture de la Conférence nationale des territoires de Cahors, Edouard Philippe a présenté ce 14 décembre 2017 son plan pour l’aménagement numérique. Un chantier que le Premier ministre compare volontiers à l’électrification du pays voici un siècle. Et le chef du Gouvernement de réaffirmer ses deux objectifs cardinaux : un accès de tout le territoire national en haut débit en 2020 et au très haut débit en 2022.
Pour parvenir à ces fins, Edouard Philippe augmente la pression sur les opérateurs. Il entend transformer les déclarations d’intention des acteurs privés (zones denses et zones AMII) en obligation de résultats. Ceux-ci devront couvrir les territoires urbains, soit 60 % des logements et locaux professionnels. Le gouvernement veut que 100 % des locaux soient couverts d’ici 2020 par des réseaux de fibre optique jusqu’à l’abonné (FttH), déployés par les opérateurs privés, pour un investissement chiffré à 6 à 7 milliards d’euros.
Ailleurs, les pouvoirs publics seront mis à contribution. Les collectivités territoriales seront placées en première ligne. L’Etat, cependant, promet quelque subside pour faire du « cousu-main » et favoriser un « mix technologique ».
Une « zone AMEL » pilotée par les collectivités
Dans les territoires ruraux, le gouvernement prévoit d’accélérer la couverture en fibre optique des territoires ruraux « en mobilisant des engagements complémentaires : l’appel à manifestation d’engagements locaux ». C’est une véritable nouveauté, qui prévoit l’intervention encadrée des opérateurs privées dans les zones RIP. Elle prend acte de la volonté des opérateurs de développer des réseaux fibres optiques, mais en ambitionnant de placer ces projets sous le contrôle des collectivités. Le gouvernement fixe en effet 3 conditions à l’intervention privée :
- Les engagements seront contraignants et opposables dans le cadre de l’article L.33-13 du Code des postes et des communications électroniques ;
- Ils devront respecter l’équilibre économique des projets publics qui ont d’ores et déjà été lancés ;
- Ils devront garantir la complétude du déploiement à une échelle suffisante et cohérente, dans un délai cohérent avec les déploiements prévus.
« L’État est garant de la tenue des engagements des opérateurs privés auprès des collectivités territoriales », assure le gouvernement.
Le calendrier de cet appel à manifestation d’engagements locaux se déroulerait en 3 phases :
- de janvier à avril prochain, les collectivités interrogent les opérateurs sur leurs volontés d’engagements dans les territoires qu’elles ont choisis ;
- d’avril à mai 2018, les collectivités territoriales soumettent à l’Etat les territoires pour lesquels elles souhaitent encadrer les engagements des opérateurs ;
- entre juin et juillet 2018, l’État sécurisera les déploiements en encadrant les engagements des opérateurs dans un cadre légal (L. 33-13 du CPCE).
Opération 4G
Dans son discours au conseil départemental du Lot, Edouard Philippe a aussi annoncé la création d’une ligne budgétaire de 100 millions d’euros. Ce « chèque numérique » est destiné à aider les habitants des zones les plus reculées du pays à s’équiper en outils high tech. 1,5 à 2 millions de foyers devraient bénéficier de ce dispositif.
Sur le front de la couverture mobile, l’Etat met aussi le turbo. Il exige des opérateurs une généralisation de la 4G. Pour ce faire, les grands acteurs privés du secteur devront assurer un point de connectivité mobile dans chaque village. Il leur faudra aussi démultiplier leurs efforts dans les « sites stratégiques » : les zones touristiques et économiques, les axes routiers, les administrations… Autant d’obligations dont le respect est déjà étroitement contrôlé par l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP).
Simplifier pour accélérer
Opérateurs et élus locaux se rejoignent fréquemment pour déplorer les contraintes, d’urbanismes souvent, qui « ralentissent » l’installation des infrastructures télécoms, fibres ou antennes de téléphonie mobile. Ainsi, il faudrait 24 mois en moyenne en France pour construire une antenne-relais, contre 5 en Allemagne. Dans le viseur, en particulier, l’autorisation nécessaire de l’architecte des bâtiments de France dans les zones de patrimoine, ou la réglementation environnementale.
Finalement, le gouvernement opte pour 6 mesures simplificatrices : 3 pour les maires, 3 pour les opérateurs. Quatre sont de nature législatives et prendront place dans le futur projet de loi logement, et deux sont de nature réglementaires.
Les formalités d’autorisation d’urbanisme relatives à l’installation d’antennes de téléphonie mobile, deviendront de simples déclarations préalables (à la place d’un permis de construire), pour une partie des installations.
Les maires auront des marges de manœuvre plus importantes dans le déploiement des réseaux mobiles en facilitant la délivrance des autorisations d’urbanisme.
Enfin, les maires pourront accorder sans formalité de publicité des titres d’occupation du domaine public permettant de déployer des installations couvrant les besoins de la population en très haut débit.
Les opérateurs, eux, bénéficieront d’un guichet unique pour leurs demandes d’autorisation d’urbanisme et leurs dossiers d’information au public sur l’exposition aux champs électromagnétiques (suppression du délai de deux mois actuellement imposé entre le dépôt du dossier d’information du maire et la demande d’autorisation d’urbanisme relatif à l’installation d’antennes mobiles).
Ils pourront se prévaloir plus facilement des servitudes visant à l’installation, l’exploitation ou l’entretien des équipements de réseaux, en simplifiant les modalités de délivrance des autorisations de ces servitudes.
Enfin, il s’agira de leur donner les moyens d’identifier avec plus de facilité leur interlocuteur en vue du déploiement de la fibre optique dans les habitats collectifs, en leur donnant accès à l’ensemble des informations contenues dans le registre national d’immatriculation des syndicats de copropriété.
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Le très haut-débit prend son temps pour arriver
Sommaire du dossier
- Menaces sur l’économie des réseaux d’initiative publique
- « Le gouvernement a une vision financière et non politique du THD »
- « On peut utiliser le marché pour faire de l’aménagement numérique » – Sébastien Soriano
- En cartes et en graphiques : comment avance la couverture mobile en 4G en France ? (1/2)
- En cartes et en graphiques : comment avance la couverture mobile en 4G en France ? (2/2)
- Numérique : le new deal proposé par l’Etat aux collectivités et aux opérateurs
- Territoires ruraux : la République déconnectée
- Quel modèle économique pour le méga-contrat de Mégalis pour fibrer la Bretagne
- Téléphonie mobile : « C’est l’intelligence des territoires qui va être au pouvoir »
- En attendant la fibre, le très haut-débit radio s’invite dans 30 000 foyers
- Avec Datamobile, les pylônes poussent en zone rurale et la 4 G devient une réalité
- En Paca, le déploiement du très haut-débit dans la tourmente
- Dans le Gers, le pari gagné d’un bon débit partout et pour tous
- Très haut-débit : les bons comptes du réseau d’initiative publique du Grand-Est
- Le très haut-débit radio à la rescousse des habitations et entreprises isolées
- Le wifi public séduit les territoires ruraux
- Cyril Luneau (Orange) : « L’expertise digitale est remontée à l’interco »
- Cour des comptes : « Il manque 15 milliards pour financer le plan France Très Haut Débit »
- « La couverture du territoire est notre priorité numéro un » – Sébastien Soriano
- Réseaux d’initiative publique : l’appel aux opérateurs
- Internet par les réseaux radio en attendant la fibre optique ?
- Très haut-débit : le RIP alsacien est financé à 64% par le privé
- L’entretien des réseaux de téléphonie en sous-investissement chronique
- Comment accompagner le « Cuivrexit » et passer à la fibre optique ?
- Plan France Très Haut Débit : Numéricâble-SFR chamboule la zone d’initiative privée
- Zones blanches : ces territoires encore éloignés du « vrai » haut débit fixe
- Le Plan France Très Haut Débit, un colosse aux pieds d’argile
- En Eure-et-Loir, le Lab28 veut optimiser l’utilisation de la fibre optique
- Les sénateurs plaident pour la rentabilité des réseaux d’initiative publique
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